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Glorification de Sri Hari, guru et des vaisnavas
(2 ème partie)

Sri Srimad Bhaktivedanta Vamana Govami Maharaja
A l’occasion de Sri Vyasa-puja
7 janvier 2002, Sri Kesava Gosvami Gaudiya Matha, Siligudi
Traduit du Sri Gaudiya Patrika 54/1, publié dans Rays of the Harmonist n°11

Sri Srimad Bhaktivedanta Vamana Gosvami Maharaja,  frère en Dieu de Srila Narayana Gosvami Maharaja,  était président de la Sri Gaudiya Vedanta Samiti. Il a quitté ce monde durant le mois de Karttika 2004.
Puisse t-il nous bénir afin que nous soyons capables de suivre la voie de la bhakti.

Sri Krishna a expliqué que seul le guru  qui a réalisé la Vérité Absolue constitue en fait Sa  svarupa même:

acaryam mam vijaniyam
navamanyeta karhicit
na martya-buddyasuyeta
sarva-deva-mayo guruh

«Il faut savoir que l’acarya n’est pas différent de Moi. Ainsi, parce qu’il est la personnification de tous les devas (demi-dieux),  ne doit-on jamais lui manquer de respect ou le jalouser, le prenant pour un homme ordinaire.» (Srimad-Bhagavatam 11.17.27)

 

Gardons-nous, cependant, de croire que sri gurudeva soit directement Krishna Lui-même. Les  sastras (écritures sacrées) condamnent  et considèrent comme des personnes malfaisantes à la mentalité démoniaque ceux qui interprètent ainsi ce verset. Bien qu’il n’existe, en vérité, pas de différence entre Bhagavan et Ses amis, cela ne veut pas dire qu’ils forment une seule et même entité. Les compagnons éternels (nitya-parikaras) de Bhagavan Le servent, et gurudeva est celui qui rend manifeste ce service (bhagavata-seva-prakasaka). Le gurutva, la capacité à être guru, est par conséquent fondamentale chez celui qui bénéficie de la compagnie éternelle de Bhagavan.

 

yadyapi amara guru-caitanyera dasa
tathapi janiye ami tanhara prakasa

 

«Bien que je sache mon maître spirituel serviteur de Sri Caitanya, je reconnais également en lui une manifestation plénière du Seigneur.» (Caitanya-caritamrita, Adi 1.45)

 

Tout comme la lumière du soleil n’est pas différente de l’astre solaire, puisqu’elle ne peut en être dissociée, de même gurudeva ne peut être séparé de Bhagavan. D’autre part, à l’instar de la lumière solaire qui reste subordonnée au soleil, gurudeva, en tant que guru-tattva, demeure soumis à Bhagavan, car il représente Son sevaka-tattva (vérité ayant trait au service d’amour offert à Bhagavan). C’est la raison pour laquelle les sastras décrivent gurudeva comme n’étant pas différent de Krishna.

 

suddha-bhaktah sri guroh sri sivasya ca bhagavatasaha
abhedadristim tatpriyatamatvenaiva manyante

 

«On doit considérer que le pur dévot, sri gurudeva, ainsi que le Seigneur Siva, ne sont pas différents de Bhagavan, parce qu’ils sont Ses priyatama, serviteurs bien-aimés.»

 

saksad-dharitvena samasta-sastrair
uktas tatha bhavyata eva sadbhih
kintu prabhor yah priya eva tasya
vande guroh sri caranaravindam

 

«Toutes les écritures tiennent sri gurudeva pour saksat hari, la puissance personnelle de Sri Hari. Il est ainsi considéré par les saintes autorités comme Son représentant, non différent de Lui-même. Parce que sri gurudeva est le serviteur confidentiel du Seigneur (acintya-bhedabheda prakasa vigraha, la manifestation inconcevablement différente et non-différente de Lui-même), il Lui est très cher, aussi j’offre des prières à ses pieds de lotus.» (Sri Gurvastakam 7)

 

Ainsi, est-il établi partout que gurudeva compte parmi les êtres les plus chers à Bhagavan et qu’il ne diffère donc pas de Lui. Ceci fait dire à Srila Sarasvati Prabhupada que la diversité trouve sa plénitude dans la conjugaison des deux  merveilleux aspects de félicité que possède Krishna: l’un, visaya-jatiya (l’objet d’amour) est pleinement assumé par Sri Krishna, tandis que l’autre, asraya-jatiya (le dépositaire de l’amour) est parfaitement investi par sri gurupada-padma.

