Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Extrait d’un discours de Sri Srimad Bhaktivedanta Vamana Gosvami Maharaja fait le jour de la disparition de Sri Srimad Bhakti Prajnana Kesava Gosvami Maharaja à la Sri Devananda Gaudiya Matha, Navadvipa, Bengale.
Nous sommes assemblés aujourd’hui pour une raison particulière : honorer le jour de la disparition1 de mon bien-aimé gurudeva, jagad-guru nitya-lila pravistha om visnupada astottara-sata Sri Srimad Bhakti Prajnana Kesava Gosvami Maharaja.
Quand les gens écrivent des biographies, que cela porte sur des personnes ordinaires ou des saints éternellement parfaits et libérés, ils examinent toujours deux aspects de leur vie : leur naissance et leur mort. La naissance et la mort des êtres vivants empêtrés dans l’action intéressée se déroulent simplement sous le dictat de leurs actions passées et de leurs conséquences. Mais Dieu2 ne subit pas la naissance et la mort matérielles, car il est sac-cid-ananda, la personnification de l’existence spirituelle, consciente et joyeuse. De même, l’avènement et la disparition des âmes libérées éternellement parfaites n’est pas matérielle. Ces personnalités ne sont pas liées au cycle des morts et des naissances par leurs activités et les résultats de ces activités, ce que confirment les Ecritures sans la moindre ambiguïté.
Ce même jour de pleine lune, mon gurudeva disparut de ce monde, à une heure glorieuse, nous privant ainsi de sa miséricordieuse compagnie. Où s’en est-il allé ? Dans sa demeure et destination éternelle, Goloka-Vrndavana. Ceux qui sont éternellement parfaits et libérés atteignent automatiquement un lieu qui se trouve hors d’atteinte des personnes ordinaires.
A l’éventuelle question - “Sri Guru et les vaisnavas nous trompent-ils ?”, les Ecritures répondent, d’une certaine manière, par l’affirmative. Ils acceptent les différentes épreuves de ce monde simplement pour assister les personnes sincères dans leur pratique d’adoration de Hari3 et dans la discipline4 liée à cette adoration.
Le guru et les vaisnavas restent quelque peu indifférents envers ceux qui évitent cette discipline4 et, à la place, s’engagent dans des activités frivoles. Si les résidents du temple5, ou de l’institution spirituelle, agissent correctement et s’engagent dans la pratique et l’adoration3, 4, se dévouant complètement au service de Sri Hari, du guru et des vaisnavas, ils peuvent atteindre la perfection totale. Même en ce monde des tuteurs qualifiés assument le rôle de bienfaiteurs. Que dire alors de nos protecteurs spirituels, qui ont une conception de la protection bien plus exaltée !
Qui est Gurudeva ? Notre meilleur ami. Il est notre éternel bienfaiteur qui offre un refuge au sans-refuge. Comment ? Il est l’unique refuge de ceux qui ne peuvent en trouver ici-bas. Personne n’est aussi miséricordieux et compatissant que lui dans cette prison du monde.
Il y a bien plus à dire sur les vérités6 concernant Sri Guru. Sri Guru est concerné par notre bien-être spirituel. Souvent les gens font un étalage de compassion pour le bien-être matériel d’autrui, sans comprendre l’importance du bien-être spirituel et sans pouvoir aider quiconque en ce sens. A moins de recevoir la miséricorde immotivée du Seigneur2, nous n’identifierons pas la voie correcte qui nous mènera à Lui et jamais ne trouverons un protecteur adéquat.
Ceux qui sont maintenant familiers avec le sadhana-bhajana3, 4, en le suivant personnellement et en surmontant avec succès les différents obstacles et épreuves qui se dressent sur cette voie et qui, en plus, attirent des âmes dans cette même direction, se rangent dans la catégorie des jagad-guru-tattvas, maîtres spirituels de l’univers tout entier. Les gens pensent souvent : « Telle personne est mon guru, telle autre est le tien, telle autre est le sien », mais les Ecritures présentent une conception différente :
mannathah sri jagannatho
madguruh sri jagadguruh
« Mon Seigneur est le maître de l’univers, et mon guru est le précepteur spirituel de l’univers entier. »
Les personnes à l’intelligence réduite s’égarent en essayant de comprendre ça. Mon guru est le guru des quatorze systèmes planétaires, c’est pourquoi il est jagad-guru, guru de l’univers entier. C’est une vérité scripturaire, pas une simple fantaisie. Si nous pensons que nous honorons notre gurudeva en le louant profusément et qu’il sera satisfait par notre étalage de dévotion, c’est que nous ne comprenons pas les vérités concernant le guru6.
