Compte rendu du Vraja Mandala Parikrama 2002
Avant de quitter Vrindavana, Srila Gurudeva a demandé que ses disciples emportent avec eux les fruits de leur parikrama afin de les partager avec d’autres et inviter tout le monde à venir, car notre véritable demeure est Vrindavana, le royaume de Srimati Radharani.
Srila Bhaktivedanta Vana Maharaja citait Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati : « Si l’on prend un aller simple, pourquoi repartir? Notre résidence est à Vrindavana, l’objet de notre bhajana. On doit abandonner tous nos anarthas et rester à Vrindavana ». Beaucoup de sastras confirment que c’est le meilleur des tirthas, des lieux saints. Et parmi les 64 branches de la pratique dévotionnelle enseignée par Sri Rupa Gosvami, 5 sont prédominants : sadhu sanga, marcher sur les traces des saints vaisnavas ; écouter le Srimad Bhagavatam de leurs lèvres ; chanter les saints noms en leur compagnie ; résider à Vrindavana en étant guidé par eux et adorer la murti avec foi suivant leurs exemple. Si ces 5 activités sont suivies, suddha bhakti, la pure bhakti, va se manifester. Sadhu sanga reste donc l’activité dévotionnelle essentielle et les 4 autres lui sont affiliées. Ainsi le chant des saints noms en compagnie d’un vaisnava exalté ne tardera pas à porter ses fruits, bhava bhakti puis prema bhakti.
Un chant est souvent revenu, palya dasi kori, lalita sundari- Quand Lalita sakhi m’emmènera-t-elle aux pieds pareils au lotus de Srimati Radhika?-Tel est le désir d’un rupanuga vaisnava, un vaisnava marchant sur les traces de Sri Rupa Gosvami.
Mais notre cœur est dur comme la foudre, il fond difficilement. Seulement grâce à sadhu sanga peut-il fondre. Par l’écoute de leur hari-katha, lila-katha, la description des divertissements de Sri Krishna, en pratiquant simultanément anartha nivritti, le nettoyage des anarthas (les obstacles à notre objectif), la perfection de l’existence peut être atteinte.
Sri Upadesamrita, l’échelle du bhakti-yoga
La Sri Upadesamrita de Srila Rupa Gosvami a été comparée à une bombe atomique contre le «sahajyaisme», la tendance à vouloir sauter les étapes de la purification pour nager dans l’océan de rasa de Sri Sri Radha et Krishna. Ces étapes sont l’échelle du bhakti yoga. Tout commence par le contrôle de la parole (vaco vegam), par le chant des saints noms, «qui est comme un sucre sublime, que la jaunisse de l’ignorance empêche de savourer, mais le chant attentif chaque jour permet d’en retrouver le goût naturel» (verset 7), et de «chanter constamment à Vrindavana, guidé par un compagnon éternel de Sri Sri Radha et Krishna» (verset 8). Nul ne pourra apprécier réellement Sri Radha kunda sans passer par la purification enseignée dans les premiers versets de ce nectar le l’instruction, l’Upadesamrita.