 

Gurudeva a par conséquent été désigné par les mots krsna-svarupa, et non comme étant Krishna Lui-même. Pourquoi ?

krsna bhakte krsnera guna sakali sancare

 

«Toutes les qualités transcendantales de Krishna se développent graduellement chez Son dévot.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 22.75)

 

On trouve dans les srutis (écritures) l’expression suivante: brihatvad brihannatvad brahma signifiant: «Ce qui est grand et qui grandit les autres». Le terme brahma se rapporte à l’aspect infini de la Vérité Absolue (brihat-tattva), laquelle  accorde l’infinitude à qui prend refuge en elle. Aussi est-elle dénommée brahma. Au contact de l’infini, l’infinitésimal s’efface, tout comme l’obscurité se dissipe en présence de la lumière.

 

krsna surya-sama maya haya andhakara
yahan krsna, tahan, nahi mayara adhikara

 

«Krishna est comparable à l’éclat du soleil, et maya, à l’obscurité. Là où brille le soleil, il ne saurait y avoir de ténèbres. De même, dès que l’on adopte la conscience de Krishna, les ténèbres de l’illusion se dissipent aussitôt.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 22.31)

 

bhidyate hridaya-grantis chidyante sarva-samsayah
ksiyante casya karmani mayi driste ‘khilatmani

 

«Lorsqu’il Me contemple personnellement en tant que Paramatama, situé dans le cœur de tous les êtres vivants, le sadhaka (pratiquant) voit le nœud du faux ego se défaire en son coeur, tous ses doutes se dissiper, et ses désirs pour les actes intéressés, disparaître.» (Srimad-Bhagavatam 11.20.30)

 

La compagnie des bhagavata (purs dévots) a pour effet de trancher le nœud des diverses sortes d’avidya (ignorance) et des doutes qui affectent le cœur de l’âme conditionnée, mettant ainsi un terme au karma. Toutes choses insignifiantes ayant disparu de son cœur, la capacité à être guru (gurutva), inhérente à Krishna, est alors transmise au jiva.

                                                         

parama durmati chila
                                                        tare gora uddharila
                                                     tara haila patita-pavana

 

 «Délivrées par Gauranga Mahaprabhu, des personnes extrêmement viles et pécheresses purent à leur tour libérer d’autres âmes déchues.» (Gauranga-nistha,  chant 37 du Prarthana).

 

Selon la logique du «nagna-matrika», toute mère naquit dans un état de nudité, mais l’accuser d’être restée toujours nue depuis sa naissance constituerait une offense; de la même manière, c’est une aparadha (offense) de juger un bhakta (dévot) pour la légèreté de ses actes passés.

 

kiba vipra, kiba nyasi, sudra kene naya
yei krsna-tattva-vetta, sei guru haya

 

«On peut devenir maître spirituel si l’on est versé dans la science transcendantale de Krishna, peu importe que l’on soit un brahmana, un sannyasi ou un sudra.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 8.128)

 

Gurutva, l’élévation, ne peut être appréhendée par une vision matérielle. Cette élévation est proportionnelle au niveau de développement de la fonction éternelle (svarupa-dharma) de l’individu. C’est pourquoi il est dit: sudra kene naya, «qu’il soit sudra (de basse naissance) ou non.» Est-ce qu’un bhagavad-bhakta (serviteur de Bhagavan) est un sudra? Jamais!

 

na sudra bhagavad-bhakta te tu bhagavata matah
sarva-varnesu te sudra ye na bhakta janardane

 

«Un dévot n’est en aucun cas un sudra. Tous les dévots de Bhagavan doivent être considérés comme des bhagavatas. Par ailleurs, quiconque naît dans une famille de brahmanas, ksatriyas ou vaisyas, mais n’est pas un dévot de Sri Krishna, doit être tenu pour un sudra.» (Padma Purana)

 

Atri Rishi a explicité cette vérité: les bhagavad-bhaktas ne peuvent jamais être désignés du terme de sudras. Ce sont tous des bhagavatas et des brahmanas transcendantaux car ils ne sont jamais sujets à la lamentation. Socana iti sudrah: «Est sudra quiconque s’afflige.» C’est par conséquent une grave aparadha de considérer les bhagavad-bhaktas, lesquels sont affranchis de toute forme d’affliction, comme des sudras

 

Qu’est-ce alors qu’un sudra? Sarva varnesu te sudra ye na bhakta janardana. «Toute personne qui n’est pas un dévot de Sri Krishna doit  être considérée sudra, même si elle est née dans une famille brahmanaksatriya ou  vaisya. Les sudras n’ont pas de bhakti ou d’attrait pour Bhagavan et sont constamment sous l’emprise de la lamentation, de l’illusion et de la peur, obstacles que seule la bhagavad-bhakti permet de surmonter. Or, tant que le jiva n’en prend pas refuge, ses gémissements (sudratva) n’ont pas de cesse.