Quand le guru a atteint l’omniscience, il entre dans la catégorie des antaryami-tattvas7, il est omniscient comme l’Ame Suprême. Rien n’a besoin de lui être présenté comme nouveau. Il est intrinsèquement conscient de nos erreurs, imperfections, fautes et manquements ; et pourtant il continue à nous encourager à poursuivre notre vie spirituelle, nous inspirant à accomplir notre sadhana-bhajana3, 4. C’est sa miséricorde particulière.
Au cours de l’un de ses nombreux enseignements8, Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Prabhupada a dit un jour que les gens de ce monde ne comprennent pas les instructions de la Bhagavad-gita et du Srimad-Bhagavatam, bien que Sri Krishna, Dieu la Personne Suprême, les ait données directement. Ils sont incapables aujourd’hui de saisir ces mêmes enseignements et seront tout aussi incapables de le faire dans le futur. Après avoir réfléchi au sort des entités vivantes, Sri Radha et Sri Krishna apparurent personnellement en ce monde dans leur forme réunie de Gaurahari, Sri Caitanya Mahaprabhu, pour assumer le rôle de jagad-guru et instruire l’humanité entière.
Cela indique que Dieu est la cause première de l’engagement des entités vivantes dans le hari-bhajana3 et fait preuve d’une grande considération à leur égard. Ainsi, par Son exemple personnel, Il a enseigné aux êtres vivants la manière de chanter les noms de Sri Krishna avec un désir ardent et profond, ce que relatent des ouvrages tels que le Caitanya-caritamrita et le Caitanya-bhagavat, qui décrivent Ses divertissements.
Peut-il y avoir des déficiences en Sri Krishna ? Il ne Lui manque rien. Le Srimad-Bhagavatam (6.9.22) affirme : “Svenaiva labhena samam prasantam – Dieu2 est toujours heureux et pleinement satisfait de Ses propres perfections spirituelles.” Bien que cela soit vrai, Bhagavan devient néanmoins morose en voyant la condition misérable des entités vivantes, et Il pleure. Telle est la disposition naturelle d’un protecteur, et c’est pourquoi Dieu2 apparaît personnellement pour enseigner le processus d’adoration4 et du nama-sankirtana, le chant congrégationnel des saints noms.
De nombreuses personnes se demandent si Sri Caitanya Mahaprabhu continue à déverser aujourd’hui encore Sa miséricorde. Après tout, n’y a-t-il pas maints exemples démontrant que seuls Ses compagnons reçurent cette faveur ? C’est la nature suspicieuse de l’âme conditionnée à toujours chercher les défauts chez autrui, tant chez les vaisnavas que Dieu2 Lui-même. Cette mentalité est comme celle d’une fourmi qui cherche un trou dans un temple composé de joyaux. Quelle grande infortune !
Les Ecritures nous enjoignent de prendre soin de nous et des autres, mais nous sommes incapables d’en comprendre le sens. Notre nature imparfaite gâche tout et notre mentalité à chercher des fautes ne nous mène nulle part. Dans Son Siksastakam (3), Sri Caitanya Mahaprabhu a enseigné :
trinad api sunicena
taror api sahisnuna
amanina madanena
kirtaniyah sada harih
« On doit constamment chanter le saint nom de Sri Hari en se considérant plus humble et plus inutile qu’un brin d’herbe foulé aux pieds de tous, en étant plus tolérant qu’un arbre, dénué de tout orgueil, et en offrant ses respects à chacun selon sa position. »
Les Ecritures décrivent comment devenir amani-manada, libre du désir d’être honoré et capable d’offrir ses respects à autrui. Notre guru-varga, notre lignée de maîtres spirituels, a brillamment expliqué ce point :
amani-manada haile kirtane adhikara dibe tumi
« Ma prière est que, lorsque j’aurai abandonné le désir d’être honoré et serai capable d’offrir mes respects à autrui, tu me donnes la capacité d’accomplir mon bhajana. »
Que signifie cette prière ? Si je deviens amani-manada, je pourrai réaliser quelque chose dans la vie spirituelle. Mais si, au lieu de cela, je nourris des désirs défavorables à la pratique de la bhakti, jamais je n’atteindrai le succès. Ma pratique dévotionnelle ne fera que me tromper et tromper autrui. Les maîtres de notre lignée nous révèlent cela. Pour notre bénéfice, les Ecritures nous offrent de nombreux conseils et règles à suivre, mais nous ne les comprenons pas. Les instructions d’un maître authentique10, dont le coeur fond de compassion, ont un tel pouvoir hors du commun qu’il confère sa miséricorde aux êtres vivants à travers ses mots.
