Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
New Vraja, Badger, USA, le 2 juin 2002
Srila Bhaktivedanta Narayana Maharaja rappelle souvent les 8 différentes étapes de la bhakti: sraddha, sadhu-sanga, bhajana-kriya, anartha-nivritti, nistha, ruci, asakti, bhava et il souhaite qu’on les connaisse afin de progresser vers le but, prema-bhakti. D’après le Sri Bhajana-rahasya de Srila Bhaktivinoda Thakura, chacune d’elles correspond à un verset du Siksastakam* ainsi qu’à l’une des 8 divisions de la journée (yam) des divertissements de Krishna (asta-kala-lila).
Le quatrième niveau de la sadhana est ruci, un goût intense pour tout ce qui rappelle Krishna. Il correspond au quatrième yam. A cette étape, particulièrement au deuxième niveau de ruci, que la murti soit décorée ou non, que Son visage, Ses yeux ou Ses mains soient inachevés n’a absolument aucune importance. Bien que Jagannatha n’ait que deux grands yeux ronds et pas de mains, cela n’a pas empêché Mahaprabhu de voir Krishna en Lui et de S’écrier en pleurant: «O Vrajendranandana, Je veux Te rencontrer, Mon cœur est brisé et Je ne peux tolérer plus longtemps d’être séparé de Toi.» Et Il se précipita pour L’embrasser. Cette sorte de symptôme se manifeste pour le sadhaka (pratiquant) qui a atteint au moins ce niveau de ruci. La plupart des offenses ont alors disparu. Il a encore quelques anarthas, bien qu’à un degré moindre, mais ils peuvent encore se manifester si le sadhaka n’est pas vigilant.
A ce deuxième niveau de ruci, le sadhaka sincère offre de nombreuses prières. Il aspire ardemment à voir Krishna et pense: «Quand Le verrai-je?» Il n’a pas encore eu le darsana du Seigneur, mais il désire renaître à Vrindavana pour voir Krishna et Le servir. Il prie de la même manière que Brahma:
tad astu me natha sa bhuri-bhago
bhave’tra vanyatra tu va tirascam
yeraham eko’pi bhavaj-jananam
bhutva niseve tava pada-pallavam
«Mon cher Seigneur, je prie pour que dans cette vie, en tant que Seigneur Brahma, ou dans une autre, quel que soit l’endroit où je prenne naissance, je puisse être compté au nombre de Tes dévots. Je prie pour que, quel que soit l’endroit où je me trouve, même si je dois renaître comme un animal, je puisse être engagé dans le service de dévotion de Tes pieds pareils au lotus. J’entendrai le hari-katha de Tes dévots et je les servirai. J’honorerai leurs restes, et ainsi, très vite j’obtiendrai prema-bhakti.» (S.B. 10.14.30)
Brahma prie le Seigneur: «Tad astu me je serais vraiment béni si je peux renaître à Vrindavana, ou n’importe où dans le monde, du moment que je suis Ton dévot. Si je prends naissance à Vrindavana, j’aurai de la chance, mais je ne suis pas si fortuné. C’est pourquoi, même si je dois revenir sous la forme d’un tirasya, un arbre ou une plante, je m’estimerai néanmoins favorisé de pouvoir devenir l’un de Tes serviteurs. C’est tout ce que je souhaite. Qu’importe si je suis un chat ou un chien, tant que je suis le serviteur de Ton serviteur. Bhutva nisesa tava pada pallavam mon seul désir est de servir Tes pieds pareils au lotus.»
Il y a une histoire derrière cette prière: Krishna Se divertissait à Bhandiravana en compagnie de Ses amis les pâtres et de Ses millions de vaches. Au cours d’une partie de cache-cache et d’autres jeux, Krishna entra avec tous Ses amis dans la gueule béante du démon Aghasura, qui la referma derrière eux. Pour sortir, Krishna Se fit très grand pour forcer Aghasura à ouvrir la gueule. Sous la poussée, la partie supérieure du crâne du démon (le brahmarandra) s’ouvrit et son âme fut expulsée. Elle tournoya pendant quelques temps ici et là dans le ciel, et dès que Krishna sortit du corps du démon, l’âme de ce dernier pénétra immédiatement dans Ses pieds pareils au lotus. En voyant cela, Brahma pensa: «Krishna n’est pas un garçon ordinaire. J’aimerais contempler d’autres de Ses doux divertissements, mais comment pourrai-je y parvenir?»