Sri Damodarastaka, pour le plaisir de Sri Radha
Comme l’a révélé au monde entier Srila Prabhupada, le mois de Damodara est très cher à Kartika, Srimati Radharani. Il est donc très cher à tous les vaisnavas qui aspirent à La satisfaire. C’est pourquoi, chaque jour de ce mois particulier, le chant qui glorifie Sri Damodara, Son bien-aimé, est entonné matin et soir …namamisvaram, sat cit ananda rupam, lasat kundalam, gokule vrajamanam …
Marchant sur les traces de Srila Prabhupada et de notre maître spirituel, on se souvient de la beauté et des divertissements de Sri Krishna dont ce mois regorge. Comme chaque année, la signification profonde du chant est expliquée, avec des détails toujours nouveaux, montrant combien le Seigneur Suprême, omnipotent et plein de majesté, prend naissance à Gokula, comme un petit enfant, Se frotte les yeux par peur de Sa mère et accomplit toutes sortes d’actes merveilleux. Il est le royaume de toutes les contradictions. S’Il vole le beurre
(makan), c’est bien meilleur que si on Lui donne. Il ne désire en fait que le makan des gopis, leur cœur, le prema des Vrajabasis. Il est contrôlé par leur amour, ce qui Lui cause tant de félicité. Et ce n’est pas là un défaut, nous dit Srila Gurudeva, mais c’est Son ornement, ce qui Le rend si attirant et fascinant. En développant d’abord la conscience de Sa grandeur (Isvara), Se soumettant à Lui, on apprendra peu à peu à découvrir Sa douceur infinie (lasat kundala, des boucles d’oreilles ornant Son visage).
Le parikrama permet de voir Vrindavana
Que signifie faire le parikrama de Vraja Mandala ? En suivant guru et vaisnavas, on parcourt les sentiers de Vraja en quête de Sri Radhe et Sri Krishna, comme le chantaient les six gosvamis dans des profonds sentiments de lamentation, ei radhe vraja devike ca lalite he nanda suno kutah, sri govardhana kalpa padapa tale kalindi vanye kutah gosantav iti sarvato vraja pure khedair maha vihvala: « Où êtes-vous Radhe, Krishna, Lalita? Sur la colline Govardhana, ou peut-être sous les arbres qui longent la rivière Yamuna?» C’est dans cet esprit que l’on doit faire le parikrama, en séparation du couple divin. C’est ce que l’on vient apprendre. Srila Bhaktivinoda Thakura chante: dekhite dekhite, bhulibo va kabe, nija sthula paricoya, nayane heribo, braja pura sobha, nitya cid ananda moya: «Quand j’oublierai mon identité corporelle matérielle, alors je serai en mesure de voir la beauté de Vrindavana, qui est faite de félicité spirituelle». Au moins le temps du parikrama, on peut oublier tous les soucis liés au corps matériel et s’absorber dans l’écoute et le souvenir des divertissements de Krishna. Ainsi, le cœur se purifiant par la grâce des sadhus, peut-on avoir un aperçu de Vrindavana.
Srila Gurudeva avec nous
La présence de Srila Gurudeva était constante, malgré les apparences. Car il a dû rester à l’hôpital au début du parikrama, pour un soin du cœur affecté après la visite à Calcutta de ses frères en Dieu, Srila Vamana Maharaja et Srila Trivikrama Maharaja, tous deux très malades. Ce dernier est d’ailleurs retourné dans ses nitya lila, ses divertissements éternels au cours du mois de Kartika. Bien qu’un vaisnava ne meurt jamais, et que la période qu’il a choisie pour partir soit de très bon augure, cela a beaucoup touché Srila Gurudeva qui pleurait en nous annonçant la nouvelle, car, nous rappelait Sripad Padmanabha Maharaja, selon les paroles de Ramananda Raya à Sri Caitanya Mahaprabhu, il n’est pas de plus grande souffrance que la séparation d’un vaisnava. Leur relation était si proche et transcendantale. Srila Trivikrama Maharaja avait souvent accompagné Srila Gurudeva lors du parikrama, échangeant avec lui ouvertement et de manière très humoristique des descriptions des lilas de chaque tirtha, lieu saint visité, l’un glorifiant plutôt Radharani, l’autre Krishna.
Srila Gurudeva était donc absent physiquement pendant les dix premiers jours à Vrindavana, mais il a néanmoins donné des classes par téléphone avec haut-parleur, depuis Delhi. C’était très émouvant d’entendre sa voix lente et essoufflée. Il disait être allé à Calcutta rencontrer ses frères en Dieu, et qu’il avait pris quelque chose de leur mal dans son cœur.
