Compte-rendu du 27 octobre au 28 novembre 2004
Ce qui suit est un compte-rendu du pèlerinage de Sri Vrindavana-dhama 2004, en la compagnie de Srila Bhaktivedanta Narayana Maharaja.
Voici comme introduction les paroles d’un de ses disciples sannyasis, Sripad Bhaktivedanta Sajjana Maharaja, qui avait reçu l’initiation disksa de Srila Bhaktivedanta Svami Prabhupada pour lequel il a beaucoup distribué de livres aux Etats-Unis en particulier. Sur la demande de Srila Narayana Maharaja, il commence maintenant à prêcher dans le monde entier:
«Les acaryas sont très chers à Krishna parce qu’ils sont toujours absorbés dans son service. Marcher sur leurs traces est notre plus grande richesse. Nous pouvons recevoir ce message de notre gurudeva lors de ce parikrama, le garder dans notre cœur, bien protégé, bien enfermé, comme au Gambhira, le lieu de bhajana de Mahaprabhu à Puri, et par la miséricorde de Nityananda, nous pourrons le transmettre aux autres, leur donnant ainsi l’opportunité d’entrer en contact avec la pure bhakti à travers sadhu-sanga.»
Sous l’égide de Srila Narayana Maharaja, le pèlerinage aux lieux de naissance et de divertissements sur terre de Sri Krishna, Sri Vrindavana-dhama, s’est déroulé dans les conditions les plus favorables à l’éveil des sentiments dévotionnels des quelque mille dévots venus du monde entier y participer.
Pour le plaisir de Kartika (un autre nom de Srimati Radharani), et comme chaque année pour ce mois de Kartika, encore appelé mois de Damodara, le chant Damodarastakam a baigné chaque journée de sa douceur, incitant le dévot, durant cette période des plus propices, à prier pour ne pas rechercher l’affranchissement des souffrances de ce monde, mais pour qu’apparaisse constamment en son cœur le visage délicieux du Seigneur dans Sa forme de Gopala, le charmant petit pâtre de Vrindavana… Comme il est doux de contempler Sa beauté, les boucles de Ses cheveux entourant Son visage, Ses divertissements d’enfance qui fascinent les habitants de Vrindavana, Lui, le Seigneur Suprême, dans Sa forme de petit enfant, soulageant Ses dévots de la seule véritable souffrance: celle d’être séparé de Lui.
Sri Bhajana-rahasya, support de la sadhana
Srila Gurudeva continua de glorifier Sri Bhajana-rahasya et à mettre l’accent sur le but de la pratique dévotionnelle du vaisnava: atteindre radha-dasya, le service de Srimati Radhika. Marchant sur les traces des pieds de lotus des sages qui parcourent Vrindavana avec ces sentiments dans leur cœur, les pèlerins, encore venus très nombreux cette année, suivirent Srila Narayana Maharaja en priant pour recevoir sa miséricorde et celle de tous les acaryas, et la grâce du lieu saint de Vraja Mandala où Se divertit éternellement le Couple Divin.
Les chants dévotionnels entonnés tout au long du parikrama sont des prières nées de la félicité de leurs auteurs, tels Srila Bhaktivinoda Thakura, Srila Narottama Dasa Thakura, Srila Rupa Gosvami, Srila Raghunatha Dasa Gosvami. Ils sont une source d’inspiration éveillant peu à peu l’amour latent en chacun. En les chantant régulièrement, tout en implorant leur auteur de pouvoir savourer un jour les mêmes sentiments, le sadhaka nourrit la plante de Sa dévotion.
Srila Narayana Maharaja, représentant Srila Bhaktivedanta Prabhupada et les acaryas précédents, et désirant toujours les servir, guide depuis plus de cinquante ans le parikrama de Vraja Mandala et celui de Navadvipa. Il a pour seule motivation de répandre sur tous la compassion la plus pure et de permettre aux dévots d’atteindre le but ultime de l’existence, la miséricorde immotivée de Sri Caitanya Mahaprabhu, et réaliser Son message suprême, unnattojvala-rasa sva-bhakti-sriyam, le joyau du service d’amour de Sri Radha, tel que l’enseigne Srila Rupa Gosvami.
Il voulut cette fois faire une synthèse de l’ensemble des enseignements essentiels qu’il a délivrés ces dernières années, espérant que ses ouvrages soient lus et étudiés progressivement et avec attention: Bhagavad-gita, Srimad-Bhagavatam, Upadesamrita, Manah-siksa, Jaiva-dharma, Brhad-bhagavatamrita, et plus particulièrement Sri Bhajana-rahasya, les secrets du bhajana, de Srila Bhaktivinoda Thakura.
Rappel: la priorité - nistha
Le chant du maha-mantra Hare Krishna, que glorifie le Sri Siksastakam, est le but et le moyen d’accéder à la perfection, à condition que le sadhaka prenne refuge du maître spirituel et suive ses instructions.
