Conférences

Glorification du mois de Kartika

(1ère partie)

Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Vrindavana, 28 octobre 2002

A 6 heures du matin, alors que les premiers rayons du soleil commençaient à se montrer, 500 dévots étaient assis dans la très jolie Rupa-Sanatana Gaudiya Matha à Vrindavana. Tout autour, des piliers rajasthani, des bas-reliefs colorés, des peintures des divertissements de Krishna, les murs jaunes safrans et beiges et des versets des sastras appropriés pour entrer dans la vraja-bhakti, peints en larges lettres au-dessus des arches, des plantes luxuriantes qui pendaient aux balcons, les dévots venaient juste de terminer les bhajanas du matin.

Ils attendaient la connexion téléphonique avec Srila Paramadyatama Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja qui allait être diffusée par hauts-parleurs. Il était à Delhi, à 4 heures de Vrindavana, chez l’un de ses disciples où il se reposait après une récente opération du cœur.

Cette situation peut nous rappeler que quand Krishna était bébé, Il délivra Ses dévots Nalakuvera et Manigriva, alors que Lui-même était attaché par des cordes. Ainsi, Srila Maharaja, en convalescence, continuait cependant à donner des instructions dans le but d’aider ses disciples à se libérer, comme s’ils devaient subir eux aussi une opération du cœur. Il montrait ainsi les naravata-lilas, les divertissements pareils à ceux d’un homme ordinaire.

Srila Maharaja commença son discours en anglais, puis continua en hindi. Les médecins lui ayant permis de ne parler que 10 minutes, en s’exprimant en hindi, sa langue maternelle, il serait capable de révéler beaucoup plus qu’en anglais. Sripada Madhava Maharaja, qui était à ses côtés, traduisit de l’hindi en bengali, puis il raccrocha, Sripada Aranya Maharaja traduisit en anglais. Ce qui suit est une transcription de la première partie de sa traduction.

Sripada Aranya Maharaja: Srila Maharaja a expliqué beaucoup de choses que je vais essayer de répéter. Il a parlé très rapidement et d’une façon très énergique, pratiquement sans s’arrêter pour reprendre son souffle, ayant tant de goût et de saveur pour glorifier Kartika vrata*, le vœu de ce mois de Kartika.

Tout d’abord, il a voulu nous montrer le privilège d’être ici. Il a dit: «Je n’ai pas autant de chance que vous parce que je suis à Delhi si près de Vrindavana mais cependant si loin. Vous êtes bénis de vous trouver à Vrindavana-dhama pendant ce mois de Kartika et de pouvoir y suivre Kartika-vrata.

Quelle est la signification du mois de Kartika et du vrata de Damodara? Srila Maharaja dit que ce mois est appelé mois de Damodara. Damodara, c’est celui dont le ventre a été attaché par la corde de mère Yasoda. En fait, Il n’a pas vraiment été lié par une corde, mais par le prema, le pur vatsalya-bhava, l’amour parental de Sa mère. Krishna est anadi, Il n’a pas de début et Il est ananta, Il n’a pas de fin. Cependant, bien qu’Il soit parambrahma, ce Seigneur Suprême sans limites, sans commencement et sans fin, pouvait être attrapé et attaché par prema. C’est pourquoi ce mois est appelé Damodara-vrata, et ceux qui le respectent et l’observent atteindront prema, avec lequel ils pourront attacher parambrahma, le Seigneur Suprême. Ceux qui observent ce vrata ont beaucoup de chance.

Ce mois est aussi appelé urja-vrata. Urja signifie sakti, il se réfère plus particulièrement à la puissance interne de Krishna, antaranga-sakti, Srimati Radhika. Urja-vrata signifie en réalité Radha-vrata, c’est le vœu que l’on fait pour le plaisir de Srimati Radhika. Le fruit de l’écoute des gloires de Srimati Radhika pendant ce mois sera gopi prema.

Ce mois est aussi appelé Kartika, car l’adistatri-devata, la déité prédominante du mois de Kartika, est Kirtika kumari, la fille de Kirtika, qui la mère de Srimati Radhika. Ceux qui honorent ce mois, allant sur les lieux des divertissements de Krishna, verront leurs désirs satisfaits. Ils atteindront Yugala- seva, le service du couple divin Radha et Krishna, dans l’anugatya, en étant guidé par les vraja-gopis.

