Conférence de Syamarani Dasi, glorifiant la nature transcendantale du maître spirituel et qui a pour but de nous guider vers guru-nistha, une foi ferme dans notre guru.
Govardhana, 28 novembre 2004
Le dernier jour du Vraja Mandala Parikrama, avant que les dévots quittent la Giridhari Gaudiya Matha et prennent le chemin du retour vers leurs pays respectifs, Syamarani discourut sur un thème qu’elle avait qualifié de «très spécial», car de nombreux dévots lui avaient fait part d’une désagréable impression qu’ils avaient.
Syamarani: des dévots m’ont confié: «Gurudeva semble ne pas me voir et me montrer d'attention. Il a pourtant dit que je lui étais très cher, que j'étais son enfant, qu'il était mon bienfaiteur et serait toujours proche, et j'ai réellement ressenti son amour pour moi, sa compassion à un moment très fort, avant, pendant, ou après mon initiation. Mais lorsque je viens de si loin pour le rencontrer, je serais satisfait de voir son affection pour moi se manifester aussi. J'ai envie de lui témoigner ma joie de le retrouver, ma gratitude pour m’avoir amené ici à ses pieds pareils au lotus, dans le dhama de Sri Sri Radha-Krishna, mais je n'ose pas. Peut-être parce qu’il y a beaucoup de monde venu ici pour la même raison. Qu’ai-je de si particulier pour obtenir une attention spéciale?
«Sri Gurudeva ne me parle pas ou même tout simplement ne me regarde pas; sans doute parce que je n'en suis pas digne: je ne le sers pas comme je le devrais, je ne suis pas sincère. Il s'adresse affectueusement à d'autres, aux dévots aînés, aux Indiens, femmes, enfants, nouveaux venus, mais moi je n'existe pas à ses yeux...»
Ces sentiments, nombre de disciples les ont éprouvés et, pour certains, ce fut une véritable épreuve pour leur foi. Je répète ce discours à chaque fois que les dévots viennent me voir, le c¶ur désemparé, avant de devoir retourner à leur vie quotidienne. Car ils espèrent ressentir le soutien et l'inspiration de leur gurudeva, leur meilleur ami, leur gardien et sauveur. En lui ils ont mis leur espoir, leur foi et leur amour.
Srila Gurudeva est notre père spirituel, et comme il le dit lui-même: «Sri Guru est le père et les mantras qu’il donne au disciple sont la mère (la nourriture)». Ce ne sont pas des mots, le mantra lui-même est la manifestation de l’ista-deva, la personne à laquelle s’adresse le mantra (il nourrit notre relation avec notre père et aussi avec Sri Sri Radha-Krishna). Gurudeva dit: «Je n’oublie jamais personne». Si nous avons l’impression qu’il ne nous voit pas, c’est parce que nous n’avons pas la juste vision. Il peut nous voir à chaque instant. Sri Guru est muktada, ce qui signifie qu’il peut parfois sembler tout oublier, être innocent, ignorant, tout comme Krishna enfant. Mais il est également sarvajna, omniscient, il sait tout. Il dit un jour à un disciple: «A quoi bon voir un astrologue qui te prédira ton avenir, je peux voir sur ton front 10 000 de tes vies passées et 10 000 de tes vies futures.» Sri Guru peut quelques fois se comporter comme s’il ignorait qui nous sommes, ce que nous lui avons témoigné auparavant et ce que nous ressentons pour lui. Mais ce n’est qu’une apparence. En fait, son attitude est purement intentionnelle. A un disciple qui écoutait ses enseignements mais dont le c¶ur criait: «J’ai besoin de votre attention, Gurudeva, je me sens si désemparé!», il dit: «Je suis en train de travailler sur toi.» Tout comme Sri Krishna est dans le c¶ur de tous les êtres, Sri Guru, qui est la manifestation de Son énergie de compassion, y est également. Nul ne peut le tromper. Il connaît notre c¶ur, nos intentions, nos activités présentes, passées et futures mieux que nous-mêmes, mais nous n’avons pas foi en cela. Sri Guru connaît tous ses enfants et peut voir quelle est la véritable identité de chacun qui, elle, est au plus profond de son c¶ur, tout comme un jardinier peut reconnaître à une graine l’arbre, la fleur ou le fruit qu’elle produira. Il en va de même pour nous. Sri Guru connaît notre véritable nature, notre âme, notre relation éternelle avec Sri Sri Radha-Krishna, notre forme spirituelle, notre nom, notre service même. Et c’est au moment de l’initiation qu’il plante dans le c¶ur du disciple cette graine, bhakti-lata-bija, la graine de l’arbuste de l’amour divin.
