Tridandisvami Sri Srimad Bhaktivedanta Narayana Maharaja
Vrindavana, Inde, 26 février 2004
Dans le quartier de Seva kunja, à quelques maisons de Sri Rupa Sanatana Gaudiya matha, se trouvait un vieux temple où régnait une telle désorganisation que parfois les formes arca de Krishna-Balarama, anciennes de trois cent vingt-deux ans, n’y recevaient pas le service qui leur est dû. Depuis, les dévots qui acceptèrent de s’occuper des murtis et de la propriété ont détruit l’ancien temple pour en rebâtir un nouveau que Srila Trivikrama Maharaja a baptisé du nom de Rupanuga Gaudiya Bhajana-sthali. Au retour de sa tournée mondiale de prédication, c’est ici même que Srila Narayana Maharaja a donné sa première classe, célébrant l’achèvement du nouvel édifice ainsi que la prochaine installation de Sri Sri Radha Lalita Madhava. Voici une traduction de cette classe en Hindi, sur le sujet de «vigraha-tattva».
[Les astérisques *, **, ***, **** et ***** renvoient à la fin du texte]
Ce lieu est très sacré et ancien. Autrefois, Sri Sri Krishna-Balarama y étaient adorés dans un tout petit temple, que l’on appelait simplement temple de Krishna et Balarama. Celui-ci a été reconstruit et porte désormais le très joli nom de Sri Rupanuga Gaudiya Bhajana-sthali.
Lorsque je suis venu ici, au début des travaux il y a quelques années, ce temple était vraiment très petit, de même que l’unique murti qui S’y trouvait. Avec l’aide qu’apportèrent de nombreux dévots, cette matha (temple) est à présent convenablement gérée et peut accueillir une multitude de dévots désireux d’écouter hari-katha.
Ce soir je vais parler de sri-vigraha-tattva. La murti n’est pas en bois, pierre, fer, or, ou constituée d’autres métaux, Elle est réellement le Seigneur Krishna, Balarama, ou Sri Caitanya Mahaprabhu, etc. Certaines personnes prétendent en ces termes que Dieu n’a pas de forme: «Si Dieu possédait un corps, Il devrait également naître et mourir. Mais ce n’est pas le cas. Le Seigneur ne naît ni ne meurt, c’est pourquoi nous n’acceptons pas qu’Il puisse être une personne.» Beaucoup d’autres disent aussi: «Comment cet Etre Suprême qui Se manifeste en tous lieux, qui est sans fin, illimité, présent en chaque être vivant et en chaque atome, pourrait-Il être doté d’une forme? Cela n’est pas possible.»
Les écritures affirment cependant tout autre chose:
aho bhagyam aho bhagyam
nanda-gopa-vrajaukasam
yan-mitram paramanandam
purnam brahma sanatanam
«Bénis par la providence sont Nanda Maharaja, les pâtres et tous les autres habitants de Vrajabhumi! Leur bonne fortune est sans limites, parce que la Vérité Absolue, source de la joie transcendantale, le Brahman Suprême éternel, est devenu leur ami.» (Srimad-Bhagavatam 10.14.32)
Le Seigneur Krishna conseilla Arjuna et accomplit également de nombreux divertissements à Vrindavana: Il possède donc assurément une forme.
Il existe une théorie selon laquelle toute action procède d’une cause, avec inévitablement une raison derrière chaque phénomène visible en ce monde. Krishna est la cause de toutes les causes: sarva karana karanam. Un manguier provient d’une graine, comme nous-mêmes sommes nés de la semence d’un père, déposée dans le ventre de notre mère. Il y a une cause à l’origine de l’existence des entités vivantes, et cette cause est nécessairement une énergie active. Si la graine du manguier ne recélait pas une telle force, un tel pouvoir, comment pourrait-elle produire l’arbre correspondant? Et c’est précisément un manguier qui poussera de cette graine, pas un jaquier. Pareillement, une graine de «neem» donnera l’arbre du même nom.