Il nous a rassuré que très rapidement, il retrouverait sa force et recommencerait de plus belle son service pour son gurudeva, qu’il ferait la tournée mondiale prévue, et continuerait à écrire. Néanmoins, ce fut une grande épreuve pour chaque dévot présent, qui pouvait alors réaliser quel était son réel attachement à son maître spirituel. Actuellement, plusieurs livres sont en cours, Bhakti Rasamrita Sindhu, Ujjvala Nilamani, Bhajana Rahasya et d’autres.
Il remerciait tous les dévots venus du monde entier, environ 500, leur disant qu’ils étaient très fortunés d’être à Vrindavana pour ce mois de Kartika. Humblement, il s’estimait moins fortuné d’être à Delhi. Il demandait que l’on prie pour lui. Il viendrait avec nous à Govardhana.
Une journée extraordinaire
Le premier jour est particulièrement béni, car c’est celui de la danse rasa de Krishna. C’est aussi le moment choisi (en 1968) par notre param gurudeva, Srila Bhakti Prajnana Kesava Gosvami Maharaja, pour entrer dans aprakata-lila, son service éternel du couple divin, Sri Sri Radha Krishna. Un grand festival a donc eu lieu, où ses activités et son caractère hors du commun ont été décrits par les sadhus. Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati avait reconnu en lui son compagnon éternel, un disciple complètement dédié, très renoncé, et qui répandrait sa mission dans toute l’Inde et sur la planète. Guru nistha, la foi et l’attachement ferme aux pieds pareils au lotus du maître spirituel, est la racine de la pure dévotion, le moyen le plus sûr de faire fondre son cœur, et ainsi d’obtenir sa grâce. Param gurudeva était très humble, il cachait ses qualités, et lorsqu’il respectait le prasadam, c’était en silence car il y savourait le bhakti-rasa. Il ne parlait pas. Srila Gurudeva disait avec beaucoup d’émotion que lorsque son guru était présent, il ne réalisait pas sa miséricorde. C’est seulement après son départ qu’il réalisa… Cela peut aussi nous apprendre combien nous sommes parfois indifférents à toute la miséricorde que nous recevons.
Sankalpa, le vœu à Yamuna Devi
Le parikrama commence toujours par une prière, et un vœu à Yamuna Devi, qui eut lieu cette année à Kesi ghata. Srila Bhaktivedanta Tirtha Maharaja présidait le sankalpa dans cet endroit si beau où les eaux sacrées s’écoulent tranquillement, propices à la contemplation. Chacun demandait à Yamuna Devi ses bénédictions pour accomplir avec succès le parikrama de Vraja Mandala, en marchant sur les traces de Srila Gurudeva et des sadhus. Yamuna Devi est la fille de Surya, le deva du soleil et la sœur de Yamaraja, le deva de la mort. Par ses bénédictions peut-on être purifié de tout pêché, et ainsi être sauvé d’avoir à entrer dans le royaume de Yamaraja. On fait le vœu de suivre yama et niyama, accepter ce qui favorable à notre bhajana et rejeter ce qui est défavorable, au moins pendant ce mois-ci, tel que l’enseigne Srila Rupa Gosvami dans son Upadesamrita: Vaco vegam, je ne critiquerai personne ; kroddha vegam, je ne me laisserai pas aller à la colère; atyahara, j’éviterai de trop me disperser et gaspiller mes énergies, en mangeant trop par exemple; prajalpo, en parlant inutilement; jnana sanga, j’éviterai les mauvaises compagnies; satto vrtte, je suivrai l’exemple des sadhus… et particulièrement le 8ème verset, l’essence de tout enseignement :
tan nama rupa caritadi sukirtananu
smrtyoh kramena rasana manasi niyojya
tisthan vraje tad anuragi jananugami
kalam nayed akhilam ity upadesa saram
«La quintessence de tous les enseignements est que l’on devrait user de tout son temps, 24 heures par jour, à bien chanter et se rappeler les noms divins du Seigneur,Sa forme sublime, Ses attributs et Ses divertissements éternels, absorbant ainsi toujours plus en eux son mental. Faisant cela, qu’on réside à Vrindavan, servant Krishna sous la direction des dévots bien-aimés du Seigneur.» (Upadesamrita 8)
Admirant les vagues scintillantes de la rivière Yamuna, méditant sur ces paroles, on pense: «Je ferai de mon mieux au moins pendant un mois.»