Mais si le potentiel est bien présent dans son c¶ur, le jiva a oublié depuis des temps immémoriaux qu’il est un éternel serviteur de Krishna, c’est pourquoi il est conditionné et souffre. Tant que, par la grâce d’un pur dévot du Seigneur, il n’a pas réalisé sa véritable identité, il s’identifie à d’innombrables expériences jamais pleinement satisfaisantes. Parfois le maître spirituel demande au disciple: «Comment vas-tu?»
Et le disciple répond: «Très bien, Gurudeva.»
- «Vraiment? Tu n’as pas de problème?»
- «Non Gurudeva.»
Le disciple ne montre pas ce qu’il ressent; il ne révèle pas son c¶ur, par timidité, culpabilité ou crainte de déranger son guru; il pense peut-être qu’il ne mérite pas l’attention de son guru. Mais celui-ci n’attend que l’humilité et la sincérité de son disciple, qu’il soit comme un enfant, sans peur et sans a priori. Il attend qu’il lui dise: «S’il vous plaît, sauvez-moi!» Car si le disciple rencontre un problème et n’en informe pas son guru, cela deviendra un obstacle à son progrès, obstacle qui pénétrera subtilement son c¶ur comme la pointe d’une aiguille pour en ressortir finalement avec l’effet d’une bombe atomique.
Sri Guru est une manifestation de Krishna, il a tout pouvoir et toute connaissance. Il connaît notre mental. C’est là aussi la nature du pur vaisnava. Dans le livre Sri Guru-devatatma, qui est un recueil de classes données par Srila Gurudeva traitant de la vérité sur guru-tattva, on comprend que notre première nécessité, la base de notre bhakti, est guru-nistha, la foi ferme en notre maître spirituel. Qui, mieux que lui, peut répondre à tous nos véritables besoins? Guru-devatatma signifie qu’il est comme notre âme, notre vie, notre raison de vivre. C’est lui qui nous relie à Radha-Krishna et qui nous permet de comprendre qui nous sommes réellement et où nous allons. Il révèle au disciple sincère tous les tattvas (les vérités établies par les Ecritures), tous les siddhantas (les conclusions philosophiques concernant la Vérité Absolue) sur le jiva (jiva-tattva), sur l’illusion ou énergie externe de Krishna (maya-tattva), et sur la nature de Dieu, Son caractère, Sa forme, Ses activités transcendantales (krsna-tattva), puis rasa-tattva, radha-tattva, etc...
Qui d’autre que Sri Guru, qui est une manifestation à la fois de Sri Nityananda Prabhu et de Srimati Radharani Elle-même, peut nous révéler tous ces secrets essentiels à notre véritable bonheur? Gurudeva est comme notre vie et notre âme. Lorsqu’il entre dans la pièce où se tient le disciple, celui-ci doit penser: «Mon âme est là». Telle est la définition de guru devatatma.
