Conférences

Contrôler les six impulsions

Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Murwillumbah, Australie, 21 janvier 2001

Souvenez-vous des premiers versets de l’Upadesamrita de Srila Rupa Gosvami:

vaco vegam manasah krodha vegam
jihva-vegam udaropastha-vegam
etan vegan yo visaheta dhirah
sarvam apimam prthivim sa sisyat

L’être sage et sobre, qui peut résister à la tentation de parler, aux impulsions du mental, à la montée de la colère, à la voracité de la langue et de l’estomac, ainsi qu’aux pulsions charnelles, est à même de prodiguer des enseignements au monde entier. Tous les hommes peuvent devenir les disciples de l’être qui possède une telle maîtrise de lui-même. (Upadesamrita 1)

atyaharah prayasas ca
prajalpo niyamagrahah
jana-sangas ca laulyam ca
sadbhir bhaktir vinasyati

Les six défauts suivants détruisent la bhakti : 1) trop manger ou amasser plus de richesses que nécessaire, 2) entreprendre des efforts à des fins opposées à la bhakti , 3) s’entretenir sans nécessité de sujets matériels, 4) négliger les règles de base de la bhakti ou y adhérer de façon fanatique, 5) fréquenter des personnes opposés à la bhakti, et 6) nourrir des aspirations ardentes pour des choses d’ordre matériel, ou accepter des doctrines ou conclusions erronées. (Upadesamrita 2)

Un aspirant dévot peut parfois se montrer de bonne nature, être simple et très humble et d’autres fois, si quelque chose se produit contre son gré, il peut s’emporter, devenir comme fou, prêt à se battre avec le premier qui se présente devant lui. C’est qu’il se trouve contrôlé par la colère, ce qui est très préjudiciable. Nous ne devons pas être fou. Si on est tantôt humble et soudain pris d’une grande colère, qu’est-ce que cela signifie? Nous ne pouvons pas agir comme cela. Nous devons toujours être humble et tolérant.

J’entends que beaucoup de dévots sont parfois très humbles et d’autres fois, ils se comportent comme le ferait un taureau en furie qui, si vous vous présentez en face de lui, vous charge et vous encorne. Ne soyez pas comme des taureaux. Le taureau est capable aussi de servir l’homme et de le nourrir comme un père. C’est plutôt cette qualité qu’il faut adopter. On ne doit jamais agir comme des taureaux, se battre ou frapper quelqu’un.

Comment pouvez-vous contrôler ces impulsions? Vous ne pouvez pas. En ce qui concerne ces deux premiers versets de l’Upadesamrita, nous pouvons nous en souvenir, les mémoriser, mais nous devons aussi essayer de les mettre en pratique. Mais comment faire? Nous ne pouvons pas maîtriser ces impulsions décrites dans le premier verset et surpasser les obstacles à la bhakti définis dans le deuxième. C’est au-delà de tout contrôle. Il existe toutefois un moyen, un procédé infaillible pour en venir à bout. Quel est-il? Il est révélé dans le troisième verset:

utsahan niscayad dhairyat
tat-tat-karma-pravartanat
sanga-tyagat sato vrtteh
sadbhir bhaktih prasidhyati

Le progrès sur la voie de la bhakti repose sur les six principes suivants : 1) l’enthousiasme à suivre les règles qui favorisent le développement de la bhakti, 2) une foi ferme dans les écritures et dans le guru dont les enseignements s’y conforment, 3) la persévérance malgré les obstacles, ou la patience même si on n’atteint pas rapidement le but, 4) l’adhérence aux pratiques de base, tels l’écoute et le chant, et le renoncement au plaisir des sens pour la satisfaction de Sri Krishna, 5) le rejet de la compagnie illicite des femmes, de ceux qui sont trop attachés à elles, des mayavadis, des athées et des pseudo religieux, et 6) l’adoption de la conduite et du caractère des acaryas précédents. (Upadesamrita 3)

Si vous appliquez ce troisième verset, les deux précédents seront automatiquement suivis. Très facilement votre mental, votre langue et tous vos sens seront alors maîtrisés. «atyahara prayasas ca, prajalpo niyamagraha» : tout cela sera sous contrôle simplement si vous appliquez ce sloka. C’est pourquoi nous devons le connaître.

Utsaha. Vous devez en comprendre le sens et ensuite le mettre en pratique dans votre vie. Si vous ne suivez pas ces principes, c’est que vous ne me suivez pas et ne suivez pas non plus Srila Rupa Gosvami; par conséquent, vous ne suivez pas Sri Caitanya Mahaprabhu et Radha-Krishna. Vous devez donc suivre ce verset.

(Srila Narayana Maharaja demande à Sripada Aranya Maharaja de parler)

Sripada Aranya Maharaja: Dans ce verset, Srila Rupa Gosvami explique six principes qui doivent faire partie de la vie spirituelle d’un dévot. S’il observe ces six particularités…

Srila Narayana Maharaja: Il ne sera alors pas nécessaire de suivre indépendamment les deux premiers versets. Tout simplement parce qu’ils seront automatiquement mis en application par le simple fait de suivre le troisième.

