< < Vraja Mandala Parikrama 2003


Conférences

Vraja Mandala Parikrama 2003

Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja

Depuis de nombreuses années, Srila Bhaktivedanta Narayana Maharaja guide ses disciples et sympathisants dans divers tirthas, lieux des divertissements de Sri Krishna. Srila Gurudeva ou ses représentants, tels Sripada Tirtha Maharaja, Sripada Vana Maharaja, Sripada Aranya Maharaja ou Sriman Rasananda Prabhu, y expliquèrent encore cette année bien des lilas (divertissements enchanteurs) de Sri Sri Radha-Krishna, pour Leur plaisir et celui de tous ceux qui ont pu entendre ces glorifications. Hari-katha en compagnie des sadhus est le moyen le plus sûr d’obtenir la grâce de Srimati Radhika, la reine de Vraja, Vrindavana-dhama.

Sri Bhajana Rahasya, le support de notre sadhana-bhajana

Le chant Sri Damodarastakam commençait et clôturait les activités spirituelles de la journée et les sujets traitaient en particulier de Sri Bhajana Rahasya, les secrets confidentiels du bhajana, un ouvrage primordial de Srila Bhaktivinoda Thakura, dont le commentaire vient d’être édité par Srila Gurudeva. Les dévots qui ont vraiment la foi et sont sincèrement engagés sur la voie de la bhakti trouveront là un support essentiel à leur sadhana-bhajana. Srila Bhaktivinoda Thakura y compare les 8 versets du Siksastakam de Sri Caitanya Mahaprabhu aux 8 étapes de la bhakti, de sraddha, la foi, à prema, la perfection de l’existence, mais aussi aux 8 divisions des divertissements quotidiens de Krishna.

Hari-katha, c’est aussi de l’humour

Les derniers jours du parikrama, plusieurs pièces de théâtre jouées avec beaucoup d’expertise comblèrent le cœur de tous. Srila Gurudeva rit de bon cœur lorsque Sri Krishna Se déguisa et imita le roi des serpents pour faire peur à Jatila. Srimati Radhika, dans un profond sentiment de séparation, ressentait une brûlure si intense que Lalita improvisa l’histoire d’une morsure de serpent qui risquait de voir Radha mourir et avec Elle toute prospérité disparaître pour le fils de Jatila et sa famille. Une brahamani pouvait arrêter les effets de cette morsure en communiquant avec le roi des serpents, c’était bien sûr Krishna qui joua ces rôles pour soulager la séparation de Radhika et effrayer Jatila.

D’abord, devenir comme Prahlada Maharaja

Srila Gurudeva voulut que soit aussi représentée l’histoire de Prahlada Maharaja afin que personne n’oublie que pour obtenir tous les bénéfices de ce parikrama, il faut tout d’abord avoir les qualités de Prahlada, que sont la tolérance, l’humilité et la compassion. Il n’avait pas d’ennemi. Srila Gurudeva rappela que quiconque écoute ce lila sera bientôt libéré. Pour devenir un pur dévot, il faut d’abord devenir comme Prahlada. Il n’est pas un business man nous dit Gurudeva. En effet, lorsque le Seigneur Nrsimhadeva lui propose une bénédiction en récompense de sa dévotion, il refuse, désirant simplement que son père soit libéré malgré sa cruauté. Le Seigneur l’assure que grâce à son caractère merveilleux, 21 de ses générations passées et 21 à venir sont déjà libérées.

Ainsi, le verset trnad api sunicena, qui incite à «devenir plus humble qu’un brin d’herbe et plus tolérant qu’un arbre, toujours prêt à offrir à autrui ses respects sans en attendre en retour» a souvent été cité comme clef du succès pour chanter constamment et purement les saints noms, et de même les versets de l’Upadesamrta étaient rappelés comme base de toute sadhana: savoir contrôler sa langue, ne pas accumuler plus que nécessaire, être capable de discerner les différentes catégories de dévots afin de mieux servir et éviter les offenses nuisibles à notre progrès. Comment pouvoir comprendre le 11ème verset glorifiant Sri Radha-kunda sans réaliser le 1er verset et les suivants.

La prédication prend de l’ampleur

Le parikrama commence toujours à Mathura, lieu de naissance de Sri Krishna, puis continue à Vrindavana. Ensuite, les pèlerins vont en bus à Govardhana pendant environ une semaine, puis à Varsana, et enfin reviennent à Vrindavana. Cette année, il y avait 11 bus bien remplis ainsi que quelques voitures, en moyenne 1000 dévots ont participé au parikrama, environ deux fois plus que l’an dernier.