Et la couleur des eaux de Yamuna Dévi, si belle, rappelle le saphir de la beauté du corps de Krishna qui S’y baigne, où encore le kajal des yeux des gopis qui s’y mêle. A moins que ce ne soit la chevelure de Radharani qui ondule… Nous chantons Sri Yamunastakam… «ses berges, pleines de charme, sont embellies de l’arôme des fleurs de l’arbre kadamba, ainsi que par la présence des vaches bien-aimées de Krishna. Elle est particulièrement enchantée lorsque les dévots de Nandalala s’assemblent sur son rivage.»
Nous retrouverons ce moment près de la rivière Yamuna, plusieurs fois au cours du parikrama. A Ram Ghata, très cher à Balarama, qui rappellera que Sri Guru est son représentant et donne la force spirituelle. Pareillement à Brahma Ghata, où mère Yasoda fut stupéfaite de la vision de tout l’univers dans la bouche de Krishna, et enfin à Chir Ghata, où les dévots se baigneront après les fortes chaleurs et demanderont à Yamuna Dévi de leur permettre d’obtenir les fruits de leur parikrama.
Du nouveau à Gopinatha Bhavana
Les travaux avancent bien pour les nouveaux bâtiments de Gopinatha Bhavana près d’Imli Tala et de la rivière Yamuna. C’est là que Gurudeva a un appartement de même que de nombreux dévots. Un immense pandala y a été monté pour le festival de Kartika, pouvant abriter environ 1000 personnes venues écouter le hari-katha donné là chaque soir par Gurudeva et les sannyasis. Matin, midi et soir, le prasadam cuisiné par Premananda Prabhu et son équipe y était distribué très généreusement. C’était tout à fait inconcevable de voir autant de dévots honorer le délicieux prasadam à satiété.
Gurudeva était très content et il apprécie toujours particulièrement le moindre service rendu à la cuisine et à son cher disciple Premananda Prabhu. Parce que le prasadam satisfait tant les dévots qui sans cela ne pourraient faire le parikrama, mais aussi parce que la cuisine est le royaume de Srimati Radhika. Tous ses sentiments pour Krishna se retrouvent subtilement mêlés à chaque ingrédient, et ce sont même des messages qu’Elle Lui envoie de manière très secrète. N’ayant pas la fortune de saisir ces sujets, nous pouvons tout de même prier le prasadam de nous purifier le cœur, afin de connaître un jour ses gloires. Il est le lieu de tous les divertissements de Krishna et par ce fait, non différent. Il peut accorder toutes les bénédictions et révéler sa forme. C’est pourquoi avant chaque repas, nous chantons :
maha-prasade govinde, nama brahmani vaisnave
svalpa punyavatam rajan, visvaso naiva jayate
«Ceux qui ont très peu d’activités pieuses à leur crédit ne peuvent jamais développer de foi dans le maha-prasadam, en Sri Govinda, dans les saints noms du Seigneur ou dans les vaisnavas.» (Skanda Purana)
Bhojan sthali, où Krishna pique-nique
Le parikrama et les sadhus nous ont conduit à bhojan sthali, où Krishna et Balarama prennent Leur pique-nique avec tous les gopas. Srila Tirtha Maharaja, Srila Vana Maharaja et Srila Aranya Maharaja, ainsi que Srila Asrama Maharaja et Srila Bhakti Sar Maharaja guidaient le groupe dans ce lieu situé dans une clairière verdoyante, où tous les désirs sont satisfaits. Chaque dévot avait apporté des fruits divers à offrir dans les assiettes de Krishna et Balarama, creusées dans la roche, puis après avoir entendu parler du lila de ce lieu, le prasadam fut distribué à profusion, pommes, papayes, bananes, grenades, dattes…On se serait presque cru en compagnie de Krishna.