Par la suite, Brahma fit quelque chose de répréhensible. Il eut cette idée: «Je dois faire quelque chose pour inciter Krishna à accomplir quelques divertissements enchanteurs. Je vais kidnapper les pâtres et les vaches et les cacher quelque part.»
Comme Krishna Se divertissait, Brahma se dit: «Maintenant qu’Il est insouciant, absorbé dans Ses jeux avec Ses amis, c’est le moment ou jamais.» Il enleva tous les veaux et les cacha dans une grotte près de la rivière Yamuna, et lorsque les petits pâtres constatèrent leur disparition, ils s’inquiétèrent. Mais Krishna les rassura: «Restez tous ici. Je vais les retrouver rapidement et les ramènerai. Je grimperai sur un arbre et les appellerai en jouant de la flûte et ils reviendront tous.»
Krishna les appela en vain, alors Il partit à leur recherche. Son inquiétude était telle qu’Il était incapable de manger le riz mélangé au yaourt qu’Il tenait dans Sa main et Sa bouche était desséchée par la peur que Lui causait la perte des veaux. Il Se disait: «Que se passera-t-il si Je ne les retrouve pas et ne peux les ramener à la maison. Que vont penser Mon père, Ma mère et tous les autres? Toute notre richesse aura disparu! Je dois les retrouver!»
En fait, Brahma ne vola ni les pâtres ni les veaux, car il en était incapable. Il pensait: «C’est moi qui l’ai fait», mais en réalité, Yogamaya avait tout organisé selon le désir de Krishna. Pareillement, c’est notre incompréhension qui nous fait dire: «J’ai fait ceci ou cela, je suis l’auteur de telle ou telle action.» Dans le cas de Brahma, «ses» actions furent accomplies par Yogamaya, mais pour notre part, c’est plutôt Maya qui est l’auteur de «nos» faits et gestes.
Après avoir subtilisé les pâtres et les veaux, Brahma retourna précipitamment sur sa planète, Brahmaloka. Cependant, lorsqu’il essaya de rentrer, le gardien l’arrêta et lui demanda: «Qui es-tu, déguisé en Brahma? Va-t-en! Mon maître Brahma est ici, siégeant sur son trône.» Brahma médita sur la question et comprit: «Mon Prabhu, Krishna, est venu et a pris ma forme.» Il réalisa alors son erreur et retourna sur terre.
Pendant ce temps, une année s’était écoulée et quand Brahma atteignit Vrindavana, il vit Krishna entouré de Ses amis et des veaux. Il se demanda: «Comment est-ce possible? Je les avais tous enfermés dans la grotte.» Il regarda dans les deux directions en même temps et constata qu’ils étaient simultanément présents dans les deux endroits et il ne put distinguer quel groupe était l’originel. Ce que voyait Brahma était la manifestation de l’opulence de Krishna. Il L’approcha donc et se prosterna à Ses pieds. Il commença à voir Krishna partout, même dans les arbres et les plantes, et Krishna lui apparut sous la forme de Catur-bhuja (à 4 bras) puis de nouveau seul, sous la forme de Gopala, à la recherche de Ses compagnons. Brahma se mit à prier:
naumidya ke bhra vapuse tadit ambaraya
gunjavatamsa paripiccha lasan mukhaya…
vanya sraje kavala vetra visana venu
laksma sriye mrdu-pade puspanangajaya