La prédication de Srila Gurudeva prend de l’ampleur, et bien que son désir soit plutôt de transmettre le message de Srila Rupa Gosvami, il dût accepter l’aspect extérieur et les conséquences de cette miséricorde qu’il distribue partout dans le monde: des temples se construisent et plusieurs cérémonies officielles ont été organisées en son honneur par les maires, prêtres, brahmanas et pandas de Mathura, Vrindavana et Varsana.

Appréciant son message et son œuvre de prédication, les prêtres du district de Varsana l’ont même sacré «Yugacarya», l’acarya de ce Yuga. Mais il s’est bien empressé de déclarer que ces prédécesseurs dans la parampara méritaient plutôt ce titre. Il essayait simplement de servir son maître spirituel et Srila Prabhupada. De nombreuses festivités, spectacles et festins furent offerts à ces occasions à tous les dévots présents.

Une cérémonie de clôture eut lieu aussi au très joli nouveau temple de Mathura, à Durvasa Muni asrama, de l’autre côté de la Yamuna, face à Visrama Ghata. Ce fut l’occasion de traverser les eaux merveilleuses de Yamuna Devi, représentée par une très jolie murti dans le temple. Srila Gurudeva y a rappelé son projet d’université vaisnava et d’hôpital ayurvédique pour la satisfaction des habitants du lieu, mais aussi de tous les dévots.

Les nouveaux temples prennent forme

L’asrama de Gopinatha-Bhavana est le lieu de résidence de Srila Gurudeva à Vrindavana. Il touche le temple de Gopinatha-Bhavana où demeurait Srila Bhaktiprajnana Kesava Maharaja, son maître spirituel. Il s’est construit sous la supervision de Gopinatha Prabhu, l’un des tout premiers disciples occidentaux de Srila Gurudeva. C’est un vaste projet situé à Seva-kunja, tout près de la rivière Yamuna, sur le chemin du parikrama, entre Imlitala, Sringara Vata et le temple où réside éternellement Srila Prabhupada, Radha-Damodara Mandira. C’est le cœur-même de Vrindavana, où ont eu lieu tous les divertissements les plus chers à Sri Sri Radha et Krishna. La vue sur la rivière Yamuna y est des plus fascinantes.

C’est là qu’eurent lieu des programmes spirituels du matin et du soir, du mangala arati au gaura arati, ainsi que les classes de Srila Gurudeva. D’immenses affiches avec l’image de Gurudeva et les dates et lieux de sa prédication avaient été collées un peu partout dans Vraja Mandala et ailleurs. Ce qui amena beaucoup de monde. Le pandala était toujours plein.

Les travaux de Giridhari Gaudiya Matha à Govardhana sont aussi bien avancés. Beaucoup de dévots ont pu y loger. Le temple est situé non loin du lac de Manasi Ganga, où se trouve Mukharavinda, la bouche de Govardhana.

Un nouveau temple construit par un disciple indien très fortuné a aussi vu le jour sur le chemin du parikrama à l’opposé de celui de Gopinatha-Bhavana. Beaucoup de logements y ont été construits. Tous les dévots purent y rester 3 ou 4 jours à la fin du parikrama. De très belles murtis y ont été installées dans une somptueuse cérémonie. Sri Sri Radha-Syamasundara donnent maintenant Leurs bénédictions à cet «Ananda Dhama». Plusieurs représentations théâtrales des divertissements de Mahaprabhu animèrent ce festival, ainsi que de nombreux bhajanas et festins. Et pour glorifier cette installation, un grand harinama parcourut Vrindavana en une procession gigantesque. La même chose eut lieu après le parikrama à Delhi, où la communauté des disciples de Gurudeva s’est agrandie de manière époustouflante. Un nouveau temple voit également le jour, grâce à la prédication de Sriman Ramacandra Prabhu, qui traduit souvent de l’hindi en anglais les classes de Gurudeva.

Sankalpa, le vœu à la rivière Yamuna

Comme chaque année, le premier jour du parikrama, tous les dévots se rendirent sur les berges de la Yamuna. Ils allèrent à Visrama Ghata, lorsqu’ils étaient à Mathura et à Kesi Ghata, lorsqu’ils étaient à Vrindavana. Ils suivirent Srila Gurudeva et les sadhus afin d’y faire un vœu, sankalpa, celui de pouvoir accomplir le parikrama du mois de Kartika avec foi et dévotion, sans obstacle et sans offense, marchant sur les traces des sadhus afin d’obtenir les fruits de ce sacrifice suprême entre tous. Srila Gurudeva récitait à haute voix les mantras et tout le monde répétait après lui dans un sentiment profond, admirant les eaux merveilleuses de Sri Yamuna Devi. Sripada Vana Maharaja alla au milieu de la rivière sur une barque décorée de drapeaux multicolores porter des fleurs en signe d’offrande de la part de Srila Narayana Maharaja et de tous les dévots. Et chacun pouvait aussi en offrir s’il le souhaitait.