Gokula, lieu d’enfance de Krishna
Le lieu de naissance de Krishna (Gokula) fut aussi très émouvant. En voyant tous ces endroits, on peut mieux apprécier les histoires qui nous sont racontées. Tout proche se trouve le mortier auquel Damodara fut attaché par mère Yasoda et duquel, en se détachant, Il libéra les fils de Kuvera, qui, par leur attitude, nous enseignent l’importance de contrôler ses sens et de savoir respecter les sadhus.
Chaque lila sthali, lieu de divertissement, est à la fois un enchantement pour les yeux, les oreilles et le cœur. Il est une source d’enseignement et de méditation, une invitation à la prière. C’est un pas de plus vers le service de Srimati Radharani. Par la grâce du maître spirituel et des vaisnavas, des fenêtres s’ouvrent sur le monde spirituel.
Kalya ghata, Krishna S’amuse
Par le récit fascinant de Sripada Aranya Maharaja, Kalya ghata prenait ainsi une dimension nouvelle… Les Brijbasis pleuraient de voir Krishna prendre autant de risques avec ce vilain serpent, mais Balarama Lui, souriait… Il pensait: «Dans Mon incarnation de Sesa Naga, Mon frère ne jouait jamais avec Moi, Il restait plutôt allongé en tant que Padmanabha. Mais comment peut-Il donc avoir autant d’énergie!»
Les gopis commençaient à s’évanouir, Yasoda voulait sauter dans l’eau pour sauver son fils chéri, mais Balarama leur dit: «Ecoutez-Moi, vous ne savez pas combien Mon frère est fort, ce petit serpent noir ne pourra rien Lui faire!» Krishna faisait de la musique en jouant avec les vagues et Se dit qu’il Lui fallait impressionner les jolies demoiselles, c’est ainsi qu’Il Se mit à danser sur les centaines de têtes du serpent comme Il l’aurait fait lors de la danse rasa. Mais Kaliya eut la migraine, il s’avoua vaincu: «J’ai pris naissance comme un serpent, c’est ma nature d’être coléreux, de par l’influence du tama guna. Nous ne sommes pas l’auteur de nos actes, seuls les gunas agissent. Tu es sarva karana karanam, Tu sais tout donc Tu connais ma condition, Tu peux agir comme il Te plaira, je dépends de Ta miséricorde.» Krishna lui répond: «Je n’ai pas le pouvoir de te rectifier mais J’ai donné cette sakti à Mes suddha bhaktas.» Si nous venons en ce lieu, nous devons avoir le désir de changer, par la grâce des vaisnavas. Et si l’on entend ce lila à Kalya ghata, on n’aura plus peur des serpents, et tous ceux qui se trouvent dans le cœur, tels l’envie ou la colère, s’en iront. Krishna a enlevé les mauvaises tendances en Kalya par la grâce de ses épouses. Lorsqu’il fut libéré, Kalya devint un bateau à Goloka pour les divertissements des gopis.
Vrindavana est unique
Il n’est pas d’autre endroit qu’à Vrindavana où Krishna accomplit des divertissements si doux avec Ses compagnons éternels. On peut voir sur la terre l’empreinte de Ses pieds pareils au lotus. Tous les vaisnavas et acaryas prient pour rester toujours à Vrindavana, car elle surpasse Vaikuntha-dhama et n’est jamais détruite, même au moment de l’annihilation. Vrindavana est la réplique sur terre de Goloka Vrindavana au monde spirituel. Là se trouvent Govardhana, puis Radha kunda et Syama kunda. Les gloires de Vrindavana sont si élevées. Vraja duli, la poussière du dhama, est cintamani, elle satisfait tous les désirs.