«O Seigneur, dans le monde entier, Tu es la seule personne digne de nos prières. O Vrajendranandana, Ton corps embelli d’un vêtement jaune (pitambara) qui scintille comme un éclair châtoyant a la couleur et la fraîcheur d’un nuage nouvellement formé et chargé de pluie. Des bijoux faits de baies rouges (gunja) embellissent Tes oreilles et Ta tête est parée d’une plume de paon. Ton visage semblable à un lotus brille d’un vif éclat et une guirlande colorée de différentes fleurs et feuilles sauvages orne Ton cou. Ton bâton de pâtre, la corne de buffle sous Ton bras et Ta flûte (venu) coincée à la ceinture paraissent magnifiques. Tu tiens dans Ta main aussi belle et douce qu’un lotus un gâteau de riz au yaourt. Ainsi paré à la manière d’un pâtre, de façon charmante et attirante, Tu séduis tout le monde. Tes pieds délicats, plus doux que les fleurs de lotus, sont marqués de symboles de bon augure. J’offre encore et encore mes dandavats pranams à ces pieds pareils au lotus.» (S.B. 10.14.1)
Ce style de prière se manifestera dans le cœur du sadhaka qui se situe au second degré de ruci: vastu-vaisista-anapeksini-ruci. Essayez de devenir comme ça. N’importe qui peut rapidement atteindre ce stade, s’il fréquente des sadhus et désire sincèrement suivre son guru et la lignée disciplique (guru-parampara). A ce moment, différentes sortes de prières peuvent s’éveiller dans son cœur et il peut par exemple prononcer les paroles suivantes: «O Caitanya Mahaprabhu, mon seul espoir réside dans Tes pieds pareils au lotus. C’est maintenant le Kali-yuga, l’âge de fer, et tous se querellent. Dans cet âge, il y a de nombreuses difficultés et la voie est jonchée d’obstacles pour qui essaie de pratiquer le bhajana, le service de dévotion. Que puis-je faire? Je n’ai qu’un seul espoir, celui que Tu m’accordes Ta miséricorde. Ta grâce est partout glorifiée, alors s’il Te plaît, sois satisfait de moi.»
Le sadhaka qui a développé le deuxième niveau de ruci pourra également prier comme suit:
pracinanam bhajanam atulam duskaram srnvato me
nairyasena jvalati hrdayam bhakti-lesalasasya
visva-dricim aghahara tavakarnya karunya-vicim
asa-binduksitam idam upety antare hanta saityam
Sri Rupa Gosvami dit: «J’ai entendu parler des grandes austérités qu’ont accompli des dévots qui vivaient il y a très longtemps, tels que Prahlada Maharaja, ou encore Vasudeva et Devaki qui, au cours de leur vies précédentes, se tinrent sur leurs pouces pendant des millions d’années. Dhruva Maharaja ne respira pas et ne s’abreuva pas pendant six mois, mais Vasudeva et Devaki (qui étaient Kasyapa Muni et Aditi dans leur vie passée) ne prirent aucune nourriture, ni solide, ni liquide, ne respirèrent pas et se tinrent sur un pouce avec les pieds en l’air pendant des milliers d’années. Pas sur deux pouces, mais sur un, et encore, ils prenaient appui sur la pointe du pouce. Hiranyakasipu, lui, se tenait sur la pointe des orteils.» (Stava-mala, Tribhangipancakam, Srila Rupa Gosvami)
Sri Rupa Gosvami et Sri Sanatana Gosvami ont aussi accompli des austérités, d’une nature différente et qui nous est inaccessible. Nous ne pouvons atteindre leur gloire. En comparaison, les austérités de Kasyapa Muni et Aditi sont aisées.
e radhe vrajadevike ca lalite he nandasuno kutah
sri govardhana kalpa padapa tale kalindi vanye kutah
gosantav iti sarvato vraja pure kedhair mahavivalau
vande rupa sanatana raguyugau sri jiva gopalakau
«J’offre mes hommages aux six Gosvamis qui s’exclamaient sans cesse: «O Radhe! O Toi la reine de Vrindavana, où es-Tu? O Lalite! O Toi le fils de Nanda Baba, où êtes-vous? Etes-vous à Govardhana, assis sous un arbre-à-souhaits (kalpa-vriksa), ou êtes-vous en train de vagabonder dans la forêt le long des berges enchanteresses de la Yamuna?» Ainsi ils déambulaient partout dans Vraja-mandala, submergés par un brûlant sentiment de séparation.»