Sri Damodarastakam charme les cœurs

Chaque jour de ce mois sacré entre tous, comme il est de tradition, Srila Narayana Maharaja glorifia Sri Damodarastakam, ce chant décrivant les activités de Krishna. A Vrindavana, Krishna est toujours un peu coquin, il n’y a qu’à Mathura qu’Il est plus sérieux.

Yasoda prépare du yaourt et du beurre pour son fils, elle est si jolie, parce qu’elle est la mère de Krishna. Sa taille est fine, elle porte des bracelets qui tintent au rythme de ses mouvements et elle chante: «Govinda Damodara Madhaveti, Govinda Damodara Madhaveti». Elle n’entend pas qu’Il pleure et l’appelle, et des rivières de larmes coulent de Ses yeux , tels le Gange et la Yamuna. Lui, le Seigneur de l’univers, ne peut sortir seul de Son lit pour aller rejoindre Sa mère. C’est bien ce qui Le rend si charmant.

Et puis Mère Yasoda vient, elle L’a enfin entendu, elle Le nourrit de son sein. C’est alors que le lait qui est en train de bouillir sur le feu se met à penser: «Le lait de Mère Yasoda est intarissable, jamais il ne s’arrêtera de couler, à quoi bon mon existence, je suis inutile. Je n’ai aucune raison de vivre! Il se met à déborder comme pour se suicider. Srila Narayana Maharaja commente ce lila, ce divertissement. Il dit que nous devons avoir de telles pensées: «A quoi me sert cette vie si je ne peux servir mon gurudeva!» Cette foi dans le maître spirituel, guru-nistha, est la colonne vertébrale de la bhakti.

Voyant le lait déborder, Mère Yasoda ressent beaucoup de compassion. Elle comprend sa détresse et lui dit en courant vers lui: «N’aie crainte, je t’utiliserai au service de Krishna.» Mais Krishna ne la laisse pas partir si facilement. Il S’accroche à elle comme le ferait un petit singe. Il est surprenant de voir combien la sorcière Putana ne put L’arracher de son sein. C’était parce qu’elle désirait L’empoisonner, alors Il aspira son air vital. Elle avait pourtant la puissance de 10 000 éléphants. Cependant, Mère Yasoda, par la force de son amour maternel, vatsaly- bhava, L’enleva très facilement pour aller sauver le lait destiné à Son plaisir.

La question se pose alors: est-ce vraiment de la bhakti si Krishna pleure et semble insatisfait? Oui, car l’intention de Mère Yasoda est réellement de satisfaire Ses besoins en sauvant le lait et de Lui plaire de toutes les manières nécessaires.

Kaliya Ghata, haut lieu de purification

Le lila de ce lieu est plein d’enseignements. Le serpent Kaliya est noir, ce qui représente ici la concupiscence. Lorsque Krishna danse sur ses têtes, c’est pour éteindre les vices et vils désirs de nos cœurs. Mais ce divertissement a une autre dimension: c’est une opportunité pour les gopis de Le voir librement, sans crainte de leurs aînés. Telle était en réalité Son intention. Il en est de même lorsque Krishna souleva la colline Govardhana pour protéger les Vrajavasis. Tous avaient tellement peur que leurs yeux ne lâchaient pas Krishna, ainsi les gopis pouvaient-elles Le regarder à loisir. En dansant ainsi, Krishna charme les gopis et éteint le kama, le feu ardent de leur cœur. Entendre ces lilas est très purificateur pour l’être conditionné.

Gopastami, Krishna peut sortir garder les veaux

Nous étions à Nandagrama, la demeure de Krishna, c’était le 8ème jour de la lune croissante de ce mois de Kartika, jour anniversaire de Gopastami, lorsque Krishna sort pour la première fois garder les vaches. En fait, il y a deux Gopastami, le premier lorsqu’Il eut 5 ans. Il allait garder les veaux, puis lorsqu’Il serait un peu plus âgé et expérimenté, Il sortirait garder les vaches.

A 5 ans, Il désirait ardemment garder les veaux, ce qui, pour Lui, était surtout un moyen de pouvoir rencontrer les gopis. Il avança ce prétexte à Ses parents, qui possédaient un immense troupeau de vaches. Il leur dit: «C’est notre dharma d’élever les vaches, Je dois le faire.» En réalité, en tant que fils de roi, il n’a pas ce dharma à accomplir, car de nombreux serviteurs peuvent le faire à Sa place. Mère Yasoda Lui dit: «Mon cher lala, Tes pieds sont si doux et le soleil si brûlant, ce n’est pas possible!» Mais Il pensait: «Tant que Je suis sous l’autorité de Ma mère, comment puis-Je manifester de nouveaux divertissements? Il mendiait donc encore et encore afin d’obtenir l’accord de Ses parents, qui finirent par accéder à Sa requête: «D’accord, mais Tu es encore trop jeune pour sortir les vaches, Tu emmèneras les veaux, et même plutôt les femelles, car les mâles sont trop forts et impétueux, ils sont plus dangereux.»

