(Extrait de Rays of hope, page 159)
Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Bhagavan Sri Krishna enlèvera du cœur tous les anarthas, les obstacles à la réalisation de la bhakti. Ceux qui pratiquent véritablement ne s’inquiètent pas des anarthas. Ils se soucient plutôt de ne pas avoir prema-bhakti, un amour pur pour Krishna, de ne pas même posséder une seule goutte de bhakti.
na prema-gandho’sti darapi me harau
krandami saubhagya-bharam prakasitum
vamsi-vilasy-anana-lokanam vina
vibharmi yat prana-patangakan vrtha
[Sri Caitanya Mahaprabhu poursuivit:] «Mes chers amis, Je n’ai pas la moindre trace d’amour de Dieu dans Mon cœur. Quand vous Me voyez pleurer de séparation, Je vous fais simplement croire à Mon heureuse fortune. En fait, ne voyant pas le merveilleux visage de Krishna jouant de la flûte, Je continue à vivre sans but, comme un insecte.» (Caitanya-caritamrita, Madhya-lila 2.45)
Nous devrons pleurer
Un authentique sadhaka pratique de cette manière. Il compte le nombre de saints noms qu’il chante et se fait un devoir d’en chanter un nombre fixe quotidiennement. Parfois, il lit des livres de Srila Rupa Gosvami: Bhakti-rasamrita-sindhu, Ujjvala-nilamani. S’il ne peut les comprendre, il lit ceux de Srila Visvanatha Cakravarti Thakura qui les explique: Bhakti-rasamrita-sindhu-bindhu et Ujjvala-nilamani-kirana. Une personne moins sérieuse sur la voie de la bhakti ne lira jamais ces écrits. Elle n’en a même jamais entendu parler. Comment peut-elle alors pratiquer ce qu’on appelle bhajana, le véritable service de dévotion? Sa pratique ne peut être qualifiée de bhajana, ni non plus être considérée comme le début de la sadhana, la pratique préliminaire au bhajana. Ce n’est que lorsque le dévot pleure qu’il peut suivre les sadhus dans leur bhajana. Nous devrons pleurer. Cela s’appelle heno anuvritti. En pleurant, nous devons nous souvenir des divertissements de Krishna et accomplir le bhajana. Le sadhaka pratiquant verra ainsi la pure bhakti se manifester en lui, accompagnée naturellement de la connaissance et du renoncement.
ity acyutanghrim bhajato’nuvrttya
bhaktir viraktir bhagavat-prabodhah
bhavanti vai bhagavatasya rajams
tatah param santim upaiti saksat
«Mon cher roi, le dévot qui vénère les pieds de lotus de l’infaillible Personne Suprême avec un effort constant, atteint la dévotion pure, le détachement et la réalisation de Bhagavan. De cette manière, le dévot fortuné obtient la paix spirituelle suprême sous la forme de prema.» (Srimad-Bhagavatam 11.2.43)
Bhakti signifie tout d’abord sadhana-bhakti, puis bhava-bhakti et enfin prema-bhakti. En comprenant les caractéristiques de ces 3 étapes, on saura si l’on accomplit véritablement la bhakti.
sa vai pumsam paro dharmo
yato bhaktir adhoksaje
ahaituky apratihata
yayatma suprasidati
«L’occupation suprême pour l’homme est celle qui le conduit à servir l’Absolu Seigneur avec amour et dévotion. Quant à ce service de dévotion, il doit, pour combler l’âme, se faire ininterrompu et immotivé.» (Srimad-Bhagavatam 1.2.6)
Pleurer de séparation
Quelqu’un pourrait demander à Srila Rupa Gosvami, à Srila Raghunatha Dasa Gosvami ou à Srimati Radhika pourquoi ils pleurent quand ils accomplissent leur bhajana. Dans le verset ci-dessus, atma prasidati signifie union avec Krishna, le bonheur de servir Krishna. Quelle est la signification de ces paroles pour les sadhakas ordinaires? Bhakti paresanubhava ou atma suprasidati – l’âme est heureuse. Que le pur sadhaka pleure ou rie, son âme est toujours emplie de félicité. Nous ne sommes pas ainsi. Nous sommes constamment en train de nous noyer dans des millions de problèmes: celui-ci est mort, cette banque a fait faillite, la maladie s’est installée, il y a toujours quelque chose qui ne va pas et qui nous incite à nous lamenter jour et nuit. Mais tous ces soucis n’existaient pas pour Srila Rupa Gosvami, Srila Bhaktivinoda Thakura, Srila Prabhupada et notre gurudeva. Ils n’étaient jamais affectés, même par l’ombre d’un problème. Et pourtant ils pleuraient. Nous avons vu combien notre gurudeva pouvait pleurer. Ils pleuraient tous de séparation.
