Conférences

Festival du 19 au 25 février 2003 en Allemagne

Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja

Allemagne du 19 au 25 février 2003

Ce qui suit est un compte rendu du festival qui eut lieu récemment à Olpe, près de Francfort, dans une grande auberge de jeunesse au milieu de la forêt. Le ciel bleu et la neige embellissaient cet endroit où une vingtaine de dévots français se rendirent.

Dans cet exposé, beaucoup de termes sanscrits apparaissent accompagnés de leur définition. Bien que cela puisse sembler difficile à lire pour certains, ils ont été volontairement gardés, car ce sont des mots très utilisés par les Ecritures vaisnavas et dans les classes de Srila Narayana Maharaja. Ces expressions revenant très souvent, il est aisé et utile de se familiariser avec. Pour l’étudiant, sadhaka, qui suit la sadhana ou processus graduel du service de dévotion, le bhakti yoga, ils mettent en valeur la profondeur et la beauté de la langue sanscrite, mère de toutes les langues, et qui plus est, langue parlée au monde spirituel par Sri Krishna et Ses compagnons.

Le sujet du festival, comme tout au long de cette tournée mondiale, concernait Guru tattva et l’importance de reconnaître les différentes classes de vaisnavas.

Bien que la santé de Srila Narayana Maharaja soit encore faible, son enthousiasme a inspiré quelques 300 dévots venus de différentes parties de l’Europe et du monde. Ce qui lui fit grand plaisir. Maharaja suit un traitement quotidien relatif à l’opération du coeur qu’il a subie en Inde récemment. Mais cela ne l’a pas empêché de venir chaque jour donner classe et darsana (entrevues). Il a cependant donné la parole à ses disciples qualifiés afin qu’ils développent certains sujets essentiels.

C’est ainsi que le festival, qui englobait le Vyasapuja de son maître spirituel, Srila Bhakti Prajnana Kesava Gosvami Maharaja, le Vyasapuja de Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura ainsi que la disparition de Srila Gour Govinda Gosvami Maharaja, fut l’occasion de revenir sur les véritables valeurs de la bhakti.

Atteindre au minimum nistha, une foi ferme et stable

Maharaja a ravivé la flamme de la dévotion de tous les dévots présents, en rappelant l’importance de la foi ferme dans le maître spirituel, ce guru nistha étant comme la colonne vertébrale de notre sadhana (pratique spirituelle).

Après avoir souhaité par le passé que les dévots atteignent dans cette vie le niveau le plus élevé accessible à ce corps, bhava bhakti, où les émotions sont purement spirituelles, il a constaté que le niveau de ruci, caractérisé par un goût intense pour l’écoute de ce qui a trait à Krishna, serait au moins la base, car lorsqu’un attrait véritable pour les saints noms et l’écoute d’hari katha inonde le coeur, le sadhaka peut aller très vite vers bhava, l’objectif de cette vie. Mais si Maharaja a constaté que beaucoup de dévots avaient aussi des difficultés à atteindre ruci, il a donc demandé qu’ils atteignent au minimum nistha, où la sadhana est fixe, le mental paisible, et la foi ferme dans le processus de la bhakti et les enseignements du maître spirituel.

Le niveau où les obstacles majeurs empêchent d’entrer véritablement dans la bhakti, anartha nivritti, est dépassé et ainsi, même si l’intellect est encore sollicité pour cette stabilité dans la pratique, ruci se manifeste rapidement, grâce à l’association des sadhus. Les ingrédients essentiels restant la sincérité et l’humilité.

Saranagati, la porte d’uttama-bhakti

Saranagati, l’abandon total, a été récapitulé comme étape primordiale, la porte de la bhakti. Sraddha, la foi, est réelle lorsque le dévot est déterminé à servir Krishna de manière désintéressée, au-delà de l’attrait pour les activités matérielles (karma), de la spéculation intellectuelle (jnana), ou de la soif des pouvoirs mystiques auxquels peut conduire le yoga.