Puis Mère Yasoda Lui demanda de porter des chaussures et d’emporter une ombrelle afin de Se protéger du soleil et de ne pas Se blesser aux pieds. Mais Krishna répondit: «J’accepte à une condition, c’est que tu donnes aussi des chaussures et une ombrelle aux veaux.» Mère Yasoda récite alors de nombreux mantras et Lui donne un kavaca pour Le protéger.

A Goloka Vrindavana, personne ne pense que Krishna est Dieu, tout le monde adore le Seigneur Narayana. Nanda Maharaja demande aussi aux gopas de Le protéger de toutes parts.

A 6 ans, comme Il avait grandi et mûri, il put emmener paître les vaches.

Sraddha conduit à la perfection

La foi, sraddha, est fondamentale. Cela signifie que lorsqu’il écoute hari-katha, le sadhaka est convaincu que tout devoir qui lui incombe sera accompli par la seule pratique du service de dévotion, à commencer par sravanam, l’écoute, kirtanam, le chant, smaranam, le souvenir, vandanam, l’offrande des prières et les autres branches de la bhakti, guidé par Sri Guru et les vaisnavas…C’est alors que débute véritablement le service de dévotion, ce qui correspond à nisanta bhajana, la fin de la nuit…

Le sadhaka qui n’a pas encore atteint bhava-bhakti, ne peut comprendre nisanta lila, le divertissement de Krishna qui termine la nuit. C’est pourquoi il suit la sadhana à commencer par le mangala arati, qui a lieu à ce moment précis. Ainsi purifie-t-il son cœur et par la grâce du maître spirituel qu’il glorifie chaque matin, samsara davanalalida loka, le feu de l’existence matérielle s’éteint, et lorsqu’il l’honore à l’heure du brahma-muhurta, il est assuré d’obtenir le fruit de son aspiration, brahme muhurte pathati prayatnat, yas tena vrindavana natha saksat, sevaiva labhya januso’nta eva. Il atteindra la perfection, obtiendra son siddha-deha, la réalisation de son corps spirituel et retrouvera sa relation éternelle avec Krishna. Le brahma-muhurta, cette période qui précède le lever du soleil, est si important que l’on ne doit jamais dormir à ce moment-là si l’on désire vraiment recevoir cette miséricorde. Par la rencontre et l’écoute des sadhus, toute obscurité disparaît…

Entendre hari-katha crée des samskaras

Lorsque, par la pratique dévotionnelle (bhajana kriya), le sadhaka dépasse anartha nivrtti, la purification des obstacles il atteint nistha, sa foi en le maître spirituel et le service de dévotion est ferme. Nistha correspond au troisième verset du Sisksastakam: trinad api sunicena. Arrive alors le stade de ruci, qui est le goût ardent pour le service de dévotion, il surpasse tout autre désir, comme le décrit le quatrième verset du Siksastakam: na dhanam na janam na sundarim.

Asakti est encore plus intense, c’est l’attachement profond pour le bhajana et pour bhajaniya, l’objet du bhajana, Sri Krishna. Le détachement est alors naturel pour tout ce qui n’est pas directement lié à Krishna, le sadhaka expérimentant un dégoût naturel pour le monde matériel, tel que l’exprime Sri Caitanya dans le cinquième verset du Siksastakam: «Ayi nanda tanuja kinkaram, je suis Ton serviteur éternel, je T’en prie, arrache-moi à ces vagues de morts et de renaissances et change-moi en un atome de poussière sous Tes pieds pareils-au lotus.»

Asakti est aussi appelé rati-abhasa, l’ombre de rati. Autrement dit, lorsqu’asakti apparaît dans le cœur, c’est que bhava ou rati n’est pas loin. Sripada Aranya Maharaja donne quelques explications qu’il agrémente de lilas: «Nous avons entendu citer des versets (slokas) venant d’ouvrages tels Sri Radha Rasa Suddha Nidhi, Srimad Bhagavatam, Vilapa Kusumanjali, qui sont des rasa-sastras. Nous ne sommes pas attirés par le Seigneur Siva à Bénarès ou à Hardwar. Nous désirons seulement entendre le doux katha glorifiant Radha et Krishna. Le sadhaka a un très ardent désir de faire plaisir à Radha et Krishna. Lorsqu’il est au niveau de rati, il ressent alors tant de séparation; en effet, depuis de nombreuses vies, il erre dans ce monde loin de Radha et Krishna. Maintenant, il réalise: ‘Radha krsna prana mora yugala kisora, jivane marane gati aro nahi mora… Dans la vie comme dans la mort, je n’ai que Vous, je n’ai pas de relation véritable avec quiconque en ce monde.’ Il ressent de la peine d’être séparé de l’objet de sa vie et de son âme. Lorsqu’il prie Radha-Krishna, son cœur fond, et celui de Krishna également, qui ne tarde d’ailleurs pas à donner Son darsana, c’est alors que bhava-bhakti est atteint. Ensuite vient bhakt-rasa.»