Notre sadhana-bhakti doit avoir pour objectif d’atteindre bhava-bhakti, le niveau où le cœur fond véritablement. Sinon, ce n’est pas vraiment une sadhana. Si nous demandons à quelqu’un pourquoi il accomplit la sadhana et qu’il répond que c’est dans le but d’atteindre bhava, alors cette sadhana est merveilleuse. Mais notre sadhana n’est pas comme ça. Peut-être chantons-nous 10 tours et entre-temps, nous parlons et faisons simplement bouger nos doigts sur le mala (chapelet). Ce n’est pas du tout la manière de pratiquer la sadhana.
Nous devons pratiquer la sadhana et avoir comme objectif d’atteindre bhava. Avec nos sens, nous devons accomplir le bhajana en suivant le processus montré par Srila Rupa Gosvami et Srila Raghunatha Dasa Gosvami. Si nous pratiquons ce genre de bhajana, nous sommes assurés de renoncer aux choses matérielles, virakti. Une personne qui prétend avoir atteint bhava ou la perfection dans son attachement à Krishna et qui s’attache à une femme, par exemple, tombe de sa position. Et il en est de même pour une femme qui tombe amoureuse d’un homme. C’est hors de question pour qui a atteint bhava. Cela ne peut absolument pas se produire. C’est impossible. Même au niveau de nistha, toutes ces attractions s’évanouissent. Asakti est un niveau extrêmement élevé.
L’authentique sadhaka
Sri Bilvamangala Thakura a atteint bhava après avoir été attaché à une prostituée. Lorsqu’il la rencontra, il ne pratiquait pas de sadhana. Il était simplement absorbé dans des activités pécheresses et des actes intéressés. Plus tard, lorsqu’il commença à accomplir le bhajana avec sérieux, il fut tenté par la vue d’une jolie femme et se laissa dévier de son bhajana. Il décida tout simplement de s’ôter la vue, et c’est seulement alors qu’il commença à progresser. Il pratiquait la sadhana dans le but d’atteindre bhava. C’est ce qui s’appelle bhakti et c’est la juste attitude d’un sadhaka. Quelle sorte de sadhaka était-il? Un raganuga-bhakti-sadhaka. Le sadhaka qui pratique une bhakti ordinaire n’est pas encore un authentique sadhaka. A notre niveau, nous ne sommes généralement pas encore arrivés au stade de sadhaka.
C’est un sentiment très élevé et c’est pourquoi il est dit: «Heno anuvritti saha – je suivrai l’exemple de celui qui accomplit cette bhakti». Une personne qui nourrit ce désir avec l’intention de suivre les sadhus de cette manière, absorbée jour et nuit, parfois pleurant et d’autres fois riant, accomplit ce qu’on appelle une sadhana.
evam vratah sva-priya-nama-kirtya
jatanurago druta-citta uccaih
hasaty atho roditi rauti gayaty
unmada-van nrtyati loka-bahyah
«En chantant les saints noms de Krishna, on atteint le niveau de l’amour de Dieu. Puis, le dévot, fixé dans son vœu en tant que Son éternel serviteur, devient très attaché à un nom et une forme particuliers de Dieu la Personne Suprême. Alors que son cœur fond d’amour extatique, il rit très fort, crie ou pleure et parfois, il chante et danse comme quelqu’un qui a perdu la raison, totalement indifférent à l’opinion d’autrui.» (Srimad-Bhagavatam 11.2.40)
Le renoncement apparaîtra simultanément
Lorsque bhava se manifeste, il reste encore quelques traces d’anarthas, mais au niveau de prema, celles-ci ont totalement disparu. Cela s’applique au sadhaka qui pratique la raganuga-bhakti et non la bhakti ordinaire. Au niveau de bhava, en accomplissant les angas, les différentes activités de la bhakti tels que sravana, l’écoute, et kirtana, le chant, le bhakta pratiquera bhava-mayi-bhakti et accomplira ces activités permettant d’approfondir le bhava particulier qui l’anime, puis en progressant encore, il atteindra prema-mayi-bhakti. C’est lorsque la bhakti augmente que le renoncement apparaît. Si quelqu’un clame: «Je pratique pourtant la bhakti, mais je ne vois pas le renoncement arriver», c’est que quelque chose ne va pas. Il est impossible de pratiquer véritablement la bhakti sans expérimenter simultanément le renoncement. Aucun exemple à ce jour ne démontre le contraire.
C’est proportionnellement à votre degré de bhakti que le renoncement apparaîtra, que vous obtiendrez la connaissance et atteindrez le but escompté.
Les gopis n’avaient jamais étudié à l’école. Srila Haridasa Thakura non plus. Et pourtant, il avait une telle connaissance que Mahaprabhu le nomma Namacarya, l’acarya du saint nom, et il était capable de vaincre de très grands panditas dans l’assemblée du père de Srila Raghunatha Dasa Gosvami. Srila Haridasa Thakura nous a révélé les gloires du saint nom.
Traduction: Krishna-bhakti Dasi
Saisie: Vishnupriya Dasi
Correction: Syamananda Dasa