Les sastras enseignent que le Seigneur Krishna est la cause de l’existence et de la destruction de tous les êtres.
yato va imani bhutani jayante
yena jatani jivanti
yat prayanty abhisamvisanti
tad vijijnasasva tad brahmeti
«Toute cette manifestation cosmique est rendue possible par la Vérité Absolue, Dieu la Personne Suprême.» (Taittiriya Upanisad 3.1.1) *
On nomme Brahman, Celui qui est l’origine de ce monde, à travers Qui il est entièrement manifesté et en Qui il se résorbe enfin. Si même le Coran des musulmans et la Bible des chrétiens affirment: «Dieu a créé l’homme à Son image.», que dire alors de nos écritures védiques? Dieu a conçu notre forme semblable à la Sienne. Les êtres vivants ont le même aspect que Lui. Toutes les écritures déclarent que la totalité des formes émane du Brahman. Si l’on soutient que Celui-ci est privé de forme, d’où viennent alors toutes les autres?
On doit aussi considérer un autre aspect de la question. Certains, comme les Bouddhistes et les Sankarites, proclament que le monde provient du néant et qu’il y retournera à nouveau. Il n’aurait pas non plus de réelle existence: il était, il est et sera toujours faux. Mais les Vedas affirment:
om purnam adah purnam idam
purnat purnam udacyate
purnasya purnam adaya
purnam evavasisyate
«Dieu la Personne Suprême est parfait et complet, et Sa perfection étant totale, tout ce qui émane de Lui, comme le monde phénoménal constitue également une totalité complète en elle-même. Tout ce qui provient du Tout est un tout en soi, et parce que Dieu est le Tout complet, Il demeure entier, bien que d’innombrables unités, complètes elles aussi, émanent de Lui.» (Sri Isopanisad – Invocation)
Le Seigneur est complet. Toutes les incarnations du Seigneur sont complètes, de même que leur source. Le monde entier émane de son origine totale et suprême: Sri Krishna. Pouvez-vous créer quelque chose à partir de rien? Toute chose créée l’est nécessairement à partir d’éléments préexistants. Comment le monde pourrait-il provenir du néant? La théorie évolutionniste occidentale qui prétend que les poissons furent les premières espèces à apparaître sur terre, suivies des tortues, puis des reptiles, des animaux supérieurs, des singes, des gorilles et enfin des êtres humains, est totalement fausse. Pour reprendre les termes de Paramapujyapada Srila Bhaktivedanta Svami, elle a été concoctée par des «individus malhonnêtes».
Les êtres humains (manava) descendent de Manu, lequel fut engendré par le Seigneur Brahma. Ils furent la première espèce manifestée. Toutes les formes de vie, y compris toutes les variétés d’arbres, sont apparues simultanément. La théorie de Darwin est absolument erronée et y adhérer conduit logiquement à penser qu’une autre espèce serait apparue après les êtres humains. Or ce ne fut pas le cas, pourquoi? Il n’y a ni vérité ni pertinence dans une telle hypothèse.
La forme du Seigneur, que certains désignent du terme de statue, porte le nom de vigraha. «Vi » veut dire spéciale et «grahan» signifie que Dieu a emprunté cette forme par laquelle Il accepte tout ce que nous Lui offrons. Il agrée notre bhakti et la forme qu’Il revêt, c’est pourquoi Il est appelé vigraha: Celui qui a assumé une forme particulière. Dans le Vedanta-sutra, les termes: «Pratikena na hi sa» signifient qu’il s’agit de Dieu en personne. «Pratikena» se traduit par comme une statue, «na» veut dire pas (ce n’est pas une statue), et «sa hi» précise qu’Il est incontestablement le Seigneur Lui-même.
Dieu possède une forme mais nous ne pouvons Le voir. Le beurre se trouve concentré dans le lait, mais il n’est pas directement visible. Ce n’est qu’en barattant puis en chauffant le lait qu’il apparaîtra. De la même manière et parce que Dieu est sat-cit-ananda vigraha (doté d’une forme transcendantale), nous ne pouvons Le voir en ce monde avec nos sens matériels, sauf si nous Lui vouons notre adoration. Sans les qualifications requises, comment pourrions-nous Le voir? L’histoire en apporte très clairement la preuve puisque les Vrajavasis, et même Duryodhana qui n’était pas un dévot, voyaient Krishna. De très nombreuses personnes purent voir le Seigneur Krishna lorsqu’Il était présent sur terre.