 

L’affliction n’existe pas chez les bhagavad-bhaktas, lesquels connaissent la science de Krishna (krsna-tattva-vetta). Quelqu’un possédant cet art n’aurait-il qu’une connaissance théorique? Enoncer parfaitement la théorie ne permet pas nécessairement les progrès du cœur ni de pénétrer, même partiellement, la science de Krishna. Celui qui détient le savoir transcendantal agit-il ainsi? Non. Il est naturellement et fermement établi dans la pratique, et non dans la seule théorie. Il n’y a aucune contradiction entre ses paroles et ses actes, et il est exclusivement soumis à Krishna. Voilà de quel bhagavad-bhakta il est question ici. Tous ses sens sont constamment absorbés dans le service de Krishna, aussi n’est-il jamais perturbé par les six impulsions.

 

vaco vegam manasah krodha-vegam
jihva-vegam udaropastha-vegam
etan vegam yo visaheta dhirah
sarvam apimam prithivim sa sisyat

 

«Une personne sage et maîtrisée qui peut subjuguer l’impulsion de la parole, la turbulence du mental, la colère naissante, l’impétuosité de la langue, les désirs de l’estomac et l’agitation des organes sexuels, peut instruire le monde entier. En d’autres mots, tout le monde peut devenir disciple d’une telle personne maîtresse d’elle-même.» (Upadesamrita 1)

 

Celui qui a conquis ces six pulsions devient jagad-guru, maître spirituel du monde entier. Le retrait total des sens par le processus du pranayama consistant en l’expiration et l’inspiration (recaka et puraka), la rétention respiratoire (kumbhaka), le contrôle sensoriel (yama) et l’adhérence à divers principes régulateurs (niyama), n’est pas véritablement la maîtrise de ces pulsions. Celle-ci n’est réellement atteinte qu’à travers une utilisation positive des sens.

 

yamadibhih yogapathaih kamalobhahato mundah
mukundasevaya yadvad tathaddhatma na samyati

 

«Il est vrai qu’en s’exerçant à la maîtrise des sens par la pratique du yoga, on peut s’affranchir des anxiétés qu’engendrent concupiscence et avidité, mais cela ne suffit pas à conférer la satisfaction de l’âme, que seul procure le service d’amour (seva) offert à Mukunda. (Srimad-Bhagavatam 1.6.34)»

 

Parce qu’ils sont les seuls capables de dominer les sollicitations des sens, les krsna-bhaktas sont les véritables jagad-gurus, précepteurs du monde. Krsnam vande jagat gurum: «J’adore Sri Krishna, le jagad-guru.» Sri Krishna est le jagat-guru originel, et c’est en répandant Sa gloire (gurutva) sur tous les êtres qu’Il leur permet de devenir glorieux.

 

yare dekha, tare kaha ‘krsna’-upadesa
amara ajnaya guru hana tare ei desa

 

«Parlez de Krishna à tous ceux que vous rencontrerez, devenez guru par mon ordre, et délivrez le peuple de ce pays.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 7.128)

 

kabu na badhibe tomara visaya-taranga
punarapi ei thani pabe mora sanga

 

«Les vagues des désirs pour le plaisir sensoriel ne vous feront pas obstacle, et  vous pourrez être à nouveau en Ma compagnie ici même.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 7.129)

 

Investissant de Son pouvoir ceux qui ont accepté Sa protection, Bhagavan les envoie ainsi  par le monde en tant que gurus, pour le bien des jivas. Sans  avoir reçu la puissance de Bhagavan, l’insignifiant jiva n’acquiert pas l’aptitude à être guru, mais se trouve plutôt englouti par les vagues du matérialisme. Or, cela n’arrive pas au guru investi de la sakti (énergie) de Krishna. Kabhu na badhibe tomara visaya-taranga. «Les vagues du matérialisme ne vous gêneront pas.»