Srila Narayana Maharaja a donc cité ce fameux verset de Srila Rupa Gosvami, qui définit la pure bhakti:

anyabhilasita sunyam jnana karmady anavrtam
anukulyena krsnanu silanam bhaktir uttama

«Le courant ininterrompu de service pour Sri Krishna, c’est à dire la pratique d’activités faites exclusivement pour son plaisir, accomplies au moyen du corps, du mental et de la parole, et par l’expression de différents sentiments spirituels (bhavas), qui ne sont pas recouvertes par karma (les activités visant au plaisir des sens), et jnana (la connaissance visant la libération impersonnelle), et qui n’ont d’autre objet que la satisfaction de Sri Krishna, porte le nom d’uttama-bhakti, le pur service de dévotion.» (Brs 1.1.11)

Srila Narayana Maharaja désire que tous ses disciples connaissent absolument par coeur ce verset afin de fixer l’objectif de cette vie et de leur sadhana. Il a demandé: «Quel est le but de la sadhana bhakti?» Peu de personnes semblaient enthousiastes à répondre que la sadhana n’a pour but que d’atteindre bhava bhakti.

Tout acte du sadhaka doit avoir cet objectif. Maharaja a insisté sur ce point qu’il répète si souvent.

Les livres fondamentaux:
Bhagavad-gîta, Upadesamrita, Manah-siksa, Jaiva-dharma

Maharaja a rappelé l’importance de bien connaître la Bhagavad-Gita, puis l’Upadesamrita, et aussi le Jaiva Dharma si l’on souhaite s’établir fermement dans la bhakti, atteindre nistha, le niveau de dévot intermédiaire, madhyama adhikari, que préconisait aussi Srila Bhaktivedanta Svami Prabhupada, justement dans son commentaire du 5e verset de l’Upadesamrita.

Puis il a conseillé encore et encore de s’imprégner des enseignements du livre Sri Manah Siksa où Srila Raghunatha Dasa Gosvami prie humblement son mental de suivre le processus de l’attachement au maître spirituel qui lui accordera l’inspiration nécessaire pour parvenir à la joie suprême, abandonnant tout orgueil et hypocrisie et développant le goût pour l’écoute des divertissements du Seigneur Caitanya ainsi que de Sri Sri Radha et Krishna. Ces 11 versets sont si inspirants pour le mental. Ils décrivent toutes les étapes de l’abandon total et de la pure bhakti. On doit bien les connaître et méditer dessus quotidiennement.

Comprendre le coeur du guru

Lors du Vyasapuja de Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura, Srila Narayana Maharaja a mentionné qu’à la fin de sa vie, il disait qu’il voulait simplement transmettre les enseignements de Srila Rupa Gosvami mais qu’il avait passé tout son temps à défricher la jungle… Son cher disciple, Srila Bhaktivedanta Svami Prabhupada dit la même chose. Srila Narayana Maharaja, continuant leur mission, pourrait faire de même, mais considère qu’il faut que ses disciples comprennent cela maintenant et s’attachent à l’essentiel, à éveiller la pure bhakti dans leur coeur par le processus véritable du service des vaisnavas et du guru: comprendre le coeur du maître spirituel, son mano bhista, quelle est la raison de sa venue sur terre, l’essence de ses enseignements, le but de l’existence, et comment le satisfaire vraiment.

De quelle manière servir le maître spirituel?

Lors d’un darsana, un dévot nouvellement initié a demandé devant les 300 dévots présents: «Gurudeva, comment puis-je vous servir?» Il a répondu: «En étudiant mes livres et ceux de Svami Prabhupada, en écoutant hari-katha et répétant ces enseignements, et en les mettant en pratique, en traduisant les livres et classes, en les distribuant, en servant les vaisnavas selon leurs besoins, il y a de nombreuses manières de me faire plaisir, et aussi en montrant de l’amour et de l’affection entre dévots. Il a résumé là l’essentiel.

Distribution des livres, distribution d’amour

Maharaja insiste de plus en plus sur la prédication de diverses manières et surtout sur la distribution de ses livres et ceux de Svami Maharaja, qui ne doivent pas dormir sur les étagères de chambres froides comme c’est malheureusement le cas. Syamarani Dasi, comme à chaque festival, a parlé de la distribution des livres, qui ne doit plus devenir une soif d’argent, mais bien distribution d’amour, celui que Caitanya Mahaprabhu a donné au monde par Son mouvement de sankirtana.