Comme Sri Naradaji, Dhruva Maharaja contempla le Seigneur Narayana, doté de quatre bras, portant la conque, le disque, la fleur de lotus et la masse. Et par l’intensité de son adoration, Sri Prahlada Maharaja vit le Seigneur Nrishimhadeva.
Même si, par différents accessoires, l’on voue un culte au Seigneur au travers des sens matériels, ceux-ci deviendront graduellement tadatma (qualitativement semblables aux sens internes spirituels) et l’on sera capable de Le voir et Le rencontrer.
Tout cela est démontré, et les faits suivants prouvent encore que la Divinité n’est pas un morceau de pierre, de bois ou de métal. La murti de Saksi-gopal a marché de Vrindavana jusqu’à Vidyanagara ** où Pujyapada Bhaktivaibhava Puri Maharaja a établi sa matha: Raja Mahandri. Plus tard, toujours dans Sa forme arca, le Seigneur Se rendit à Kataka (Cuttack) et enfin à Jagannatha Puri où Il fut installé et adoré depuis dans le temple qui porte Son nom.***
tanra bhakti-vase gopala tanre ajna dila
gopala la-iya sei katake aila
«Lorsque le roi L’implora de venir en son royaume, Gopala qui Se sentait redevable envers lui pour son service dévoué, accepta sa requête. Ainsi le roi emmena-t-il la murti Gopala et retourna à Kataka.» (Sri Caitanya Caritamrita Madhya 5.123)
Cette forme est-elle en bois ou en pierre? Une pierre ou un morceau de bois peuvent-ils marcher? Saksi Gopala marcha plus de mille kilomètres, traversant les montagnes et les rivières en jouant de Sa flûte.
Jagannathaji et Baladevaji allèrent combattre pour le roi Purusottama Jana, le père du roi Prataparudra.**** Sont-ils des statues? Non, Ils sont le Seigneur en personne. Les considérer comme des statues est une grossière erreur.
Lorsque la murti de Saksi-Gopal était à Kataka, l’épouse du roi Purusottama Jana la contemplait en se disant: «S’Il avait une narine percée, je Lui offrirais un très beau bijou.» La nuit même, Saksi-Gopal lui parla en rêve: «J’ai bien une narine percée, tu peux y placer ton bijou comme tu l’as désiré.» Au matin, le roi et la reine constatèrent que la murti avait effectivement un trou à la narine.***** Si la Divinité avait été en pierre, aurait-Elle pu accomplir de tels divertissements? Elle n’est assurément ni en pierre ni en bois.
Lorsque Srila Sanatana Gosvami habitait sur les bords de la Yamuna à Vrindavana, il se rendait régulièrement à Govardhana pour y accomplir un parikrama de vingt-deux kilomètres et demi, après quoi il allait à Mathura pour demander biksa (la charité) chez les brahmanas vaisnavas, puis il retournait à Vrindavana. C’était là sa routine quotidienne. Un jour, à Mathura, il vit la murti de Sri Madana-mohanji en train de jouer avec un garçon à un jeu traditionnel à deux bâtons (gilidanda). La mère du garçon étant de basse condition, Srila Sanatana Gosvami se mit à réfléchir: «Thakurji (le Seigneur) joue avec l’enfant de cette femme!» Il s’assit, stupéfait. Lorsque Krishna remporta la partie et demanda à l’enfant de Le porter sur son dos, celui-ci s’exécuta. Puis, l’enfant ayant gagné à son tour, ce fut à Krishna de le porter, mais Il reprit Sa forme arca et retourna sur Son trône. L’enfant Lui lança alors: «La prochaine fois ne viens pas jouer avec moi. Ne t’approche même pas de moi. Demain, lorsque tu viendras, avec qui joueras-tu?» La murti demanda à Srila Sanatana Gosvami: «S’il te plait, emmène-moi avec toi à Vrindavana et sers Moi.» Srila Sanatana Gosvami répondit: «Je ne possède rien et ne me nourris que de chapatis (crêpes à la farine de blé) secs et sans sel. Si Tu veux bien accepter cela, c’est tout ce que je puis T’offrir.»