 

A ce sujet, Srila Sarasvati Prabhupada eut ces paroles: «Abandonnez himsa (méchanceté, envie et violence) et ayez de la compassion pour les jivas. N’agissez pas en tant que guru pour commettre la moindre violence ou pour sombrer dans le matérialisme, mais, si vous le pouvez, devenez le serviteur sincère de Krishna et recevez Sa puissance. Vous n’aurez alors plus rien à craindre.»

 

Cela veut dire que  le bhagavat bhakta, libre de toute tromperie, se voit transmettre la puissance de Bhagavan sans laquelle la miséricorde envers les jivas devient jiva-himsa, une violence. 

 

Que signifie jiva-himsa? Srila Sarasvati Prabhupada l’explique: «Le mot jiva-himsa désigne l’étroitesse d’esprit ou l’avarice dans la propagation de la suddha-bhakti, le fait d’accorder sa protection aux mayavadis, aux anyabhilasis (ceux qui agissent égoïstement) et aux karmis, ou de parler pour leur plaire. En fait, jiva-himsa signifie nourrir le désir de libération du jiva et son avidité pour le plaisir sensoriel, dissimuler la vérité impartiale des sastras, et encourager les caprices du mental. Les karmis, les jnanis et les yogis sont égoïstes, insoumis et ont adopté le processus ascendant d’acquisition du savoir transcendantal. Se faisant passer pour des gurus, ils infligent aux êtres vivants une violence extrême. N’étant pas des vaisnavas, leurs efforts au moyen du karma, du jnana et du yoga sont vains, car il est impossible au dharma (fonction) de l’âme spirituelle de se manifester par ces voies. S’il arrive souvent qu’ils attachent foi à Vishnou, c’est seulement pour leur intérêt personnel. Et, parce qu’ils Le tiennent  pour une désignation temporaire, leur acceptation n’a aucune réelle valeur.

 

Le culte rendu à Vishnou à travers le pancopasana (adoration des cinq divinités: Surya, Ganesa, Sakti, Siva et Vishnou) n’est aucunement éternel. Ceux qui s’y livrent ne comprennent pas leur relation éternelle avec Vishnou non plus qu’ils n’admettent  leur identité de serviteurs éternels. C’est pourquoi leur vaisnavisme est impur. De tels pancopasakas (adeptes des cinq divinités) sont des nirvisesa-brahmavadis, des êtres qui considèrent  le brahma comme impersonnel et sans variété. Ils pensent que l’aspect personnel du Divin avec ses caractéristiques et ses qualités uniques est subordonné aux attributs matériels de maya. Ils commettent ainsi une grave offense.

 

prakrita kariya mane visnu-kalevara
visnu-ninda ara nahi ihara upara

 

«Celui qui considère que le corps transcendantal du Seigneur Vishnou est constitué d’éléments matériels, est le plus grand des offenseurs aux pieds pareils-aux-lotus du Seigneur. Il n’y a pas plus grand blasphème envers Dieu la Personne Suprême.» (Caitanya-caritamrita, Adi 7.115)

 

Puisque sa svarupa (identité constitutionnelle) de vaisnava demeure voilée, un tel être ne peut échapper au malheur. Et comment pourrait-il aider autrui à y parvenir? C’est pourquoi les sastras déclarent:

avaisnavopadistena mantrena nirayam vrajet
punas ca vidhina samyag grahayed vaisnavad guroh

 

«L’enfer est notre destination si l’on accepte des mantras d’un guru qui n’est pas vaisnava, donc dépourvu de krsna-bhakti. Les écritures védiques nous enjoignent, dans ce cas, de recevoir à nouveau les mantras d’un guru vaisnava.» (Hari-bhakti-vilasa 4.144)

 

L’enfer est la seule récompense pour avoir obtenu un mantra d’un non-vaisnava. Aussi, doit-on recevoir de nouveau les mantras, et leur réelle signification, d’un guru vaisnava.

Quel est le sort d’un guru non-vaisnava?