Il serait très difficile d’accomplir des austérités comme celles d’Hiranyakasipu, de Kasyapa Muni, d’Aditi et d’autres, mais il est encore beaucoup plus ardu de suivre Sri Rupa Gosvami, Sri Raghunatha Gosvami et Sri Sanatana Gosvami. Ils versaient des larmes incessantes, tant ils étaient situés au stade le plus élevé de folie transcendantale. Pour notre bénéfice, Rupa Gosvami prie aussi dans son Stava-vali: «Lorsque je me souviens des austérités accomplies par les dévots des temps anciens, je suis désespéré. Cependant, mon seul espoir est de savoir que Ta bonté et Ta miséricorde sont partout présentes, dans l’air et jusque dans le moindre atome. C’est ma seule espérance, et sans elle je mourrais. Sans Ta miséricorde immotivée, je ne pourrai jamais atteindre cet amour si élevé.»
Si vous pratiquez ainsi, le repentir viendra, symptôme de ce niveau de ruci. Ruci n’est pas quelque chose d’ordinaire.
cittam sukhena bhavatapahrtam grhesu
yan nirvisaty uta karav api grhya-krtye
padau padam na calatas tava pada-mulad
yamah katha vrajam atho karevama kim va
«Notre mental et nos mains étaient jusqu’à maintenant absorbés dans des préoccupations domestiques, mais Tu les as aisément dérobées à notre travail. A présent, nos pieds ne s’éloigneront plus d’un pas de Tes pieds pareils au lotus. Comment pourrions-nous retourner chez nous et, d’ailleurs, qu’y ferions-nous?» (S.B. 10.29.34)
Ce verset est récité par Srila Sukadeva Gosvami dans le Srimad-Bhagavatam, mais il reprend en fait des paroles prononcées par les gopis. Par le son de Sa flûte, Krishna appela les gopis par une nuit de pleine lune: «Radhe! Radhe! Sri Radhe!» Chaque gopi pensait être la seule à être appelée. Klim, vamadrsam manoharam. Ce son pénétra les oreilles et le cœur de millions de gopis et emporta au loin leur trésor le plus précieux, leur cœur. Elles se mirent aussitôt à courir comme si elles volaient, à la recherche de leur joyau. Lorsqu’elles entendirent le son de la flûte, les gopis qui étaient en train de s’habiller partirent telles qu’elles étaient, à moitié vêtues ou habillées sens dessus dessous, celles qui mettaient du kajal sur leurs yeux quittèrent leur foyer avec un seul œil maquillé, d’autres, qui préparaient le repas, abandonnèrent la cuisine, laissant leurs capatis brûler sur le feu. Quant à celles qui se paraient de bijoux, elles mirent leur ceinture au cou et leur collier à la taille ou aux chevilles.
Elles furent très heureuses de rencontrer Krishna et pensèrent: «Nous sommes arrivées et nous allons Le servir.» Mais Krishna leur dit: «Je suis très heureux de vous voir, mais maintenant que vous avez eu Mon darsana, retournez chez vous pour servir vos maris, vos enfants et autres parents.»
Dans mon commentaire sur le Bhajana-rahasya, j’ai expliqué que lorsqu’un sadhaka est au deuxième stade de ruci et est sur le point d’entrer dans asakti (l’attachement), il médite sur le sens des versets cités ci-dessus. Il se souvient de ce que disaient les gopis: «Krishna est vidagdha. Il est très malin. Il est dhurta siromani, l’imposteur suprême. Il nous a appelées et séduites par la douce mélodie de Sa flûte.» Ces gopis sont parakiya, c'est-à-dire qu’elles sont mariées à d’autres gopas. Si leurs père, mère et autres parents découvraient qu’elles sortent au beau milieu de la nuit pour retrouver Krishna, ils les puniraient en leur interdisant de revenir à la maison. La situation des gopis était très difficile, mais elles ne s’en souciaient guère.
De même, un sadhaka qui atteint ce niveau très élevé de ruci ne s’embarrassera jamais de ses proches ou de quiconque s’opposera à sa bhakti. Il pensera: «Si leurs souffrances sont dues à leur incompréhension, laissons-les souffrir. Je ne tiendrai pas compte de leur avis.» Un sadhaka qui a ruci se précipitera à Vrindavana. Ses proches pleureront pour lui et lui pleurera pour Krishna: «Où êtes-vous? O Lalita! O Visakha! Où êtes-vous?»