Les livres sont des déités ou des représentants de leur auteur, et le plus beau cadeau que l’on puisse offrir. Bien que la distribution des livres puisse être aussi la meilleure source de revenus financiers qui soit, cela n’est nullement l’objectif du dévot. Il doit constamment se sentir comme serviteur de son guru et de Sri Caitanya Mahaprabhu, et obligatoirement, l’inspiration lui viendra pour savoir quelle attitude et quel mot utiliser selon la personne rencontrée. Au-delà de tout préjugé ou attente autre que le plaisir de Sri Sri Guru et Gauranga, le dévot trouve un enthousiasme croissant à servir le désir le plus cher de son maître spirituel. Partager la joie qu’il reçoit de lui à profusion afin que d’autres âmes souffrantes voient enfin leur vie devenir un succès. Tel est le souhait de tous les acaryas, les maîtres de la lignée Gaudiya Vaisnava.

Quelle est la signification du Vyasapuja?

Lors du festival d’apparition de Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura, Sripada Bhaktivedanta Madhava Maharaja a cité sa définition de ce qu’est un brahmana, qui n’est pas originaire d’une caste comme beaucoup le pensent, mais se qualifie par la réalisation spirituelle… En d’autres termes, c’est une âme réalisée.

Il fallait aussi comprendre ses paroles célèbres lorsqu’il dit: «Chaque matin au réveil, l’on devrait frapper son mental avec une chaussure », il s’agit en fait de réciter des mantras (invocations éveillant le mental et le coeur) qui le sortiront de sa torpeur. Les mantras de Sri Manah Siksa sont tout à fait appropriés.

Sripada Bhaktivedanta Aranya Maharaja profita de ce Vyasapuja pour glorifier sri guru-tattva, la vérité et les conclusions des Ecritures concernant le maître spirituel, ainsi que l’importance de guru nistha rappelant que c’est la colonne vertébrale de la bhakti. Tout comme sans colonne vertébrale, le corps ne peut se tenir debout, la sadhana bhakti n’a pas de structure solide sans un attachement profond au guru. Le disciple, dit-il, a cette fierté (abhiman), la foi que: «Mon gurudeva est transcendantal, Srimati Radharani me l’a envoyé pour me sauver.» Même si son guru est un sadhana siddha, c’est-à-dire qu’il a atteint la perfection (siddha) par la sadhana, le sad sisya (parfait disciple) ne considère jamais qu’il ait pu être une âme conditionnée par le passé. Au contraire, il verra toujours son guru comme un nitya siddha, une âme éternellement (nitya) libérée, venue du monde spirituel. Krishna a dit: «Tu dois savoir que l’acarya (le maître qui enseigne par l’exemple) n’est pas différent de Ma personne.»

Le doute est l’obstacle majeur à notre progrès, il peut nous faire tout perdre.

Comme l’enseigne le verset de la Bhagavad-Gita (IV.40): «Pour celui qui doute, qui n’a pas de foi, il n’est de bonheur ni en cette vie, ni en la suivante.» Les gens ne savent pas ce qui est bon pour eux, le parfait sisya (disciple) reste silencieux et satisfait en dépit de la rectification de son guru, comparable à celle d’un père aimant son enfant.

Vyasadeva montre par son exemple, l’attitude du disciple

Afin de démontrer l’importance du Vyasapuja, Sripada Aranya Maharaja citait le cas de Vyasadeva qui était insatisfait après avoir compilé de nombreuses Ecritures, et son guru, Narada Muni, lui dit: «Tu ne peux simplement écrire tant de livres. Tu dois d’abord comprendre toi-même la Vérité Suprême, la réaliser. Par la grâce de Narada Muni, Vyasadeva est entré en bhakti samadhi, dans une transe visant à approfondir sa réalisation de la pure bhakti. C’est ainsi que par un abandon total à son guru, il a pu écrire le Srimad Bhagavatam, la crème des Vedas, où sont décrits les divertissements de Sri Krsna, qui seuls pourraient combler son âme et celle de tous les êtres. Comment se peut-il que la Vérité Suprême pleure, mente, soit effrayée, lorsque mère Yasoda ou Lalita Devi Le châtient. Telle est la fascination du Srimad Bhagavatam. Vyasadeva avait seulement décrit la vaidhi bhakti, où l’on adore le Seigneur Narayana avec crainte et vénération. C’est pourquoi il n’était pas pleinement satisfait. Il n’avait pas encore abordé la raganuga bhakti, le service d’amour spontané, empli d’une douce affection (madhurya) pour Sri Krishna. Seulement par la grâce de Narada put-il y avoir accès. Il montre par son exemple l’attitude du disciple: «Je suis ignorant, je ne sais rien.»