Par la grâce du maître spirituel

«Nous devons approcher l’objet de notre vie avec beaucoup de respect» nous dit Sripada Aranya Maharaja, «en évitant toute offense ou aparadha, namaparadha, vaisnava-aparadha, dhama-aparadha… en accomplissant le seva avec beaucoup de précautions. Sri Caitanya Mahaprabhu est venu donner ce que jamais aucun avatara n’avait donné auparavant: unnatojjvala rasam sva bhakti sriya, le service de Srimati Radhika. Mais qui a l’adhikara pour réaliser ces choses-là? La personne qui, dans sa vie passée et la présente, a reçu des samskaras, des impressions dans le cœur par la pratique du service de dévotion. Ce désir intense d’entendre ces descriptions vient aussi des vies passées et de cette vie-ci. Qui a la bonne fortune de voir se manifester dans son cœur bhakti-rasa? Srila Jiva Gosvami dit que celui-ci doit avoir bénéficié d’un sadhu sanga très profond dans ses vies passées, s’étant complètement soumis à son guru, n’ayant plus de paroles blessantes, n’étant plus dérangé par quoi que ce soit, capable de réciter son gayatri mantra sans se disperser. Quand il a atteint rati, cela signifie que dans sa vie prochaine, il sera qualifié pour bhakti-rasa.»

Développer lobha, le désir intense

«Pourquoi le maître spirituel nous donne-t-il d’entendre toutes ces choses? Simplement pour nous permettre de développer quelque désir intense de savourer la pure bhakti. Peut-être ne sommes-nous pas qualifiés, mais lui a cette qualification et le katha venant des lèvres d’un pur dévot, s’il est écouté avec foi, crée des samskaras très puissants dans le cœur. Par la grâce de Mahaprabhu, si quelqu’un entend le saint nom, il est digne de la libération et peut même aller à Vaikuntha. Quelle sera alors sa destination s’il entend glorifier les lilas de Mathura ou de Vrindavana, lorsque Krishna vole le beurre des gopis ou vole leur cœur. Ce katha est si puissant que, s’il est entendu avec foi, il peut transformer le cœur de celui qui l’écoute et le changer en un pur dévot.» Srila Gurudeva dit que toutes les austérités du parikrama et de l’écoute d’hari katha ont simplement pour but de créer ce lobha, même un tout petit peu, pour désirer entendre encore plus. Les symptômes de ce lobha sont qu’en entendant rasa-tattva, on désirera avoir les mêmes sentiments envers Krishna que la personne dont on entend parler. On ne sera alors plus dépendant des injonctions védiques tout en y prenant tout de même refuge, n’agissant pas de manière contraire. Car les écritures disent qu’une personne qui est fixée sur son objectif, ekantika, mais ne suit pas les sastras est une cause de dérangement pour la société.

Anugatya, être toujours guidé

Anugatya est le principe fondamental du progrès dans la bhakti. Anu signifie «suivre» ou «être guidé». Même Caitanya Mahaprabhu a montré l’exemple en suivant les instructions de Ramananda Raya lorsqu’Il désirait comprendre les sentiments de Sri Radha. Car Ramananda Raya n’est autre que Visakha Devi qui connaît parfaitement Srimati Radhika car elles sont nées au même moment. Caitanya Mahaprabhu S’était rendu dans le sud de l’Inde, sur les berges de la rivière Godavari, pour rencontrer Ramananda Raya afin de satisfaire la véritable raison de Sa venue sur terre.

Si quelqu’un a un intense désir d’entrer dans ragatmika-bhakti, le service des compagnons éternels de Krishna, ragatmika-jana, il en suivra un en particulier. Sa sadhana sera alors raganuga-bhakti et aura deux aspects:

Lorsque le désir est intense, il n’est plus nécessaire de suivre la vaidhi-bhakti, le service de dévotion selon les règles, c’est alors raganuga bhakti qui commence, le service de dévotion empreint d’amour spontané. Il est important de comprendre ces étapes telles qu’elles sont décrites dans le Caitanya-caritamrita (Ramananda Samvad ou Sanatana Siksa). Ceux qui ne sont pas qualifiés pour entrer dans raganuga-bhakti suivront naturellement vaidhi-bhakti. Par contre, ceux qui veulent accomplir leur bhajana sans être guidés sont assurés de chuter.