Avant de se retrouver toutes ensemble devant Krishna, chaque gopi pensait: «Moi seule suis venue». Mais en arrivant, elles s’aperçurent qu’elles étaient des millions autour de Lui. Cette scène de forêt était très paisible. Les rayons de la pleine lune étaient comme le nectar et la forêt entière baignait dans son éclat. La rivière Yamuna coulait doucement, si belle, et bien que ce fut très tard dans la nuit, en voyant Krishna et en entendant le beau son mélodieux de sa vamsi, les paons se mirent à danser et à chanter: «Ke ka, ke ka», tout comme les coucous: «Coucou, coucou, coucou»
Voyant que toutes les gopis étaient venues à Vamsi-vat pour Le rencontrer, Krishna leur dit: «Maintenant vous M’avez vu, car c’est pour satisfaire votre ardent désir de Me voir que Je vous ai appelées. Vous avez eu mon darsana, vous pouvez donc rentrer chez vous.»
Le sentiment nommé prema-rasa est très tortueux. Les plus grands rasika-vaisnavas, tels que Srila Rupa Gosvami, Srila Sanatana Gosvami et Srila Visvanatha Cakaravarti Thakura, ont écrit que lorsqu’un amoureux (nayaka) se soumet à la volonté de sa bien-aimée (daksina), elle (nayika) affiche une attitude contraire (vamya). Ainsi, quand les gopis manifestent daksina-bhava, Krishna manifeste vamya-bhava.
Il y a de nombreuses variétés de gopis. Certaines ont le caractère de grta-sneha* (Candravali), d’autres de madhu-sneha* (Srimati Radharani). Ces gopis sont très rusées et intelligentes, bien plus que Krishna, c’est pourquoi elles peuvent Le contrôler par leur amour et leur affection. Elles savent mieux que quiconque satisfaire les désirs de Krishna et Le rendre heureux.
Le sadhaka qui a obtenu ruci médite sur ces divertissements de Krishna et des gopis, il se souvient de leurs échanges. Il a entendu les définitions de raga, anuraga, bhava, mahabhava et se les rappelle. Ce sentiment très élevé appelé ruci n’est pas une chose ordinaire. Certaines personnes désirant atteindre prématurément le but pensent: «Que dire de ruci, nous sommes déjà au niveau de prema.» Mais prema n’est pas non plus une chose ordinaire. Brahma et Sankara eux-mêmes le désirent ardemment.
Il y avait tellement de gopis différentes qui se tenaient devant Krishna! Certaines sont pragalba (hardies et au franc parler). Elles peuvent même châtier Krishna et Radhika. Certaines sont madhya (modérées) et d’autres sont très mrdu (courtoises). A toutes, Krishna dit: «Je connais votre ardent désir d’être avec Moi, c’est pour cela que Je vous ai appelées.»
Une gopi demanda: «Pourquoi nous as-Tu appelées la nuit plutôt que le jour?»
Krishna répondit: «Vos maris et votre entourage vous auraient causé des problèmes, Je vous ai donc gentiment appelées la nuit. Maintenant que vous avez eu Mon darsana, vous devez retourner chez vous et servir vos maris. C’est votre devoir, car selon la littérature védique, même si un mari est invalide, aveugle ou laid, s’il ne peut gagner de l’argent, s’il est vieux, et que son épouse est une très belle adolescente, elle doit néanmoins toujours rentrer chez elle pour le servir. Ne vous attardez pas ici et partez immédiatement.» Quand elles entendirent Ses mots, elles expérimentèrent de nouveaux sentiments d’amour et d’affection (anuraga).
Une autre gopi dit: «O Prabhu, si Tu penses que nous sommes venues ici pour T’offrir des prières, Tu te trompes. Nous ne sommes pas venues pour cette raison. Nous sommes très heureuses chez nous et tout va très bien, et jamais nous n’avons voulu avoir Ton darsana. Tu es noir extérieurement et Ton cœur l’est également. Nous sommes ici parce que Tu as dérobé nos cœurs, et tant que Tu ne nous les rends pas, nous ne bougerons pas d’ici. Tu es un voleur et la douce mélodie de Ta flûte est ta complice. Rends-nous immédiatement nos cœurs, autrement, comment pourrons-nous repartir? Que serons-nous capables de faire tant que Tu retiens nos pensées et nos cœurs? Nous ne pouvons repartir sans notre trésor, notre précieux joyau. Pour Ton propre bien-être, rends-nous ce qui nous appartient. Sinon, nous le récupérerons d’une autre manière.»