Par la grâce du maître spirituel

Lorsque le disciple récite svaha (au moment de l’initiation, lors du feu de sacrifice, cela signifie que l’on offre au feu notre vie), ou bien en récitant pracodayat (lors des mantras donnés par le guru, ce mot appelle la réalisation du mantra)… des lilas (divertissements) peuvent se manifester dans le coeur. Ce n’est pas par la force, l’étude ou l’intelligence, mais par la grâce de Sri Guru. En méditant, par le simple effort de la pensée, on peut parvenir tout au plus à atteindre le brahmananda, la félicité du rayonnement qui émane du corps de Krishna. Mais on s’arrêtera nécessairement à la limite des orteils de Ses pieds pareils au lotus La seule solution reste donc l’abandon inconditionnel au maître spirituel.

Le maître spirituel personnifie le Srimad Bhagavatam

Les gopis servent-elles directement les pieds pareils au lotus de Krishna? C’est plutôt Krishna qui adore leur prema, et qui est fasciné par leur amour.

Lors du Vyasapuja, le maître spirituel est glorifié pour être le représentant de Vyasadeva. Mais le guru pense plutôt être serviteur de son propre guru, lui-même représentant Vyasadeva… C’est ainsi que descend la Sri Guru Paramapara qui, dans la Brahma Madhva Gaudiya Sampradaya (venant de Brahma, Madhvacarya et Sri Caitanya), est basée sur l’enseignement (siksa) du guru au disciple, plutôt que sur l’initiation formelle (diksa). Diksa est évidemment nécessaire, mais siksa prédomine. La Bhagavat Guru Parampara est donc plus importante dans notre lignée. Dans la Pancaratrika Guru Parampara, basée sur l’initiation formelle, le guru n’a pas forcément réalisé le prema de Srimati Radhika qui est l’essence du Srimad Bhagavatam. Ainsi le maître spirituel est la personnification du Srimad Bhagavatam.

Krishna préfère qu’on adore Son pur dévot que Lui-même

Le Seigneur ne peut être compris par la simple écoute ou par l’intelligence, mais seulement par celui qu’Il choisit Lui-même, par lequel Il est satisfait. Krishna dit: «Je ne suis pas tant satisfait par le puja, les austérités etc., autant que Je le suis par celui qui sert son guru». Krishna Se révèle alors Lui-même. Il souhaite qu’on adore le guru avant de l’adorer Lui.

Mamata, un sentiment d’amour très fort

La forme intrinsèque (svarupa), de prema, le pur amour, est lokika sad bandhu vad, une relation avec Krishna empreinte d’intense affection, celle qu’on la ressent envers un membre de notre famille… Ce sentiment de possessivité (mamata) est l’amour le plus puissant qui contrôle Krishna: «Krishna, Tu m’appartiens »… Mais pour avoir ce sentiment pour Krishna, on doit d’abord l’avoir pour le maître spirituel, et cela ne peut se faire qu’à travers le service et la reconnaissance envers sa miséricorde. On doit penser qu’on est à son service, qu’on lui appartient, et que notre corps est fait pour le servir. En servant, ce sentiment d’affection et de possessivité se manifestera naturellement.

Le guru nous sauve du karma (des conséquences d’activités matérielles), du jnana (la recherche de connaissance conduisant à la libération impersonnelle), du yoga (l’attrait pour les pouvoirs mystiques) et de l’orgueil, y compris celui de penser: «Je suis un grand vaisnava». Il nous sauve à chaque instant… Ce mamata se fait alors sentir aussi vis à vis de la Sri Guru Parampara, la lignée disciplique, envers laquelle on éprouve une grande reconnaissance.