Srila Maharaja a ensuite expliqué que Satyavrata Risi avait glorifié le mois de Damodara dans son chant Sri Damodarastakam, qui commence par Namamisvaram saccidananda rupam lasat kundalam gokule vrajamanam…

Rudantam muhur netra yugmam mrijantam- Rudantam signifie que Krishna pleure et qu’Il regarde par-dessus Son épaule, Sa mère qui Le poursuit avec un bâton. Parce que Mère Yasoda tient un bâton comme si elle allait le jeter sur Lui. Il est effrayé et elle finit par L’attraper. Mère Yasoda est si fortunée qu’elle peut attraper Krishna et L’attacher avec son amour.

nemam virinco na bhavo
na srir apy anga-samsraya
prasadam lebhire gopi
yat tat prapa vimuktidat

«Ni le Seigneur Brahma, ni le Seigneur Siva, ni la Déesse de la Fortune, qui est la meilleure moitié de la Personne Suprême, Celui qui délivre du monde matériel, ne peuvent obtenir une grâce telle que celle reçue par Mère Yasoda.» (Srimad-Bhagavatam 10.9.20)

Même Brahmaji, qui est le fils de Bhagavan, n’a pas un amour tel que celui de Mère Yasoda. Sankara, Siva, qu’on appelle aussi Hari Hara-ekatma, et qui expérimente l’union avec Bhagavan, ne peut avoir un amour comme celui-ci. Laksmi-devi également, qui est l’aisvarya-sakti complète de Bhagavan, n’a jamais eu la chance de pouvoir L’attacher. Cela leur est impossible, mais Mère Yasoda a obtenu cette bonne fortune, c’est pourquoi elle est glorifiée par Sukadeva Gosvami:

nayam sukhapo bhagavan
dehinam gopika-sutah
jnaninam catma-bhatanam
yatha bhaktimatam iha

«A moins d’avoir un amour identique à celui de Mère Yasoda, Krishna ne peut être attaché. Cette miséricorde est très éloignée de ceux qui ont une conception matérielle du corps, dehinam. Ceux qui peuvent être libérés, jnaninam, et ceux qui peuvent même être des compagnons personnels de Krishna, mais avec aisvarya jnana, la connaissance de Ses opulences, ne peuvent eux non plus L’attacher. Quant à ceux qui ont des pouvoirs yogiques, yoga siddhis, atma bhutanam, cette miséricorde leur est inconcevable et inaccessible. Cette faveur fut obtenue par Yasoda Maiya, parce que Krishna ne peut être capturé que par prema et par aucune autre qualité.» (Srimad-Bhagavatam 10.9.21)

Srila Maharaja expliqua ensuite que, pendant ce mois, alors que Sa petite enfance touche à sa fin, Krishna commence Ses divertissements de petit garçon et Il va faire paître les veaux pour la première fois. Avant, comme Il était très petit, Il ne pouvait que S’occuper des petits veaux, et le jour où Il a commencé s’appelle Gopastami.

Puis lorqu’Il fut un peu plus grand, plus mûr, et qu’Il entra dans Son adolescence, kaisora, il y eut un autre Gopastami, où Il allait emmener paître les vaches pour la première fois. Pourquoi Krishna S’occupe-t-Il de veaux et de vaches? Il est le fils d’un roi, Il ne devrait avoir aucun devoir. La réponse est que sous prétexte d’aller garder les vaches, Il Se sauve de chez Lui et échappe aux regards vigilants de Ses parents et aînés, afin de pouvoir aller dans la forêt rencontrer Srimati Radhika et les gopis. Gopastami marque le jour où les désirs de Krishna sont satisfaits en ayant la première rencontre intime avec les gopis, et ce divertissement a lieu aussi pendant le mois de Kartika.