Sri Krishna est le fils de Nanda Baba, lequel possède neuf cent mille vaches. Non seulement Il est naturellement nourri chez Lui, mais Il chaparde aussi le beurre dans les maisons voisines. Il Se multiplie, de plus, en millions de veaux et de gopas qui se régalent somptueusement. Cependant, Son ventre n’est jamais rempli! Srila Sanatana Gosvami n’offrait à Sri Madana mohana que des aliments sans sel, c’est pourquoi la murti lui demanda: «Donne-Moi au moins un peu de sel. Je ne peux avaler cette nourriture desséchée. Srila Sanatana Gosvami s’exclama: «Que puis-je y faire? Peux-Tu m’aider?» Le Seigneur répondit: «Oui, Je M’en occuperai.» Et il le fit.
Les formes arca telles que Sri Madana mohana et Sri Govindaji ne sont pas des statues, mais bien Sri Krishna Lui-même, dans Sa forme (vigraha) sac-cid-ananda.
isvarah paramah krishnah
sac-cid-ananda-vigrahah
anadir adir govinda
sarva-karana-karanam
«Krishna, également dénommé Govinda, est la Divinité Suprême. Il possède un corps spirituel éternel. Il est la racine et le fondement de toute chose. Sans autre origine que Lui-même, Il est la cause première de toutes les causes.» (Brahma-samhita 5.1)
Il est la cause de toutes les causes.
Ces éléments illustrent bien la façon dont la Divinité réciproque avec Ses dévots. En L’adorant, Elle nous donne Son darsana (vision), satisfait nos désirs et ambitions et nous accorde même de pouvoir entrer à Vraja.
Gaura premanande!
Notes:
* «Les hymnes védiques confirment qu’Il est l’origine et le refuge de toutes les entités vivantes. Après la création, tout repose sur Sa toute-puissance et, au moment de l’annihilation, tout repose à nouveau en Lui.» (Teneur et portée du verset par Srila Bhaktivedanta Svami Prabhupada)
** Srila Prabhupada écrit dans sa traduction du Sri Caitanya-caritamrita, Madhya-lila: «Srila Bhaktivinoda Thakura donne ce résumé du cinquième chapitre dans son Amrita-pravaha-bhasya: Il y avait une fois un jeune et un vieux brahmanas, qui demeuraient à Vidyanagara. Après avoir visité de nombreux lieux de pèlerinage, les deux hommes arrivèrent finalement à Vrindavana. Le brahmana aîné, étant très satisfait du service du plus jeune, voulut lui offrir en mariage sa fille cadette, aussi exprima-t-il ce désir à Vrindavana, devant la murti de Gopal qui devint ainsi témoin de cette promesse. Lorsque les deux pèlerins rentrèrent à Vidyanagara, le jeune évoqua la promesse de mariage, mais le plus âgé qui avait été influencé par ses amis et sa femme, répondit qu’il ne s’en souvenait pas. A cause de cela, le jeune brahmana retourna à Vrindavana et raconta toute l’histoire à Gopalji qui, Se sentant redevable envers le jeune homme pour son service de dévotion, l’accompagna dans le Sud de l’Inde. Il marchait derrière, et le jeune brahmana pouvait entendre le son de Ses clochettes. Dès que tous les notables de Vidyanagara se furent rassemblés, Gopalji témoigna de la promesse du vieux brahmana et le mariage put être célébré. Plus tard, le roi de ce pays éleva un merveilleux temple pour Gopal.»