On éprouve à ce moment une réelle aspiration: «Quand aurai-je la grâce de servir Sri Gauranga? Quand verrai-je Vrindavana?»

On ne voit pas seulement avec les yeux, mais avec les oreilles et avec le coeur, immergé dans le courant des sentiments du maître spirituel qui ne manquent pas de se révéler dans le coeur du disciple sincère. Alors celui-ci s’attache de plus en plus à son guru.

Encore et toujours: fixer le but de l’existence

Srila Narayana Maharaja, comme à chaque festival, rappelle que d’après les sastras (Ecritures), on doit avant tout fixer l’objectif (sadya) de notre existence, car telle est la bonne fortune d’avoir la forme humaine qui seule peut changer la vie. Prema bhakti est ce but et l’on cherchera comment l’atteindre (sadhana).

«Je peux vous dire, car vous êtes tous des dévots ici, que l’on ne peut décider seul quel est ce but. Mais avec l’aide de Sri Guru Parampara, du Caitanya-caritamrita, de Sri Sri Guru et Gauranga et de mon gurudeva, qui prêche la mission de Sri Caitanya, on peut comprendre comment faire de notre vie un succès, grâce à la bhakti. Sinon notre vie est peu utile et semée d’embûches. Il est très rare d’entendre ces sujets sur la terre et même dans l’univers entier. En suivant asraya Bhagavan, c’est-à-dire le refuge du représentant de Bhagavan, Sri Krishna, on est assuré d’atteindre l’objectif.»

Le guru ne doit pas avoir de faux-égo. Il doit être détaché de tout désir matériel et avoir réalisé l’amour de Krishna. Les sadhus sont très rares dans ce monde. Les servir est la clef de tout succès. Prendre refuge de leurs pieds pareils au lotus conduit à la réalisation du pur amour de Krishna, krsna prema, à l’amour qu’expérimente Srimati Radhika. Radha dasya, le service de Radhika, est le joyau offert par Sri Caitanya Mahaprabhu.

Le diksa guru est la manifestation de Krishna. Il est considéré comme rupa, Sa forme. Le siksa guru est Sa svarupa, Sa personnalité.

Connaître les chants par coeur et avec des sentiments

Dès le matin, on offre notre hommage au maître spirituel par le chant: «samsara davanala lidha loka», car lui seul peut éteindre le feu de l’existence conditionnée. Il révèle aussi sa propre forme spirituelle au disciple qui s’est qualifié, comme en donne l’aperçu du 6eme verset: «nikunja yuno rati keli siddhyai». Srila Narayana Maharaja souhaite que l’on connaisse les chants par coeur et leur signification profonde afin d’expérimenter de réels sentiments, à commencer par ceux envers notre guru.

Voyant la personne guidant le bhajana avoir besoin de son livre, il lui a dit qu’il ne pouvait exprimer et transmettre des émotions en suivant sur son livre. Les gopis ont-elles un livre devant leurs yeux lorsqu’elles chantent pour Krishna? Sangita signifie qu’elles chantent en choeur et avec leur coeur…

Le chant du Mangala arati

Ainsi, Sripada Aranya Maharaja a glorifié Srila Bhakti Prajnana Kesava Maharaja à travers le bhajana qu’il a écrit et qu’on chante dès le matin lors du Mangala arati, la première cérémonie d’accueil des Déités, où l’on commence par honorer le maître spirituel (voir livre Sri Gaudiya Giti-Guccha):

«Mangala sri guru gaura, mangala murati...» Tout d’abord, on apprécie combien il est de bon augure de glorifier Sri Guru, puis Sri Gauranga, et enfin Sri Sri Radha-Krishna, le seul trésor de ce monde. On doit se souvenir des pieds pareils au lotus du guru comme serviteur éternel de Radha Krishna.

Yugala piriti, l’amour pour Radha Krishna, le couple divin, est expérimenté par les manjaris seules, les servantes de Srimati Radharani. On retrouve ces mots, Yugala piriti, dans le chant «Gauranga bolite habe» ou encore Yugala kisora dans le chant: «Radha Krsna prana more yugala kisora». Il faut comprendre que bien que servantes de Sri Radha, les manjaris n’adorent pas seulement Radha. Si elles servent aussi Krishna, c’est pour le plaisir de Radha.