Gurudeva répète souvent ce verset du Bhakti-rasamrita-sindhu de Srila Rupa Gosvami qui définit la pure bhakti et en est le baromètre:
anyabilasita sunyam
jnana karmadi anvritam
anukulyena krsnanu
silanam bhaktir uttama
«Le bhakta en qui s’est épanoui un service de dévotion de premier ordre ne doit avoir aucun désir matériel, aucun savoir provenant de la philosophie moniste et aucun attachement aux fruits de ses actes. Il doit constamment servir Krishna de façon favorable, comme Celui-ci le désire.» (Bhakti-rasamrita-sindhu 1.1.11)
Gurudeva stipule que ce verset s’applique également au maître spirituel. Les slokas et les mantras sont des clés pour éveiller notre âme, stimuler notre véritable nature et goûter la joie qui est enfouie au plus profond de notre c¶ur. L’un des versets les plus importants sur lequel nous pouvons méditer sans fin est:
krsna bhakti janma mula
haya sadhu-sanga
krsna prema janme
tenho punah mukhya anga
«La compagnie des dévots avancés est à l’origine du service de dévotion offert à Sri Krishna. Même après que l’amour latent pour Krishna se soit éveillé en l’être, la compagnie des dévots reste le principe le plus essentiel.» (Caitanya-caritamrita, Madhya-lila 22.83)
En effet, le Caitanya-caritamrita explique qu’après des millions de vie de sukriti, d’activités pieuses, on obtient sadhu-sanga, la fortune de rencontrer des saints, qui nous indiquent le chemin du monde spirituel. Puis, lorsque nous comprenons l’intérêt de cette grande fortune, nous recherchons alors à nouveau, encore et encore, la compagnie de ces êtres particuliers. Sadhu-sanga est le moyen et le but de notre réalisation spirituelle. Les sadhus nous parlent de Sri Guru, nous éclairent sur les différents tattvas, nous enseignent, procurent joie et vie à notre âme qui, sans leur compagnie et leur service, est pareille à une plante sans eau. C’est pourquoi sadhu-sanga nourrit notre plante de la bhakti. La graine que Srila Gurudeva a planté dans notre c¶ur a soif de l’eau de hari-katha qui coule de la bouche pareille au lotus de Sri Guru et de ses fidèles serviteurs en qui, par pur amour, il a mis tous ses espoirs pour nous sauver. Nous devons toujours penser: «Mon guru peut entrer dans le c¶ur de chacun», comme le dit ce verset qui décrit la miséricorde de Sri Sukadeva Gosvami:
yam pravrajantam anupetam apeta-krtyam
dvaipayano viraha-katara ajuhava
putreti tan-mayataya taravo bhinedus
tan sarva-bhuta-hrdayam munim anato smi
«J’offre mes hommages respectueux au grand sage Sukadeva Gosvami, lui qui peut entrer dans le c¶ur de chacun…» (Srimad-Bhagavatam 1.2.2)
Sri Sukadeva Gosvami, qui a révélé le Srimad-Bhagavatam, n’est autre que le perroquet (sukha) de Srimati Radhika. Il connaît tous les divertissements de Radha-Krishna pour en avoir été témoin. Sukadeva Gosvami répète ce qu’il a vu et entendu de Leurs lilas. Mais les manjaris (dont font partie tous les gurus de notre filiation spirituelle depuis Rupa Gosvami) en savent plus que lui.
Lorsque Sri Radha et Krishna quittèrent ce monde il y a 5000 ans, Sri Radhika demanda à Son perroquet de rester ici afin de parler d’Eux aux âmes souffrantes. Il prit l’apparence de Sukadeva Gosvami et enseigna le Srimad-Bhagavatam. Sukadeva Gosvami peut entrer dans le c¶ur de tous les êtres, ce qui est la nature de Sri Guru. Si on peut révéler notre c¶ur à Gurudeva, on comprendra alors comment lui faire plaisir. Cette énergie d’amour que nous lui offrons stimulera notre désir de mieux le servir et nous donnera l’inspiration vitale à notre bhajana.