*** «Le temple de Saksi-gopal est situé entre les gares ferroviaires de Bhuvanesvara et Jagannatha Puri. La murti n’est plus à Kataka, mais lorsque Nityananda y vint, Elle s’y trouvait encore. Quand Saksi-gopala fut amené de Vidyanagara dans le sud de l’Inde, Il séjourna quelque temps à Kataka, cette ville d’Orissa située au bord de la rivière Mahanadi. Un peu plus tard, Il fut placé dans le temple de Jagannatha, où il semble qu’il y ait eu un désaccord, une querelle d’amour (prema-kalaha), entre Jagannatha et Lui. Afin de mettre un terme à ce différend, le roi d’Orissa fit construire un village à environ dix-huit kilomètres de Jagannatha Puri. Le village fut baptisé Satyavadi et Gopala y demeura, puis un temple y fut édifié. A présent il s’y trouve une gare appelée Saksi-gopal et l’on peut aller à Satyavadi pour contempler Gopal le témoin.» (Caitanya-caritamrita, Madhya-lila 5.9, teneur et portée de A.C. Bhaktivedanta Svami Prabhupada)
**** «Lorsque Purusottama Jana (également connu sous le nom de Purusottama-deva) conclut un accord avec le roi de Vidyanagara du sud de l’Inde en vue d’épouser sa fille, il avait à peu près vingt-quatre ans, était très beau et fort. Il avait dépêché des messagers auprès du roi à maintes reprises et celui-ci lui fit savoir qu’il viendrait le rencontrer en personne mais sans préciser quand. Le roi de Vidyanagara partit un jour, sans prévenir, afin de constater de ses propres yeux si Purusottama Jana était vraiment aussi beau, riche et puissant qu’on le disait. Il emmena toute sa famille pour s’assurer que les termes du mariage conviendraient à tous.
C’était, heureusement ou malheureusement, le premier jour du festival des chars et le roi Purusottama Jana, habillé en balayeur, nettoyait la route devant Jagannatha-deva. Voyant cela, le roi de Vidyanagara fut très contrarié et éprouva quelque dégoût à l’égard de Purusottama Jana dont il apprécia la beauté et la jeunesse, mais qu’il considéra comme un simple balayeur. Il se dit: «S’il a prétendument tant de richesses et de mérite, pourquoi balaye-t-il? Je voulais lui donner ma fille en mariage, mais il n’en est pas digne. Il balaye comme un éboueur. Je ne peux offrir ma fille à un tel homme.» Ces pensées en tête, il retourna chez lui et annula le mariage.
Peu après la fin du festival, Purusottama Jana se souvint du contrat passé avec le roi de Vidyanagara et se demanda ce qui se passait. Il s’enquit auprès de ses conseillers: «Ce roi voulait m’accorder la main de sa fille, mais il ne m’a pas donné de nouvelles depuis longtemps. Pourquoi?» Ses conseillers l’avisèrent: «Il vous a vu en train de balayer le jour du festival du Ratha yatra et il a pensé que vous n’étiez qu’un simple balayeur. Aussi ne désire-t-il plus vous donner sa fille en mariage.»
A ces mots, Purusottama Jana se mit en colère et s’écria: «Je dois envahir son royaume!» En pensée, il dit au roi: «Tu ne connais pas les gloires de mon Jagannatha-deva!» Il rassembla tous ses soldats et son état-major, déclara la guerre au roi et engagea sur ses terres une bataille féroce.
Ganesha, que le roi de Vidyanagara adorait, et qui lui accordait par conséquent ses faveurs, affronta et écrasa l’armée de Purusottama Jana dont les soldats, extrêmement accablés, retournèrent à Puri, les mains vides. Purusottama Jana se rendit au temple et s’adressa en larmes au Seigneur Jagannatha: «O Seigneur, je suis Ton serviteur. Ce puissant roi m’a traité de simple balayeur attaché à Ton service et il a refusé de me donner sa fille en mariage. S’il Te plait, aide-moi, je balayais pour Toi. Je pensais que Tu serais toujours à mes côtés pour me protéger, mais il m’a vaincu. Je suis Ton serviteur, pourquoi ne m’as-Tu pas soutenu? J’ai été défait parce que Ganesha lui a apporté son concours. J’ai pensé à Toi, mais Tu ne m’as pas secouru. A présent, le monde entier va penser: «Jagannatha n’a aucun pouvoir et c’est pourquoi il en est de même de Son dévot. Jagannatha est totalement faible et insignifiant.» J’ai honte à en mourir. Je ne vais plus ni manger ni boire jusqu’à me laisser dépérir ici même, devant Toi, dans Ton temple.»