Comment pourrons-nous comprendre cela ? Par l’abandon10 ; en se dédiant complètement aux pieds de lotus de Sri Guru, il y a un espoir que nous fassions de l’avancement. Mais si le guru et les vaisnavas voient que je suis extrêmement fier, avide de renommée et agissant par caprice, ils me manifesteront de l’indifférence. Si, en dépit d’explications répétées, je ne comprends rien et ne suis pas la voie indiquée par Sri Guru, ils pourront me priver de leur compagnie. Leur intention n’est pas de nous tromper. Ce n’est même pas l’intention de Dieu, qui est toujours avide d’accorder Sa miséricorde aux âmes conditionnées. Le guru et les vaisnavas souhaitent seulement nous faire progresser spirituellement, mais nous ne le réalisons pas.
Aujourd’hui est le jour de la disparition de mon gurudeva, mais je ne pleure pas. Au plus profond de mon c¶ur, il ne m’a jamais manqué. Je ne suis pas du tout inquiet d’avoir perdu un tel joyau, une pierre philosophale. J’ai mes habits de sadhu et je sais que je mangerai et vivrai bien. Cette attitude est un sérieux sujet d’inquiétude.
Ceux qui veulent suivre la voie du sadhana-bhajana3, 4, qui essayent de toujours penser à Dieu et de Le servir, doivent être extrêmement vigilants. Srila Narottama Thakura a écrit : “Vando mui savadhana-mate – je me prosterne aux pieds de lotus de mon gurudeva avec beaucoup de soin et d’attention.”
A quoi le mot “soin” fait-il référence ici ? Les Ecritures nous demandent d’être attentifs à ne pas commettre d’offenses. Ayons toujours cela à l’esprit. En chantant le saint nom, nous devons soigneusement éviter les offenses aux saints noms11 ; en visitant les lieux saints12, nous devons soigneusement éviter les offenses aux lieux saints13 ; et en servant les murtis, nous devons nous garder de commettre des offenses au service14. De plus, en restant avec le guru et les vaisnavas, on doit se préserver de commettre des offenses à leur encontre15, 16.
Avec autant d’obstacles et de restrictions, on peut se demander où aller et quoi faire. Mais les Ecritures stipulent également que plus l’obstacle et grand, plus nous atteindrons facilement le but. Une étude attentive des Textes sacrés révèle qu’ils contiennent les mots de Dieu : discipline et règles. Quels que soient les instructions ou conseils que Dieu nous a prodigués, ils sont répétés par le guru et les vaisnavas. Ils ne fabriquent rien. Ce qu’ils disent sont les injonctions et restrictions scripturaires.
“Quand on me glorifie, je ressens beaucoup de plaisir, mais lorsqu’on me critique, je ne suis pas à l’aise.” Ce n’est pas la bonne attitude. Il est tout simplement déplacé d’entendre le guru ou les vaisnavas me glorifier. Au contraire, je dois considérer comme une grande fortune si, par miséricorde et par amour, pour mon bien-être spirituel, ils me punissent et me réprimandent. Mais je suis incapable de le tolérer et j’argumente sans fin pour me défendre. Les niti-sastra, qui définissent la conduite morale, déclarent : “Bhrityasca uttardayakah – Le serviteur qui répond après avoir été instruit doit être rejeté.”
Nous devons écouter le guru et les vaisnavas lorsqu’ils estiment nécessaire de nous rectifier. Nous devons essayer de comprendre leurs paroles avec calme et patience, en ayant foi qu’ils nous parlent pour notre bien. Leur motivation n’est pas égoïste. Nous devons toujours conserver cette attitude, car quelle attitude Sri Guru adoptera-t-il envers nous si nous ne le faisons pas ? Extrêmement mitigée. Il peut nous traiter comme une personnalité que l’on tient en haute estime, comme un maître, et agir envers nous comme un serviteur, et par la suite, s’il ne nous écoute pas, on le rejettera.
Un jour, Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura Prabhupada déclara avec un profond regret : “Ceux qui pensent qu’ils doivent avoir un guru pour vivre en ce monde, tout comme on a besoin d’un batelier pour traverser une rivière ou d’un teinturier pour laver ses vêtements, ont été dupés. Ces gens, qui essayent de comprendre les actes de Gurudeva avec leur intelligence matérielle, ne m’ont pas vu ou rencontré une seule fois, et ce n’est pas avec cette attitude qu’ils pourront le faire.”
Les âmes éternellement libérées répandent toujours le message de Vaikuntha. Jamais elles ne disent quoi que ce soit dans leur propre intérêt, mais néanmoins nous leur trouvons des fautes. En agissant ainsi, nous créons nos propres problèmes.
Traduction : Jagadisa Dasa
Correction : Syamananda Dasa