Sripada Aranya Maharaja: Srila Rupa Gosvami offre une garantie à toute personne qui observe ce troisième verset: sadbhir bhakti prasidhati. Le succès dans la vie spirituelle est assuré. Le premier mot utsaha signifie enthousiasme. Le dévot engage pleinement son corps, son mental et ses paroles au service de Sri Guru et des vaisnavas. Il n’agit pas à contre cœur en pensant: «Je n’ai pas envie de faire ces choses-là mais je le fais quand même.» Cela ne marche pas comme ça. Le dévot agira à la fois avec joie et enthousiasme, complètement engagé dans le service de Sri Guru et des vaisnavas.

Connaissez-vous Govinda, le serviteur de Sri Caitanya Mahaprabhu à Puri? Comment servait-il? Il était toujours très énergique, sans aucune interruption dans son service. Nous devons suivre son exemple. Si vous désirez la bhakti, marchez sur les traces des compagnons de Sri Caitanya Mahaprabhu, sinon vous ne pourrez suivre Radha et Krishna, les gopis, Leurs amis et les autres. Il s’agit tout d’abord de suivre Caitanya Mahaprabhu.

Sripada Aranya Maharaja: Cet enthousiasme a deux aspects. D’une part, nous devons être très enthousiaste à suivre toutes les activités du service de dévotion. Ce n’est pas si difficile. Mais d’un autre côté, c’est aussi avec beaucoup d’enthousiasme que nous devons essayer de laisser très loin derrière nous tout ce qui est anartha, indésirable, les mauvaises habitudes et tous nos attachements.

Srila Narayana Maharaja : Et vous éprouverez un grand soulagement de les avoir laissé loin derrière.

Sripada Aranya Maharaja: Nous arrivons ensuite à l’étape suivante. Niscayat signifie confiance, ou une foi très ferme dans les paroles du guru, des sadhus et des sastras. C’est par leur intermédiaire que j’ai entendu parler de ce qu’est sadhya, le but de ma vie. J’ai aussi entendu d’eux ce qu’est la sadhana, la méthode à suivre pour atteindre le but. C’est pourquoi, en étant guidé par eux et en essayant d’être soumis de manière inconditionnelle, suivant cette sadhana, il est absolument certain que mon sadhya, mon but, sera atteint un jour. C’est ce qui s’appelle niscayat, la confiance.

Srila Narayana Maharaja: Srila Bhaktivinoda Thakura dit que toutes ces instructions, du début à la fin, ne sont que pour les grhasthas. Elles ne sont pas destinées aux personnes qui sont dans l’ordre du renoncement, tels que les sannyasis ou les brahmacaris. Les grhasthas doivent être parfaits. Ensuite, ils peuvent renoncer. S’ils quittent leur foyer avant d’avoir mis en pratique toutes ces instructions, qu’adviendra-t-il d’eux? Ils chuteront et reviendront à leurs anciennes habitudes. Ceux qui sont dans l’ordre du renoncement, les sannyasis et les brahmacaris ou vanaprasthas, sont supposés suivre sans faille toutes ces instructions. Ils ne manqueront absolument jamais d’appliquer toutes ces choses. Les vanaprasthas et les sannyasis étaient devenus experts dans leur vie de famille, et c’est pourquoi, maintenant qu’ils sont encore plus renoncés, ils ont abandonnés tous leurs attachements. Les exemples de tels êtres renoncés sont Sri Sukadeva Gosvami, Sri Narada Gosvami, Sri Caitanya Mahaprabhu et Srila Raghunatha Dasa Gosvami. Les sannyasis dans l’ordre du renoncement et les brahmacaris doivent montrer l’exemple de ces versets à la perfection. Vous devez suivre ces instructions, cela prouvera que vous êtes parvenus à contrôler vos impulsions et mauvaises tendances telles que décrites dans les deux premiers versets. Vous pourrez alors facilement chanter et vous souvenir de Krishna jour et nuit.

J’ai entendu dire que si quelqu’un a, pour une raison ou une autre, arrêté de chanter son gayatri-mantra ou guru-mantra pendant trois jours, il devra se refaire initier, et avant cela, il ne doit pas continuer à chanter. C’est totalement faux. Il peut arriver qu’une personne ait à rentrer à l’hôpital, par exemple, et se faire opérer. Admettons que cela prenne trois mois, et que durant cette période, il ne puisse pas chanter ou pratiquer smaranam, le souvenir. Que doit-il faire? Doit-il retourner voir son Gurudeva et lui dire: «S’il vous plaît, redonnez-moi l’initiation», et dans ce cas, il pourrait rechanter? Non. Lorsqu’il en a la possibilité, après trois jours, un mois ou plus, il se remettra à chanter. Il n’est absolument pas nécessaire de reprendre une nouvelle initiation. De qui vient cette fausse conception? Cette personne ne mérite pas de porter une sikha. Ai-je jamais dit une chose pareille? Vous devez venir me voir pour tout détail de siddhanta. Nulle part dans les Védas, les Upanisads ou autre sastra est-il écrit que si quelqu’un néglige le mantra, il doit se refaire initier et jusqu’à ce moment-là, il ne doit pas chanter. Si quelqu’un s’arrête de chanter volontairement, il n’y a rien à dire. Il pourra recommencer lorsqu’il sera inspiré, il n’y a pas de mal à cela.