Cette même nuit, le roi Purusottama Jana fit un rêve dans lequel Jagannatha-deva lui annonçait: «Essaie encore. La dernière fois tu es parti en guerre sans me prévenir, c’est pourquoi Je ne t’ai pas apporté Mon aide. Je te l’accorde à présent. Remets ton armée en marche. N’aie nulle crainte, envahis à nouveau le royaume de Vidyanagara. Baladeva et Moi-même Nous y rendrons personnellement, tu en seras averti. Tu pourras vaincre ce roi, ainsi que Ganesha et tous ceux qui sont de leur côté.»
Très heureux de cette nouvelle, Purusottama Jana s’apprêta à retourner à la guerre en rassemblant, le jour suivant, plus de soldats et de généraux encore, qui marchèrent rapidement sur Vidyanagara.
Pendant ce temps, Jagannatha et Baladeva enfourchaient de puissants et magnifiques chevaux: blanc, celui de Balarama, et roux, celui de Krishna. Les deux frères, l’un noir et l’autre blanc, tous deux âgés de seize ans, étaient très forts et très beaux. Voulant assurer Purusottama qu’Ils allaient combattre à ses côtés, Ils partirent devant. Loin de Puri, Ils atteignirent, près de Chilka, le village d’Alalanatha, situé au bord d’un très beau et grand lac. Là, Krishna et Baladeva rencontrèrent une vieille laitière qui portait sur sa tête un grand pot de babeurre. C’était une très chaude journée d’été, aussi Jagannath et Baladeva lui dirent-Ils: «Mère, pouvez-vous nous donner de ce lait caillé? Nous avons très soif.»
«Etes-vous en mesure de me payer?» leur demanda la laitière. «Je vous donnerai du petit-lait si vous me payez.» Krishna et Baladeva répondirent: «Nous ne pouvons pas te payer. Nous sommes des soldats du roi et sommes en route pour aller nous battre. Notre roi est à l’arrière et il te paiera lorsqu’il arrivera ici. Tu pourras lui dire: «Vos deux soldats sont déjà passés, l’un noir, l’autre blanc. Ils chevauchaient leurs montures et portaient leurs épées ainsi que d’autres armes.» Elle demanda: «Comment saura-t-il que vous êtes bien ses soldats? Et que ce sont ses propres soldats qui ont bu ce petit-lait?
Ils répondirent: «Nous allons te laisser en gage un objet que tu pourras montrer au roi afin d’être payée.»
La villageoise leur tendit le récipient de babeurre qu’Ils burent à entière satiété. Puis, Ils lui remirent leurs splendides bagues en disant: «Donne ces anneaux au roi en lui précisant bien: «Ceux qui m’ont laissé ces anneaux vous précèdent et m’ont assurée que vous paieriez pour le petit-lait qu’ils ont bu.» Les garçons reprirent alors joyeusement leur chemin.
La marchande de lait attendit longtemps, puis finalement le roi arriva avec son immense armée de centaines de milliers de soldats. La vieille femme demanda: «Où est le roi? Où est le roi?» Les soldats lui ayant indiqué où il se trouvait, elle s’approcha et lui dit: «Deux de vos cavaliers sont venus, tous deux très jeunes, beaux et forts. Ils ont vidé tout mon pot de lait caillé et m’ont affirmé que le roi règlerait leur dû. Vous devez donc me payer.» Le roi répondit: «Je ne peux croire qu’il s’agisse de mes soldats, tous sont ici avec moi, personne n’est parti devant et nous sommes les premiers à passer par ici.» Devant son insistance, il lui demanda alors: «As-tu une preuve de ce que tu avances?» «Oui, dit-elle, j’en ai une.»