 

yo vyaktir nyaya-rahitam anyayena srinoti yah
tav ubhau narakam ghoram vrajatah kalam aksayam

 

«Quiconque se prétend acarya mais donne de fausses instructions, opposées aux sattvata-sastras (écritures vertueuses), résidera pour une quasi éternité dans un enfer effroyable, de même que les disciples fourvoyés qui ont commis l’erreur d’écouter ce faux guru.» (Hari-bhakti-vilasa 1.62)

 

Celui qui, dans son propre intérêt, explique les sastras  en contredisant leur sens véritable, ainsi que celui qui écoute une telle interprétation, iront en enfer pour un temps illimité, en raison de leur dissidence. Seule la bhagavad-bhakti détruit tout ce qui est défavorable au jiva. Au-delà de toute dualité, les karma, jnana et  yoga n’existent en excellente harmonie que lorsqu’ils partagent  le but de la bhagavad-bhakti (dévotion à Bhagavan, Dieu la Personne Suprême).

 

yat karmabhir yat tapasa jnana-vairagyatas ca yat
yogena dana-dharmena sreyobhir itarair api
sarvam mad-bhakti-yogena mad-bhakto labhate’njasa
svargapavargam mad-dhama kathancid yadi vanchati

 

“Par la puissance du bhakti-yoga, Mes bhaktas récoltent sans peine les fruits que procurent, au prix de grands efforts, les actes intéressés, l’austérité, la connaissance, le renoncement, la pratique du yoga, la charité, les devoirs religieux et toute autre sorte de sadhana vertueuse. S’ils le désiraient, Mes bhaktas pourraient aisément être promus sur les planètes édéniques, atteindre la libération ou même demeurer à Vaikuntha,  mais ils sont libres de toute ambition.» (Srimad-Bhagavatam 11.20.32-3)

 

«Ce qui est obtenu séparément à travers les voies du karma (action intéressée), du tapasya (austérité), du jnana (connaissance), du vairagya (renoncement), de l’astanga-yoga (yoga des huit branches) et d’autres pratiques religieuses volontaires, est facilement acquis par Mes bhaktas

 

La bhakti contient par conséquent toute perfection, et c’est là le verdict de Bhagavan Lui-même, libre de toute partialité ou discrimination. Le  guru vaisnava qui manifeste et répand cette bhagavad-bhakti est aussi glorieux que Vishnou Lui-même.

 

yasya deve para bhaktir yatha deve tatha gurau
tasyaite kathita hy arthah prakasante mahatmanah

 

Les enseignements profonds des Vedas sont entièrement révélés à l’âme élevée qui possède la même para-bhakti pour son gurudeva et pour Sri Bhagavan. (Svetasvatara Upanisad 6.23)

 

Celui qui montre la même para-bhakti envers un guru vaisnava et  Bhagavan, est un mahatma, un maha-bhagavata. Le sens véritable des sastras n’est révélé, de la juste manière, qu’à lui seul. L’expression suivante, mannathah srijagannatho mad-guruh srijagad-guruh déclare par conséquent: «Mon maître est le maître de l’univers, et mon guru est le guru de l’univers.» Ainsi, sans une foi ferme (nistha) à la fois en le visaya et l’asraya-tattva, la confusion ne peut que demeurer.

 

Visaya-vigraha Bhagavan est le Maître souverain d’entre les maîtres, le Seigneur suprême parmi les seigneurs (sarvesvaresvara). De même, asraya-vigraha sri gurudeva n’est pas un jiva ordinaire, mais la personnification de tous les devas réunis (sarvadevamaya). Il est isvara en ce sens qu’il possède les qualités du Maître suprême. Mais celui qui ne parvient pas à cette compréhension considérera gurudeva comme un être humain ordinaire, se plaçant ainsi dans une situation extrêmement périlleuse où  il ne pourra jamais être libéré de son attachement à la matière.

 

C’est pourquoi le Srimad-Bhagavatam (11.2.37) emploie le terme de gurudevatatma pour désigner le disciple qui sait que son gurudeva est devata (la demeure du Seigneur) et le considère comme atma, au sens de priya, (aussi cher que sa propre vie). A moins de devenir gurudevatatma, on ne peut ni offrir de service confidentiel au guru (visrambena guroh seva), ni par conséquent accomplir de krsna-bhajana.

 

tate krsna bhaje, kare gurura sevana
maya-jala chute paya krishnera carana

 

«Si l’être conditionnée se consacre au service du Seigneur ainsi qu’à celui de son maître spirituel dont il suit les directives, il peut se libérer des griffes de maya et devient digne du refuge des pieds pareils-au- lotus de Krishna.» (Caitanya-caritamrita, Madhya 22.25)

 

La relation entre krsna-bhajana et guru-seva est indissociable.

 

A suivre …

 

Traduction: Narayani Dasi
Correction: Devaprastha Dasa