Yugala nam, les saints noms du couple divin sont dans le maha mantra. Le chant: «Yasomati nandana vrajabara nagara» est inspirant pour rappeler Radha et Krishna, mais le maha-mantra est complet. Il comprend tous les chants ou mantras.

«Mangala nisanta lila… » signifie la fin de la nuit (nisa =nuit, anta=fin). C’est la fin de la nuit pour Radha et Krsna, mais c’est d’abord la fin de la nuit de l’existence en ce monde matériel. Seul le dévot est éveillé, il a abandonné son sommeil, son ignorance. Il travaille pour plaire à Krishna. Nous avons dormi pendant des millions de vies.

«Mangala arati jage bhakata hridaya…», puisse ce mangala arati s’éveiller dans le coeur du dévot. L’arati, l’adoration de la murti, correspond à la cérémonie de la rencontre du couple divin. Elle a lieu plusieurs fois dans la journée, et pour le sadhaka, l’arati stimule rati, l’amour pour Radha-Krishna.

«Subha drsti kora prabhu… » O Prabhu! Réveille dans mon coeur ce rati qui confère toute bonne fortune … Tous les jivas dorment dans les bras de Maya. «Quand Vous Vous réveillez, tous les jivas se réveillent aussi». Le dévot rasika (qui expérimente le rasa, doux sentiment dévotionnel…) chante avec une autre conscience: «S’il Vous plaît, réveillez en mon coeur l’amour de ce nisanta lila.»

Radha Krishna Se rencontrent à Sanketa. Ils sont réveillés, mais prétendent dormir. Ils ne peuvent tolérer la séparation qui va avoir lieu. Le soleil se lève, Krishna doit retourner à Nandagrama et Radhika à Yavat. Quand Se rencontreront-Ils à nouveau? Qui sait? C’est un moment pathétique. Radhika a fait le plus grand des sacrifices. Elle a quitté Sa demeure et Sa famille la nuit pour le plaisir de Krishna. «S’il Vous plaît, réveillez-Vous et ouvrez Vos jolis yeux pareils au lotus.»

«Mayura sukadi sari kata pikaraja…» Le réveil-matin nous est parfois très désagréable, mais ici, Vrinda Devi a engagé les oiseaux à chanter de douces mélodies afin de sortir Radha et Krishna de Leur sommeil. Cependant, Radhika dit au coucou: «Va faire ton coucou ailleurs!»

«Sumadhura dvani kare…» Sur les branches des arbres, les oiseaux chantent leur douce mélodie matinale qui résonne dans toute la forêt. Ce doux murmure enchante les oreilles de tous. La signification cachée est que les douces conversations entre Radha et Krishna les immergent dans l’océan de prema et enchante les oreilles des manjaris.

«Kusumita sarovare kamala hillola…» Des nombreux lacs, tels Radha Kunda et Syama Kunda, une brise émane, celle de la rencontre de Radha et Krishna.

Seuls ceux qui connaissent le rasa siddhanta peuvent analyser ce que dit Srila Bhakti Prajnana Kesava Maharaja dans ce chant. Il est Vinoda Manjari. Il sert le couple divin avec son maître spirituel, Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura qui est Nayana Manjari, ainsi qu’avec Srila Bhaktivinoda Thakura qui est Kamala Manjari.

«Janjara kamsara ganta…» Les larges cymbales, les gongs, les cloches, les karatalas et le mrdanga jouent le rasa suprême. Il faut comprendre que ce mangala arati est chanté par Srila Bhakti Prajnana Kesava Maharaja dans un sentiment de séparation (vipralambha): «Qui peut sauver ma vie? Seuls Sri Sri Radha Vinoda Bihari ont ce pouvoir. Je suis très infortuné, car j’ai perdu Leur service.»

Cette séparation entraîne la rencontre occasionnée par l’arati, la cérémonie qu’accomplit le pujari, le prêtre officiant.

En chantant: «Mangala arati kabe bhakatera gana…» en compagnie des dévots, la cérémonie de l’arati stimule ces sentiments. Voir les murtis, la beauté de Leur corps, Leur décoration, sentir le parfum de l’encens qui Leur a été offert, voir les flammes des lampes de ghi représentant l’amour qui brûle dans le coeur… Tout cela rappelle le service des manjaris.