La laitière montra au roi les deux anneaux, sur lesquels il lut les noms: Jagannatha Simha et Baladeva Simha (simha signifie lion). Heureux et encouragé par ce signe, Purusottama Jana pensa: «Ce sont les anneaux que j’ai fait tailler par le bijoutier, ceux-là même que j’ai offerts à Jagannatha et Baladeva. Ils ont agi ainsi afin que je sache qu’Ils sont à mes côtés. Cette fois-ci, je serai sans aucun doute vainqueur.» Puis il offrit à la vieille femme une partie de son royaume: un grand domaine, en lui disant: «Prends cette terre et qu’elle nourrisse ta famille sur de nombreuses générations.» Les descendants de cette femme vivent encore aujourd’hui sur cette propriété.
Purusottama Jana envahit alors le royaume de son ennemi et écrasa toute son armée. Il emmena de force la princesse et la jeta en prison, ainsi que tous les conseillers du roi. Il s’empara également du trône d’or du roi de Vidyanagara ainsi que de sa murti, Bhanda (tricheur) Ganesha. Celui-ci s’étant battu aux côtés du roi ennemi, Krishna et Baladeva le firent prisonnier en décrétant: «Voici Ganesha le tricheur.» Sachant très bien que Krishna est Dieu la Personne Suprême, Ganesha s’était cependant rangé du mauvais côté, raison pour laquelle Krishna et Balarama le surnommèrent ainsi. Peu après avoir capturé le roi adverse, Purusottama Jana, le relâcha avec clémence en lui annonçant qu’il ne le tuerait pas. La conquête de Vidyanagara étant achevée, il demanda à la murti de Saksi-gopala, le témoin du jeune brahmana, la permission de L’emmener à Kataka. Furent également du voyage, les grandes et très belles murtis de Radha-kanta qui se trouvent toujours à la matha de Sri Radha-kanta à Jagannatha Puri, près du Gambira où vécut Caitanya Mahaprabhu. Quant à Bhanda Ganesha, le roi le conduisit à Puri. (tiré de: «L’origine du Ratha-yatra» de Srila Bhaktivedanta Narayana Maharaja)
***** Lorsque la forme arca de Gopala fut installée à Kataka, l’épouse du roi Purusottama-deva vint La contempler et lui offrit, avec beaucoup de dévotion, toutes sortes de bijoux. La reine portait à une narine une perle de très grande valeur qu’elle souhaita offrir à Gopala. Elle pensa: «Si la murti avait la narine percée, je pourrais y introduire cette perle.» Puis elle offrit son hommage à Gopala et retourna dans son palais. Durant son sommeil, elle rêva que Gopala lui parlait: «Lorsque J’étais enfant, Ma mère Me poinçonna une narine pour y poser, non sans mal, une perle. Le trou est encore là, tu peux donc y placer le bijou que tu désires M’offrir.»
La reine expliqua son rêve à son époux et tous deux se rendirent au temple avec la perle. Constatant que la narine de Thakurji (le Seigneur) était effectivement percée, ils y fixèrent le bijou puis organisèrent un somptueux festival.
Depuis cette époque, Gopala est resté dans la ville de Kataka (Cuttack) sous le nom de Saksi-gopala.
C’est ainsi que Sri Caitanya Mahaprabhu et Ses plus proches dévots entendirent le récit des divertissements de Gopala et en éprouvèrent grande joie.
Un jour, alors que Sri Caitanya Mahaprabhu était assis devant Gopala Thakurji, tous les dévots purent observer qu’Ils avaient tous deux la même forme. Ils possédaient la même couleur de peau, la même taille immense, portaient des vêtements couleur safran, et paraissaient tous deux très graves. Les dévots constatèrent que le Seigneur Caitanya Mahaprabhu et Gopala resplendissaient littéralement et que Leurs yeux ressemblaient à des lotus. Egalement absorbés dans Leur extase, Leurs visages étaient semblables à la pleine lune.
Lorsque Nityananda vit la murti de Gopala et Sri Caitanya Mahaprabhu de la sorte, Il commença à échanger Ses observations avec les dévots, tous souriants.» (Caitanya Caritamrita, Madhya-lila 5.125-138)
Traduction : Narayani Devi Dasi
Correction : Devaprastha Dasa