Le jour de l’anniversaire de la disparition de Srila Prabhupada, de nombreux disciples et amis l’ont glorifié. Srila Gurudeva a demandé que soit lue la prière que Svamiji avait écrite sur le Jaladuta, le bateau qui le conduisait aux Etats Unis, où il disait qu’il était toujours à Vrindavana dans sa chambre du temple de Radha Damodara. Il n’avait pas le désir d’aller en Occident, «ce lieu si horrible», parce que les gens y sont athées ou impersonnalistes, mais si c’était le désir de son guru et de Krishna qu’il danse comme une marionnette, alors il danserait… Srila Gurudeva répétait combien leur relation était très proche, et que sans Srila Prabhupada, nous ne serions pas là en sa présence. Il avait tellement de compassion et lui a demandé de poursuivre sa mission, afin de donner à tous Gaura vani, l’enseignement de Sri Rupa Gosvami, qui connaissait si bien le cœur de Sri Gauranga.
Chanter les saints noms le cœur à Vrindavana
Tan nama rupa caritadi sukirtananu…l’essence de toutes les instructions est que l’on devrait chanter constamment les saints noms en demeurant à Vrindavana, guidé par les vaisnavas chers à Sri Krishna. Le parikrama de Vraja Mandala (ou de Navadvip) est la meilleure occasion qui nous soit offerte par notre gurudeva de pouvoir comprendre ce verset de Srila Rupa Gosvami, et il représente l’enseignement le plus important de Sri Caitanya Mahaprabhu. Sans marcher sur les traces de notre guru et des vaisnavas qui le représentent, on ne pourra obtenir les fruits du parikrama. Par leur miséricorde immotivée, il devient possible de voir avec les yeux du cœur, bhava netra, ce qui est inconcevable à l’intellect humain ordinaire.
Le sadhaka devient mendiant de cette miséricorde qui lui a été promise par son guru. Il offre ses hommages aux sadhus avec tout son cœur, car il sait combien il dépend d’eux pour expérimenter toute la joie transcendantale de la bhakti qui coule de leur cœur.
Le parikrama crée des impressions éternelles
Accomplir le parikrama en marchant sur les traces de notre maître spirituel et des sadhus est très puissant, confirme Sripada Aranya Maharaja, car cela crée des samskaras, des impressions transcendantales dans le cœur, qui remplacent peu à peu les habitudes, samskaras matériels, accumulées vie après vie. Il nous rappelle l’histoire de l’éléphant Gajendra qui, lorsqu’il fut pris par un crocodile et sentant sa mort arriver, se rappela une prière qui lui attira la protection du Seigneur. Chaque pas sur la voie de la bhakti est porteur d’une richesse incomparable, particulièrement lors du parikrama. Car alors un océan de grâce inonde le cœur de tous les sadhakas. Un flot incessant de nectar coule des pieds pareils au lotus de Srila Gurudeva, qui est comme la rivière Yamuna, il n’attend que notre désir de nous approcher de lui avec un cœur sincère pour nous offrir aux pieds divins de Sri Radha.