Ainsi Sri Kesava Dasa chante les saints noms.

Quand Sri Caitanya m’accordera-t-Il Sa miséricorde?

Sripada Bhaktivedanta Padmanabha Maharaja, disciple de Srila Svami Prabhupada, a reçu l’ordre du renoncement (sannyasa) de Srila Narayana Maharaja. Il intervient de plus en plus dans la prédication. Il a ici développé le chant «Kabe Sri Caitanya more» qui appelle la miséricorde du Seigneur Caitanya en suppliant humblement les Vaisnavas. Il citait Srila Narayana Maharaja, qui demande que l’on sache distinguer les différents niveaux de bhakta afin de progresser spirituellement.

Ce bhajana montre l’attitude du dévot sincère. «Par la grâce du Seigneur, j’obtiendrai la compagnie des vaisnavas et l’ombre de leurs pieds pareils au lotus me protégera du feu brûlant de l’existence matérielle. Quand aurai-je la qualification de pouvoir écouter et comprendre leur message? Seulement lorsque j’aurai abandonné visaya abhiman, la tendance à vouloir me gratifier de toute chose. Par l’oubli de ma relation éternelle avec Lui, je suis devenu compétiteur du Seigneur. Maya m’a recouvert de ces corps grossier et subtil, et je m’identifie, souffrant des conséquences de cette illusion.»

Le Seigneur me maintient

«Par l’association avec des sadhus, je comprends quel est le but de l’existence, je souhaite m’abandonner au Seigneur à travers le processus de Saranagati, qui est la vie et l’âme du dévot:
1. j’accepte tout ce qui est favorable au service de Krishna
2. je rejette ce qui est défavorable
3. j’ai confiance qu’Il me protégera toujours
4. j’ai foi qu’Il pourvoiera à tous mes besoins
5. je m’abandonne totalement à Ses pieds pareils-au-lotus
6. l’humilité est la première nécessité

Pourquoi m’inquiéter puisqu’Il s’occupe de moi et me maintient. Je n’ai personne d’autre vraiment dans ce monde. Sraddha est cette foi ferme que si je m’engage dans le service de dévotion envers Sri Krishna, toute activité ou tout devoir sera automatiquement accompli. Je n’ai simplement qu’à Le servir.»

Jardinier de la dévotion

Lorsque l’on vient aux pieds du maître spirituel, on reçoit la graine (bija) de la plante de la dévotion, bhakti lata bija, et il faut alors en prendre grand soin, en l’arrosant chaque jour par l’écoute du guru et des sadhus de ce qui a trait à Krishna (sravanam), le chant de Ses gloires (kirtanam). Telle est sa nourriture.

Mais lorsqu’on l’arrose, des mauvaises herbes poussent en buvant l’eau qui lui était destinée. Ce sont les anarthas, les obstacles que sont:
1. lobha, le gain matériel produit par la bhakti,
2. puja, le désir d’être honoré par un savoir grandissant,
3. pratistha, la soif d’une position afin d’être reconnu de tous.

Le seul moyen d’être libéré de ces pièges est de prendre constamment refuge dans le maître spirituel qui peut libérer son disciple. En le servant avec attention, écoutant ses instructions et en les imprégnant dans son coeur, le disciple développe peu à peu, comme l’explique le premier verset de Manah Siksa, un attachement profond pour son guru. Une relation d’affection intime s’installe alors (visrambha bhava), c’est la richesse du sadhaka.

Le dévot n’oublie jamais ce verset du Seigneur Brahma à Krishna:

tat’te nukampam su samiksa mano, bhunjana evatma kritam vipakam
hrd vak vapurbhir vidadham namaste, jiveta yo mukti pade sa daya bhak

«Mon cher Seigneur, celui qui attend sincèrement que Tu déverses sur lui Ta grâce, tout en patientant alors qu’il doit souffrir les conséquences de ses activités passées, T’offrant ses respects avec son coeur, ses paroles et son corps, est assuré d’atteindre la libération car c’est son droit le plus légitime.» (SB 10.14.8)

Compte-rendu: Krishna Bhakti Dasi
Correction: Syamananda Dasa