Si ce mois est aussi de très bon augure, c’est parce que, pendant cette période, les gopis ont décrit Krishna alors qu’Il quittait le village pour emmener paître les vaches (Venu gita: S.B.10.21). Sri Sukadeva Gosvami dit:

sri-suka uvaca
ittham sarat-svaccha-jalam
padmakara-sugandhina
nyavisad vayuna vatam
sa-go-gopalako ‘cyutam

«Ainsi, la forêt de Vrindavana était-elle emplie d’eaux transparentes automnales et rafraîchie par des brises empreintes du parfum des fleurs de lotus s’épanouissant dans les lacs clairs. Et c’est accompagné de Ses vaches et amis les pâtres, que le Seigneur infaillible, Acyuta Krishna, y pénétra.» (Srimad-Bhagavatam 10.21.1)

Acyuta Krishna et Ses amis entrèrent dans la forêt durant cette saison d’automne (sarad). La première nuit de Kartika est Saradiya Purnima, la nuit de pleine lune de la saison d’automne. Srila Maharaja expliqua combien Vrindavana est belle à cette époque-là. Tous les lacs et les rivières sont boueux pendant l’été, mais lorsque la saison se termine et que sarad commence, tous les lacs, comme Manasi Ganga et Kusuma Sarovara, deviennent clairs et très beaux. Beaucoup de fleurs de lotus s’épanouissent à leur surface et répandent un merveilleux parfum que la brise transporte alentour. Dans cette atmosphère très plaisante, Krishna, était parti faire paître les vaches.

kusumita-vanaraji-susmi-bhrnga
dvija-kula-ghusta-sarah-sarin-mahidhram
madhupatir avagahya carayan gah
saha-pasu-pala-balas cukuja venum

«Les lacs, les rivières et les collines de Vrindavana résonnaient des bourdonnements des abeilles enivrées et des nuées d’oiseaux qui allaient et venaient parmi les arbres en fleurs. En compagnie des pâtres et de Balarama, Madhupati Sri Krishna entra dans la forêt, et alors qu’Il gardait les vaches, se mit à jouer de la flûte.» (Srimad-Bhagavatam 10.21.2)

A Vrindavana, il y a de nombreux arbres en fleurs, ils attirent les abeilles qui s’intoxiquent avec leur miel. De nombreux oiseaux chantent différentes mélodies, et ces oiseaux se réjouissent sur diverses montagnes comme Giri Govardhana. A ce moment, Madhupati Krishna, qui regorge de madhu, du miel de Ses douces et fascinantes qualités, entre dans la forêt avec Ses amis.

Pendant ce mois, les gopis restent chez elles, ressentant une grande séparation d’avec Krishna. Cependant, avec leur bhava-netra, les yeux de leur amour extatique pour Krishna, elles peuvent Le voir entrer dans la forêt.

barhapidam nata-vara-vapuh karnayoh karnikaram
bibhrad vasah kanaka-kapisam vaijayantim ca malam
randhran venor adhara-sudhayapurayan gopa-vrndair
vrndaranyam sva-pada-ramanam pravisad gita-kirtih

«Portant une plume de paon sur la tête, des fleurs bleues karnikara sur Ses oreilles, un vêtement jaune aussi brillant que l’or, et une guirlande de fleurs vaijayanti, le Seigneur Krishna montra Sa forme transcendantale du plus grand des danseurs, comme Il pénétrait dans la forêt de Vrindavana embellie par les marques de Ses empreintes de pieds. Sa flûte vibrait du nectar de Ses lèvres, et les pâtres chantaient Ses gloires.» (Srimad-Bhagavatam 10.21.5)

Tous ces versets sont à la gloire de ce mois. Ainsi les gopis restent chez elles et discutent entre elles:

aksanvatam phalam idam na param vidamah
sakhyam pasun anuvivesayator vayasyaih
vaktram vrajesa-sutayor anavenu-justam
yair va nipitam anurakta-kataksa-moksam

«Les jeunes filles dirent: ‘O amies, ces yeux qui voient les visages merveilleux des fils de Nanda Maharaja ont certainement beaucoup de chance. Alors que ces garçons pénètrent dans la forêt, entourés de Leurs amis, en faisant marcher les vaches devant eux, Ils portent Leur flûte aux lèvres et lancent des regards affectueux aux habitants de Vrindavana. Pour ceux qui ont des yeux, rien n’est plus beau à contempler.» (Srimad-Bhagavatam 10.21.7)

O sakhi, en ce monde, seul ce spectacle sans pareil justifie d’avoir des yeux. Krishna marche doucement, restant quelque peu derrière les autres pâtres et Balarama va devant. Pendant ce temps, Il regarde ici et là en espérant apercevoir Srimati Radhika.

*note: Un vrata est un vœu observé à l’occasion d’une cérémonie sacrée particulière, selon certains principes et règles.

Edition: Premavati Dasi; Syamarani Dasi
Traduction: Krishna Bhakti Dasi; Narayani Dasi
Correction: Syamananda Dasa