Le plus beau spectacle: le festival de Govardhana
Le jour du festival d’Annakuta à Govardhana, tous les dévots, hommes et femmes, portaient sur leur tête des pots en terre décorés, ou des paniers emplis de centaines de préparations diverses à offrir à Giriraja. Annakuta signifie une montagne de riz, et des montagnes de sucreries et autres délices. Lorsque Krishna avait objecté à Nanda Maharaja qu’il ne fallait pas adorer Indra, le roi des planètes édéniques, Il l’incita plutôt à honorer Govardhana qui prit une forme gigantesque pour manger toute la nourriture apportée par les habitants de Vrindavana. Srila Bhaktivedanta Asrama Maharaja parle de Govardhana:
«Les gopis ont glorifié Giriraja comme Harideva et Haridas varya, le meilleur des serviteurs de Hari. La colline offre tant de choses à Krishna, de l’herbe tendre pour Ses vaches, des fleurs, des fruits.» Il cite le Srimad Bhagavatam: «Les arbres se prosternent et offrent leurs fleurs, l’herbe devient un doux tapis, les abeilles bourdonnent… Ainsi accueilli, Krishna prend Sa flûte. Les abeilles, les oiseaux et les vaches deviennent alors immobiles et savourent le doux son de la flûte. De leurs yeux, ils boivent la beauté de Krishna et versent des larmes. Le lait des vaches inonde le sol. Les paons font la roue, et en les voyant ainsi, Krishna joue de plus belle. Govardhana est témoin de cette scène entre Sri Krishna et les paons qui offrent leurs plumes à Ses pieds, réalisant qu’Il n’est pas un éclair mais Syamasundar.» Srila Gurudeva fait l’offrande de toutes les préparations. La colline Govardhana est le cœur de Srimati Radharani. Gurudeva disait être venu en Occident pour cueillir des fleurs, afin de pouvoir les Lui offrir ce jour-là. Le chant Sri Govardhanastakam de Srila Raghunatha Das Gosvami, devenait très profond dans les cœurs de chacun désirant résider aux pieds de Giri-Govardhana. Si nous prenons refuge en Giriraja, nos désirs les plus profonds seront comblés.
Tous les dévots se sentaient très fortunés de vivre cette fête comme de vrais Vrijbasis et n’oublieront jamais ce jour plein de couleurs, et le merveilleux prasadam qui s’ensuivit après le retour à la Giridhari Gaudiya Matha, le nouveau temple de Srila Gurudeva à Govardhana. Les pots qu’ils portaient sur leur tête étaient cette fois emplis de pur nectar, du prema de Giri-Govardhana, du cœur de Srimati Radhika.
Krishna satisfait tous les désirs
Nous ne connaissons pas Krishna, nous dit Sripada Tirtha Maharaja, mais Gurudeva lui Le connaît, alors nous n’avons qu’à l’écouter et le servir. Il nous a amenés au dhama par sa miséricorde immotivée, et il nous demande de ramener avec nous dans nos poches et notre cœur ce que nous avons collecté, afin de le partager avec d’autres dévots et de les inviter à venir eux aussi savourer ces merveilleux moments. Il incite tous les dévots à approfondir leur chant des saints noms, en se souvenant de tous ces lieux et divertissements divins. Car le goût du chant ne viendra que lorsqu’on réalisera l’importance de sadhu sanga. En respectant et honorant tous les êtres, selon leur position, sans rechercher d’honneur pour soi-même, plein d’humilité et de tolérance, c’est alors qu’on pourra sans fin chanter les saints noms. Srila Gurudeva a répété encore ce verset du Siksastakam car il souhaite que ses disciples développent plus de goût pour le chant du maha-mantra et le souvenir de Vrindavana, s’ils aspirent sincèrement à réaliser leur relation éternelle avec Sri Sri Radha et Krishna.
En suivant les vaisnavas, en écoutant leur hari-katha et en les servant, on chantera les saints noms en méditant sur les lieux visités et les lilas s’y rapportant, des versets et prières innombrables, priant pour recevoir leur grâce, ainsi collecte-t-on des fleurs, nous dit Srila Vana Maharaja. Se concentrant ainsi sur l’essentiel, on pratiquera mantra mayi upasana, puis lorsque de nombreuses fleurs seront mises ensemble, alors svarsiki mayi upasana, naturellement un flot de lilas coulera dans le cœur, telle une guirlande de fleurs parfumées…
Compte rendu: Krishna Bhakti Dasi
Correction: Syamananda Dasa