Conférences

Sad anga saranagati

Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Pays de Galles, le 3 juillet 2000

Classe donnée par Srila Bhaktivedanta Narayana Maharaja d’après le chant «sad anga saranagati» de Srila Bhaktivinoda Thakura.

Sri krsna caitanya prabhu jive doya kori… Essayez d’écouter l’essence de ce chant, et pas seulement d’écouter…

Un jour, un guru ordonna à son disciple: «Apporte-moi un verre d’eau. Est-ce que tu m’entends?» Le disciple répondit: «Oui, j’entends», mais il ne l’apporta pas. Le guru lui demanda à nouveau: «Apporte-moi un verre d’eau.» Le disciple entendit l’ordre, mais n’avait pas l’intention d’apporter l’eau. Le guru s’enquit alors: «Pourquoi ne m’apportes-tu pas l’eau que je t’ai demandée?» «Parce que vous m’avez posé la question: ‘Est-ce que tu m’entends?’ Ce n’était pas la peine de me demander cela, je ne suis pas sourd, j’ai entendu ce que vous voulez.»

Le guru lui dit alors: «Ce n’est pas cela écouter. Tu ne devrais pas écouter ainsi. Si tu veux me suivre, alors apporte-moi de l’eau.»

Le disciple revient enfin avec de l’eau.

Le guru lui demanda: «M’as-tu apporté l’eau?» «Oui» «D’où l’as-tu prise?» «De cet endroit» «Mais ce n’est pas de l’eau potable!»…

Ou bien supposez qu’il fasse froid et que le disciple apporte de l’eau glacée. Un tel disciple n’est pas un sevaka, un serviteur de son guru. Qu’est-il donc? La première syllabe du mot sevaka, serviteur, disparaît, ce qui donne vaka, ou baka, qui signifie héron. Cet oiseau des marais se tient sur une patte et, bien qu’il semble faire des austérités, il n’a pour objectif que d’attraper un poisson. Si vous suivez réellement votre guru, alors vous êtes en mesure d’écouter. Quand vous faites un kirtana, essayez de penser à la signification du chant et à vous en imprégner. Alors tous vos problèmes s’en iront et vous serez heureux.

Il y avait un chien qui était soumis à son maître. Celui-ci était très puissant, et riche, et il avait deux pistolets. Le chien n’avait pas à se soucier de sa pitance ou de quoi que ce soit d’autre. Les chiens, ou ceux qui s’abandonnent à leur maître, n’ont pas à se préoccuper de leur repas, de leur gîte, ou de toute autre nécessité. S’il allait se promener, son maître l’accompagnait. Un jour, sur le chemin, ils rencontrèrent de gros chiens féroces qui voulurent l’attaquer, mais il n’eut pas peur du tout, car il savait que son maître avait des pistolets et qu’il le défendrait. Il se mit à sauter et à aboyer pour répondre à leur provocation. De même, si quelqu’un est abandonné à Krishna, il sait que Krishna est très puissant et il est toujours heureux. Il n’a pas à se soucier de maintenir sa vie. Ce souci en incombe à Krishna parce que le dévot s’est complètement abandonné à Lui.

Si un dévot s’abandonne selon les six branches de saranagati (accepter ce qui est favorable et rejeter ce qui est défavorable à son bhajana; avoir une ferme conviction que Krishna est son seul maintien et protecteur; être humble et Lui offrir toute son âme) pourquoi devrait-il s’inquiéter pour sa subsistance ou toute autre chose? Il délaissera tout ce qui n’est pas relié à Krishna.

Le chien, toutefois, n’est pas complètement abandonné. Le maître lui met un collier et une chaîne. Pourquoi? Parce que, bien que le chien soit soumis de bien des manières, il a une faiblesse. S’il n’est pas enchaîné, où ira-t-il? Voir des femelles. Il oubliera alors son maître et ira se réjouir. Son maître est très puissant et aussi très intelligent. Il le garde attaché et le détache parfois la nuit pour qu’il puisse monter la garde. Ce chien-là n’a nullement à s’inquiéter pour son repas ou tout autre besoin, mais s’il n’était pas attaché, il peut y avoir des problèmes à cause de son manque d’abandon.

Les dévots devraient au moins avoir le même abandon que ce chien en ce qui concerne leur repas, leur subsistance et leur bhakti. Tout dépend du maître et le maître des dévots n’est pas ordinaire. C’est Krishna Lui-même, qui est tout puissant et déborde de compassion. Il vous protégera, vous sauvera et vous donnera tout ce dont vous avez besoin. Si vous vous êtes abandonnés, mais que vous vous inquiétez quand même de votre subsistance, c’est que vous n’avez pas de réelle saranagati. Une personne peut sembler s’être abandonnée, mais lorsque les problèmes ou la maladie arrivent, elle crie : «A l’aide, au secours!» en s’adressant à d’autres personnes qu’à Krishna. Krishna est tout puissant. Il peut dissoudre tous vos problèmes. Pourquoi vous inquiéter? Si un dévot chante constamment et s’absorbe dans le souvenir, s’il pratique la bhakti, il sera heureux pour toujours et ne pourra qu’être détaché des désirs matériels, cela parce qu’il aura trouvé un goût supérieur dans l’existence.

Comparons par exemple du sucre de canne et un rasagulla. Le rasagulla est imbibé de sirop sucré et imprégné d’un doux parfum. Il est complètement saturé de sirop, de rasa. Choisira-t-on de savourer le simple sucre de canne plutôt que le rasagulla? Param drstva nirvatante celui qui expérimente un goût supérieur abandonnera naturellement une saveur d’ordre inférieur. Le bhakti yoga repose sur le rasa, une saveur transcendantale. Si quelqu’un goûte ce rasa, comment pourra-t-il rester attaché aux choses matérielles? C’est impossible. Si vous chantez, kirtanam, que vous vous souvenez de Krishna, smaranam, en progressant dans la Conscience de Krishna, vous n’aurez plus de problèmes. Le détachement viendra et vous serez toujours heureux. A présent, vous faites beaucoup de choses mais vous êtes malheureux. Le détachement des choses matérielles ne vient pas. Vous voulez vous procurer toutes ces choses inutiles qu’accumulent les gens ignorants de ce qui est nécessaire à leur bien-être. Qu’est-ce que cela signifie? Que vous n’avez pas de bhakti. Vous vous trompez vous-mêmes, vous trompez votre gurudeva et Krishna. En fait, on ne peut tromper Gurudeva et Krishna. C’est impossible. Vous vous trompez seulement vous-mêmes.

La bhakti est comme un courant. On ne peut l’arrêter. On ne devrait pas l’arrêter, mais la laisser couler sans fin. Sinon l’eau stagnera et sera infectée. La bhakti commence avec sraddha, la foi. Puis elle atteint nistha, le stade où la foi s’affermit. Alors un goût supérieur se développe, ruci. Et elle continue à se développer sans cesse.

Proportionnellement à son développement, toutes les qualités du vaisnava se manifestent. Le détachement des choses matérielles viendra lui aussi et alors, vous serez heureux.

Traduction: Krishna Bhakti Dasi
Correction: Jayantakrid Dasa
Syamananda Dasa