Les rupanug-bhaktas suivent Srila Rupa Gosvami, qui est Rupa Manjari, la servante intime de Srimati Radharani.

Srimati Radhika va cuisiner le matin à Nandagram

Srimati Radhika part le matin de Yavat, où se trouve la demeure de son époux Abhimanyu et de sa belle-mère Jatila. Elle va cuisiner pour Krishna et sera accueillie par Mère Yasoda à Nandagram. Généralement, une mère a plus d’affection pour son fils, et un père pour sa fille. Mais Yasoda n’aime pas moins Radha que Krishna. Elle embrasse Son visage avec beaucoup d’affection. Radhika S’en trouve un peu gênée, c’est comme si elle était sa belle-fille nouvellement mariée. Elle n’est pas satisfaite d’être l’épouse d’Abhimanyu. Mère Yasoda aurait souhaité marier son fils à Sri Radha. Mais Yogamaya, qui arrange tous les divertissements de Krishna, ne l’a pas rendu possible, cela pour protéger le parakiya-bhava, le sentiment transcendantal d’amour extra-conjugal qui est le plus élevé de tous et si cher à Krishna. Ce parakiya-bhava n’aurait pu exister s’ils avaient été mariés. Il représente la relation amoureuse avec un autre homme que son propre mari, c’est la plus haute expression de madhurya-rasa. Yasoda Maiya ressent de la peine intérieurement: «Pourquoi n’es-tu pas ma belle-fille?»

Srila Raghunatha Dasa Gosvami exprime ce sentiment en méditant sur cette rencontre matinale de Srimati Radhika et de Yasoda Devi: «Quand serai-je témoin de cet amour et de cette affection que possède Yasoda pour Radhika?»

Viraha, le sentiment de séparation des gopis

Srila Gurudeva explique à partir du Brad-bhagavatamrita de Srila Sanatana Gosvami que les gopis ne peuvent se satisfaire de voir simplement Krishna dans leur cœur, comme Dhruva Maharaja. Lorsqu’elles ont le darsana de Krishna et Le voient dans leur cœur, elles peuvent s’évanouir et semblent ressentir extérieurement beaucoup de souffrance extérieurement. Mais c’est en fait un immense bonheur pour elles. Cependant, elles ne peuvent être comblées ainsi. Si quelqu’un jeûne pendant un mois et qu’ensuite il voit de ses yeux de la nourriture appétissante, sera-t-il satisfait rien qu’à la voir? Krishna est à Mathura et pense: «Si je vais à Vraja, elles ne seront pas satisfaites si c’est seulement pour 2 ou 3 jours.» Et même lorsqu’elles Le rencontrent, elles ressentent ce viraha: «Maintenant, il va aller garder les vaches.» Dans Gopi Gita, le chant des gopis, l’un des 5 chapitres essentiels du 10ème chant du Srimad-Bhagavatam, Srila Sukadeva Gosvami écrit: «Une seconde sans Le voir est comme une éternité.»

Quelqu’un pourrait argumenter auprès de Krishna: «Pourquoi ne peux-Tu apaiser les gopis puisque Tu possèdes cette agatana gatana sakti, Tu peux rendre l’impossible possible et vice versa?» Mais viraha ne peut être apaisé en aucune manière. Krishna dit: «Même lorsqu’elles sont avec Moi, elles ressentent de la séparation.» Personne ne peut décrire leur sentiment. Uddhava n’a pu le comprendre, ni même Krishna. Il est impossible d’enlever ce sentiment de leur cœur, parce qu’il est dans leur nature propre.

Si quelqu’un a déjà eu le darsana de Krishna, il ne peut que ressentir de la séparation. Il peut nous sembler parfois éprouver quelque séparation de Krishna, mais c’est une ombre (abhasa). Pour avoir ce sentiment, nous devons d’abord ressentir quelque séparation de notre gurudeva, ensuite nous pourrons en ressentir pour Radhika, puis alors nous en éprouverons automatiquement pour Krishna.

Pourquoi notre cœur ne fond-il pas?