Une autre gopi reprit: «O Mohana!» Mohana veut dire enchanteur ou charmant. «Si Tu penses que nous sommes venues ici pour avoir Ton darsana et Te servir, oublie cette idée. Ce n’est pas la mélodie de Ta flûte qui nous a fait venir, cela n’arrivera jamais. Ta vamsi ne peut rien faire et Toi non plus. Malgré les apparences, nos cœurs sont actuellement dans nos maisons. Tu n’as aucun pouvoir sur nos cœurs et jamais nous ne Te les donnerons. Ne penses pas que je vais rester me reposer ici avec Toi. Que ferions-nous dans cet endroit, au cœur de cette sombre forêt en la compagnie d’une personne aussi noire que Toi?»
Krishna répliqua: «Alors pourquoi êtes-vous venues?»
«O Syamasundara, Tu désires tant avoir notre darsana. Nous savons que sans nous voir, Tu peux mourir à tout instant. Tu devrais toujours T’en rappeler. Maintenant que Tu nous as vues, nous allons partir. Nous ne resterons pas ici un instant de plus. Même si Tu tombes à nos pieds, nous nous en irons.»
Le sadhaka qui se trouve au second stade de ruci se souvient de tous ces divertissements lorsqu’il chante Hare Krsna. Il se remémore les versets du Srimad-Bhagavatam qui décrivent ces doux divertissements de Krishna, se met à pleurer et roule sur le sol. Si ces symptômes sont ceux de ruci, que dire des symptômes d’asakti et de rati?
Par conséquent, essayez de suivre les instructions de Srila Rupa Gosvami. Adoptez ce qui est favorable à la bhakti et rejetez fermement ce qui lui est défavorable.
Un dévot: Srila Gurudeva, vous avez dit que Brahma croyait avoir volé les veaux, mais en réalité, ce fut accompli par Yogamaya. Vous avez dit aussi que lorsque nous pensons: ‘J’ai fait cela’, considérant avoir été l’auteur de telle ou telle action, c’est en fait Maya qui a agi. Supposons que je distribue des livres en me disant que j’ai distribué des livres. Qui les a réellement distribués?
Srila Narayana Maharaja: Gurudeva. Comment pourrais-tu le faire? En réalité, le disciple n’est pas en mesure de faire quoi que ce soit. Il ne peut créer, même un simple brin d’herbe. C’est Gurudeva qui donne cette énergie à son disciple, mais parfois ce dernier est confondu et pense fièrement: ‘Je suis l’auteur de cette action’. Cela relève d’une incompréhension et entraîne la chute du disciple. Vous devez tous être très prudents.
Ramacandra Dasa: le guru donne l’opportunité et l’aptitude.
Srila Narayana Maharaja: il donne les deux. Il donne à la fois la nourriture et le pouvoir de la digérer.
Gaura premanande!
Edition: Syamarani Dasi
Traduction: Mani Mati Dasi
Correction: Narayani Dasi, Krishna-bhakti Dasi et Syamananda Dasa
Notes:
*Siksastakam: les 8 (astakam) instructions (siksa) de Sri Caitanya Mahaprabhu, l’essence de Son enseignement.
*grta-sneha: grta signifie ghi, auquel le cœur de Candravali est comparé. En effet, son cœur fond comme le ghi lorsqu’elle rencontre Krishna, mais pour que le ghi ait de la saveur, il doit être agrémenté d’épices ou de parfums divers. En lui-même, le ghi n’a pas véritablement de goût.
*madhu-sneha: madhu signifie miel, auquel le cœur de Sri Radha est comparé. Le miel est doux et sucré en lui-même sans qu’il y ait besoin d’y ajouter quoi que ce soit.