Toute prière que nous adressons à Krishna passe par Sri Guru, car il est très cher à Sri Sri Radha-Krishna et connaît parfaitement Leur c¶ur. Dans Sad-anga Saranagati (Sad-anga Saranagati 5), Srila Bhaktivinoda Thakura déclare:
sad-anga saranagati haibe jahara
tahara prarthana sune sri nanda-kumara
Krishna comble les désirs de qui se soumet à Sri Guru. Sri Guru est notre acarya; il est l’exemple de cet abandon et la personnification de la pure miséricorde de Krishna. Un jour, j’ai dit à Gurudeva: «J’ai tellement de service que je n’ai plus le temps de chanter et pleurer. Que dois-je faire?» Gurudeva répondit: «J’ai moi-même aussi beaucoup beaucoup de service, mais j’ai toujours le temps de chanter et pleurer.» Avant, j’avais dans mon c¶ur une forte tendance à critiquer mes frères-en-Dieu d’ISKCON qui n’avaient pas forcément une juste attitude envers Srila Gurudeva. Je suis allée le voir pour qu’il m’aide dans ce sens et il m’a assuré qu’il débarrasserait mon c¶ur de cet obstacle. Je suis repartie apaisée, mais peu après j’ai constaté que ce sentiment désagréable était toujours présent. Je suis retournée le voir et il m’a déclaré: «Je suis dans ton c¶ur en train de balayer, je n’ai pas fini, tu ne me vois pas?» Tout souci doit être révélé sincèrement à Srila Gurudeva et la patience et l’abandon sont nécessaires à la réalisation de notre désir. Srila Gurudeva est dans notre c¶ur. Un disciple demanda un jour: «Pourquoi ne pouvons-nous pas obtenir prema, le but de notre pratique spirituelle, en un instant, plus rapidement?» Un autre dit aussi: «Quand me révélerez-vous ma svarupa (ma forme spirituelle éternelle)?» Et Srila Gurudeva de répondre: «Au moment où ce sera devenu ton unique désir.» Grâce à sadhu-sanga, on se libère de nos anarthas et on développe des désirs bénéfiques à notre progrès, à la culture de notre plante de la bhakti.
Sraddha(la foi) incite à rechercher la compagnie des saints, sadhu-sanga, puis, par cette relation, bhajana kriya (la pratique d'activités dévotionnelles) commence. Alors, nécessairement, les anarthas sont annihilés (anartha-nivritti), ce qui nous conduit à nistha, la foi ferme dans le processus de la bhakti et le maître spirituel, guru-nistha, qui est la fondation de la bhakti. Srila Gurudeva construit notre avidité transcendantale d'en savoir plus, il la développe, nous entraîne. «Le seul prix à payer…, dit Ramananda Raya lorsque Mahaprabhu lui demande quelle est la qualification requise pour réaliser le but de l'existence, est lobha, le désir intense de l'atteindre, quel qu'en soit le prix.»
Le goût supérieur est manifesté à ruci, après nistha. Au moment de l'initiation, quand le maître spirituel plante la graine de la bhakti dans le c¶ur, il injecte une goutte de ce ruci qui nous poussera à aller plus loin. La compréhension que le but de notre existence est le service des pieds pareils au lotus de Srimati Radhika commence à germer véritablement dans le c¶ur. Le détachement des choses de ce monde se fait naturellement et l'attachement à Krishna est profond jusqu'à atteindre un jour rati ou bhava (lorsqu'asakti parvient à pleine maturité), le bonheur de la relation retrouvée avec Sri Sri Radha-Krishna.
Nous pouvons prier à l'aide des chants qui sont dans le livre Sri Gaudiya Giti-guccha, car ils représentent la manifestation des sentiments d'extase de leurs auteurs. Cela nous donnera le désir d’éprouver ces mêmes sentiments et nous purifiera de nos anarthas. Nous pouvons prier chaque jour le maître spirituel afin d’obtenir son aide: «Gurudeva! Kripa-bindu diya... Avec une goutte de ta miséricorde, rends-moi plus humble qu'un brin d'herbe, permets-moi d'honorer tous les êtres avec le respect particulier qui leur est dû, éloigne de moi toute offense, alors je pourrai constamment chanter les saints noms. Je n'ai aucune force, aucune qualité, seule ta grâce me fait exister. Si tu ne me l'accordes pas, je pleurerai sans fin et ne pourrai maintenir ma vie plus longtemps.» Il est impossible de nous libérer de nos anarthas par nos propres efforts. Le disciple, conscient que les pieds de lotus de son guru sont comme un grand feu qui peut tout détruire, doit avoir cette attitude: «Gurudeva, j'offre ces anarthas à tes pieds pareils au lotus».
Le processus de gurupadasraya, le premier des 64 angas (membres) de la bhakti, ne diffère pas de l'objectif qu'il nous propose d'atteindre. Il est la manifestation du désir le plus profond de notre être: «Je veux devenir une servante de Srimati Radharani, radha dasi».
Traduction: Krishna-bhakti Dasi
Saisie: Yamuna Dasi
Correction: Syamananda Dasa