Malgré notre chant des saints noms depuis tant d’années, on constate souvent que notre cœur reste bien indifférent, les larmes ne nous viennent pas aux yeux, nous n’avons même pas vraiment le désir de nous associer intimement avec les sadhus. Srila Gurudeva explique que si les 9 transformations de rati n’apparaissent pas en nous, c’est que nous commettons des aparadhas, des offenses. Nous n’avons pas de ruci, aucun goût pour harinama. Au niveau de nistha, le mental est fixe, mais c’est encore grâce à buddhi, l’intelligence, que nous pratiquons. Tandis qu’au niveau de ruci, cela se fait naturellement. Si nous offensons Krishna, Il peut assez facilement nous pardonner, mais si nous offensons les sadhus, cela Lui est très difficile. Si quelqu’un verse des larmes avant d’avoir atteint bhava, ce ne peut être qu’une simulation d’émotions spirituelles. Les symptômes externes ne prouvent pas qu’il a atteint bhava ou rati. Peu de temps après, il se retrouvera peut-être affecté par une personne qui l’a bousculé et éprouvera de la colère. S’il chante purement le saint nom, rati viendra dans son cœur, puis l’image de Krishna y apparaîtra. Alors dharma, la religion, artha, l’essor économique, kama, les satisfactions matérielles et moksa, la libération des souffrances de ce monde, viendront pour le servir. Il devra les rejeter à moins qu’il soit assez puissant pour les utiliser au service de Krishna.

Bhava-bhakti, les symptômes qui ne trompent pas

Les symptômes de quelqu’un qui a atteint bhava sont décrits dans le Bhakti Rasamrita Sindhu:

Toutes gloires à Srila Prabhupada

Généralement, l’anniversaire de la disparition de Srila Prabhupada se fête durant la période où les dévots sont à Varsana. Mais il en a été autrement cette année, car le départ pour Varsana fut retardé à cause de la difficulté à loger le grand nombre de dévots, beaucoup plus nombreux que l’an passé. Du coup, le séjour à Govardhana fut prolongé, ce qui ne fut pas pour déplaire à quiconque. C’est ainsi que de nombreux disciples de Srila Prabhupada purent glorifier leur Guru à l’endroit qui lui était si cher et où il désirait finir ses jours.

Srimati Vrindavana Vilasini, qui vit à Vrindavana, se rend chaque jour au temple de Radha-Damodara honorer Srila Prabhupada, qui demeure là éternellement aux pieds de Srila Rupa Gosvami. Elle exprima son grand amour pour Srila Prabhupada qu’elle rencontra alors qu’elle était hippie. Il avait tellement de compassion lorsqu’il chantait à New York. Elle se souvient de l’échange cœur à cœur qu’elle eut avec lui et qui était purement réciproque: «I love you and I will never leave you. Je t’aime et je ne t’abandonnerai jamais.»

Isa Prabhu de Floride, quant à lui, remercia Srila Prabhupada d’avoir révélé au monde tant de merveilleux écrits sacrés, en particulier Sri Upadesamrita de Srila Rupa Gosvami. Il glorifia tout particulièrement le 8ème verset qui est l’essence de tous les enseignements. Il dit qu’il nous faut apprécier chaque instant si précieux avec Srila Gurudeva, car il nous rapproche de Srila Prabhupada et de sa mission. Il ne faut surtout pas en perdre une miette. Et il suppliait tous les dévots de garder Srila Prabhupada dans leur cœur.

Srila Gurudeva glorifia Srila Prabhupada: «Namaste sarasvati deve gaura vani pracarine…, ce gaura vani, l’enseignement de Sri Gaura est le cœur de toutes ses instructions. Qu’est-Il venu donner à tous les êtres sans distinction de caste ou de croyance ou de quelque qualification, et ce uniquement par pure compassion? Il est venu distribuer ce prema le plus élevé qui soit, radha-dasya. Il n’a rien inventé d’autre que ce qu’avaient révélé Srila Jiva Gosvami ou Srila Rupa Gosvami. Et la définition d’Iskcon vient de ce verset de Ramananda Raya: ‘Krsna bhakti rasa bhavita matih…’ Svamiji a répété si souvent ce sloka. Il est lui-même un membre d’Iskcon. Il a commencé par défricher la jungle du monde matériel et de l’impersonnalisme, mais beaucoup n’ont pas compris sa mission et sont malheureusement tombés de leur position. Il m’a demandé de poursuivre son œuvre, et c’est ce que je tente de faire pour son plaisir et celui de Srila Rupa Gosvami. Beaucoup de ses disciples me suivent maintenant et sont très heureux.»

Jaya Giri-Govardhana!

Comme chaque année, le festival de Govardhana enchanta tous les cœurs. Chacun se voyait porter sur sa tête une corbeille de nourriture ou un pot en terre joliment décoré afin de l’offrir à Giriraja en souvenir du festival d’Annakuta, Annakuta Mahotsava. Il y avait tellement de pèlerins qui chantaient les saints noms et tant de couleurs qu’on se serait encore cru à l’époque de Krishna où tous les vrijbasis, les habitants de Vrindavana, venaient offrir leur préparation à Giriraja. Il y avait autant de mets différents que de dévots, peut-être mille ou plus.