Dans la Gita, il est dit: pratyavayo na vidyate, svalpam apy asya dharmasya, trayate mahato bhayat. A qui marche sur cette voie, aucun effort n’est vain, nul bienfait acquis n’est jamais perdu; le moindre pas nous y libère de la plus redoutable crainte. (Bhagavad-Gita 2.40) Si un dévot a tout d’abord été très inspiré, a reçu le guru-mantra et les autres mantras, qu’il a chanté constamment et se souvenait de krsna-nama mais qu’après quelque temps, il est devenu faible et a arrêté de chanter, quel mal y a-t-il? Il n’y a aucun mal. Il y a toujours un bénéfice pour tout ce qu’il a fait de manière favorable. S’il s’arrête mais ne commet pas d’offenses envers les vaisnavas ou les dix sortes de namaparadhas, alors il pourra rechanter à nouveau. Il n’est pas besoin de prayascita, d’expiation. Ce n’est pas qu’il doive à nouveau avoir un feu de sacrifice etc. Il peut se repentir: « J’ai fait une erreur, sauvez-moi.» Et s’il a commis une aparadha envers quelqu’un, il doit tout de suite aller trouver cette personne et implorer son pardon: «S’il vous plait excusez-moi. Je vous ai fait du tort.» Comme Jagai et Madhai, lorsqu’ils furent libérés par Sri Caitanya Mahaprabhu et Nityananda Prabhu, il doit dire: «Ara mero vapa. Je promets que dans le futur, je ne serai pas un visayi, uniquement porté à la gratification des sens. Je ne ferai rien de mauvais.» Jagai et Madhai s’y appliquèrent. Ils devinrent si humbles. Nous devons essayer d’être ainsi. Si vous agissez comme cela, c’est très bien. Si quelqu’un chante constamment, pratique le souvenir, lit les livres et ne dort pas pendant les classes, s’absorbe dans le service, il ne lui est pas nécessaire de faire des efforts supplémentaires pour contrôler son mental et les autres impulsions. Est-ce utile? Ces upadeshs, instructions, ne sont pas pour lui.

C’est très facile. Nous devons nous engager constamment dans le chant, le souvenir et la lecture de livres tels que le Srimad Bhagavatam et le Sri Caitanya Caritamrita. Nous devons écouter toutes ces choses et engager complètement nos sens de cette manière. Il n’est alors pas nécessaire de contrôler séparément le mental. Car ainsi, tout est contrôlé automatiquement. C’est le moyen le plus facile. Je n’ai jamais essayé de contrôler mes sens. J’ai, par contre, toujours tenté d’engager tous mes sens en chantant constamment et en me souvenant de Krishna. C’est vraiment très facile. Vous pouvez le faire. Même une concupiscence très puissante peut disparaître ainsi. Alors ne vous inquiétez pas.

Niscayat dhairyat, tat tat karma pravartanat. Engagez toujours votre mental. Si vous travaillez pour vous maintenir, vous n’avez à ce moment-là pas de mala (chapelet). Ce n’est pas un problème. Vous pouvez chanter Hare Krsna Hare Krsna Krsna Krsna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare. Si vous ne le faites pas, toutes sortes d’inepties et de mauvaises pensées viendront envahir votre mental. Alors pourquoi ne pas le faire? Pourquoi ces stupidités viennent-elles? Vous devez être très prudent à ce sujet.

Ne dites pas des choses qui ne sont pas authentiques, que Gurudeva n’a pas dit, et qui ne sont pas dans la lignée de amnaya-parampara, les instructions védiques reçues à travers la parampara. Tous les Védas ne sont pas une autorité. Et il en est de même pour les Upanisads et les Puranas. Les seules autorités sont celles acceptées par notre guru-parampara. Supposez qu’un mayavadi dise: «Il a été dit dans les Védas ‘aham brahmasmi’.» Que ferez vous? Il a interprété à sa façon ce verset. Nous devons nous référer à notre parampara et apprendre quel est le sens réel de ces paroles. Elles signifient: «Je suis le serviteur de Parambrahma. Je suis le serviteur de Dieu.»

Traduction: Krishna Bhakti Dasi
Correction: Jayanta Krishna dasa