Giriraja signifie le roi (raja) des montagnes. Srila Gurudeva dit que Govardhana est la manifestation de l’amour de Radha et Krishna. Lorsque Krishna a demandé à Radhika de venir sur terre avec Lui, Elle exprima la condition que Govardhana et Yamuna s’y trouvent aussi. Les gopis et Radharani en particulier glorifient Govardhana comme la meilleure des servantes de Krishna. Elle fournit de l’herbe fraîche pour ses vaches, des fleurs de toute beauté, des cascades et des rivières avec de l’eau claire et limpide, elle renferme des grottes pour les divertissements amoureux de Radha et Krishna, dont elle est le témoin privilégié. Comme cela ne peut être possible qu’à une femme, Srila Gurudeva dit que son nom peut aussi être Girirani plutôt que Giriraja. Et du fait qu’elle donne beaucoup d’herbe tendre, les vaches peuvent offrir du lait en abondance pour les diverses sucreries et autres préparations, ainsi que le ghee qui servira pour le pancamrita nécessaire aux cérémonies et au bain de Krishna.

Lorsque toutes les préparations furent offertes aux pieds de la colline, si majestueuse et simple à la fois, ce fut encore un spectacle très coloré et plein de lumière. Srila Gurudeva accomplit le bain de Giriraja et présenta les diverses offrandes puis, à la grande joie des dévots, les brahmanas tels Sripada Tirtha Maharaja ou Sripada Vana Maharaja, jetèrent en pluie sur la colline du lait, du ghee, du sucre et du yaourt. Elle en devenait encore plus brillante et radieuse. Elle fut décorée de guirlandes de fleurs, de feuilles de tulasi et de ses fines fleurs, les manjaris, et tout le monde récita des mantras après Gurudeva, tels que les chante Srila Raghunatha Dasa Gosvami: «S’il Te plait, accorde-moi une place à Tes pieds pareils au lotus.»

Quelle sadhu-sanga?

La réalisation spirituelle vient de gurudeva et de personnes qui ont cette réalisation. Le sentiment de séparation sera proportionnel au bonheur de la rencontre. Comment satisfaire les vaisnavas? «Que devrais-je faire pour que ce vaisnava soit content de moi?» Prêcher les enseignements de Sri Caitanya Mahaprabhu est assurément le meilleur moyen de Le servir. A la fin du parikrama, Srila Gurudeva déclara que nous devons avoir le désir d’offrir un daksina, un cadeau à notre guru et aux vaisnavas, pour les remercier de tout ce qu’ils nous ont donné. Mais ce daksina n’est pas de l’argent, c’est plutôt le désir de partager ce que nous avons dans nos poches en retournant chez nous, car en prêchant, de nouvelles lumières s’éclairent.

La véritable richesse se trouve dans la compagnie des sadhus et dans le maha-mantra. Et ce qui est incroyable, c’est que plus on le distribue, plus on s’enrichit. Gurudeva souhaite une «révolution» comme du temps de Srila Prabhupada. Il conseille de lire ses livres et ceux de Srila Prabhupada. Il insiste sur Jaiva Dharma, qui est fondamental tant il regorge de tous les tattvas, les vérités philosophiques décrites par Srila Bhaktivinoda Thakura, car ce livre répond absolument à toutes les questions. De nouveaux livres sont parus en anglais: Sri Bhajana Rahasya, Sri Brahma Samhita et the origin of Ratha Yatra.

Chaque année à trois reprises, il nous est donné l’opportunité d’améliorer considérablement notre bhakti, à l’occasion de Kartika, de Gourpurnima ou du Ratha Yatra. Il nous faut persévérer dans la sadhana en étant guidé, anugatya, par le maître spirituel et les vaisnavas, car c’est là le moyen de recevoir leurs bénédictions.

Prema Bhakti Candrika de Srila Narottama Dasa Thakura enseigne que les sentiments auxquels le sadhaka aspire lors de la sadhana seront réalisés lorsqu’il atteindra siddha, la perfection, tout comme un fruit qui ne demande qu’à mûrir. Anugatya est essentiel à tous les niveaux de la bhakti; devenir le serviteur du serviteur du serviteur de Krishna est la clef de toute perfection. Nous devrons abandonner tout pratistha ou soif d’être honoré, tout désir matériel ou envie, colère, offrir nos respects à tous les êtres et désirer particulièrement la compagnie intime de quelqu’un qui a les symptômes de rati. Srila Rupa Gosvami explique dans son Bhakti Rasamrita Sindhu que nous devrons suivre un vaisnava qui possède le sentiment auquel nous aspirons, qui est plus avancé que nous et plein d’affection pour nous (sajatiyasaya snigdha…). Notre gurudeva saura nous inspirer et combler notre cœur. En écoutant un tel rasika-vaisnava et en le servant avec un cœur pur, par sa grâce, tout nous sera révélé dans le cœur.

Compte rendu: Krishna Bhakti Dasi
Correction: Syamananda Dasa.