Rappelant que Sri Bhajana-rahasya est une élaboration des enseignements du Seigneur Caitanya résumés dans Son Sri Siksastakam, et qu’il décrit parallèlement les huit étapes progressives du bhajana depuis sraddha jusqu’au pur amour de Radha-Krishna, Srila Maharaja cita les mantras qui servent de support à la méditation sur le but de la sadhana; celle-ci vise à atteindre tout d’abord nistha, une foi ferme dans les Ecritures, le maître spirituel et les vaisnavas, le chant des saints noms et la pratique dévotionnelle enseignée originellement par Srila Vyasadeva, qui a manifesté le joyau sans pareil du Srimad-Bhagavatam.
En effet, nul autre texte sacré ne décrit les gloires de l’Etre Suprême, de Sa forme, de Ses saints noms et de Ses divertissements merveilleux, de Sa demeure, le monde spirituel, ainsi que l’amour qu’Il échange avec Ses compagnons éternels et tous les êtres de Sa création. Le sadhaka sincère aspire constamment à savourer ces échanges d’amour et à réaliser la présence et le service éternel de Sri Sri Radha-Krishna dans son cœur. Ainsi, sa foi initiale, sraddha, acquise par ses activités pieuses passées et par la grâce des sadhus, est nourrie par leur compagnie, l’écoute de leurs descriptions des gloires de Krishna, de même que divers services qui peuvent leur être offerts en fonction de leurs besoins. Bhajana-kriya commence par l’effort d’une pratique régulière conduisant à purifier le cœur de ses conceptions et attachements matériels faisant obstacle au service d’amour pur. La purification de ces anarthas (anartha-nivritti) conduira à atteindre nistha, la foi ferme. Cependant la nistha du vaisnava n’est que la première étape de sa quête, car il aspire à goûter l’amour qu’expérimentent tout particulièrement les compagnons éternels de Sri Sri Radha et Krishna. C’est à cette seule fin que le sadhaka se rend à Vrindavana-dhama, la demeure sacrée de Krishna sur terre, où il y suit l’exemple du maître spirituel et des sadhus, étudie les Ecritures et chante Hare Krishna en suivant leurs conseils.
Goloka-dhama est descendu du monde spirituel pour aider les êtres à retrouver leur nature originelle de serviteur du Couple Divin. Cette foi ferme, nistha, s’accompagne de la réalisation du troisième verset du Siksastakam, trnad api sunicena. Le sadhaka peut alors chanter constamment les saints noms, car il tolère les adversités de l’existence en toute humilité, offrant ses respects à tous, sans rechercher la gloire personnelle.La prière à Srimati Radhika: «Ha devi kaku bhara gadgadayadya vaca»
Après avoir atteint nistha, et en particulier guru-nistha, une foi ferme dans le maître spirituel, qui connaît parfaitement le cœur de ses disciples, le sadhaka commence à savourer réellement la pratique du service de dévotion pour Sri Krishna et les vaisnavas (ruci). Il n’a alors plus aucun désir matériel grossier et n’a plus qu’un seul objectif, parfaire sa bhakti. Continuant humblement à rechercher la grâce des vaisnavas et s’efforçant d’éviter les offenses, il progresse rapidement vers la cinquième étape. A ce stade nommé asakti, il se détache naturellement des plaisirs matériels pour ne plus s’attacher qu’au service de dévotion du Couple Divin, et plus particulièrement de Sri Radha.
Chaque verset du Siksastakam correspond à l’une des huit divisions de la journée des divertissements de Sri Sri Radha et Krishna. Le sadhaka méditera sur le Siksastakam en fonction de sa purification et chacun des huit versets apparaîtra dans son cœur selon sa réalisation. C’est à partir d’asakti qu’il aura la possibilité de voir Krishna apparaître devant lui et que le maître spirituel lui permettra de connaître sa propre forme spirituelle.
Srila Maharaja cite ici une prière que Srila Rupa Gosvami offre à Srimati Radhika et qui peut se manifester dans le cœur du sadhaka lorsqu’il atteint asakti:
ha devi kaku bhara gadgadayadya vaca
yace nipatya bhuvi dandavad udbhatartih
asya prasadam abudhasya janasya krtva
gandharvike nija gane gananam vidhehi
«O Devi Gandharvike, je souffre terriblement, c’est pourquoi aujourd’hui je me jette à Tes pieds en T’offrant mes hommages et T’implore humblement avec une voix brisée par l’émotion: ‘Je T’en prie, sois miséricordieuse envers moi et accepte-moi comme l’une de Tes servantes.’» (Sri Gandharva Samprarthanastakam 2)
Bien qu’il soit un compagnon intime de Caitanya Mahaprabhu, dans son extrême humilité, caractéristique d’un pur dévot, Rupa Gosvami se considère comme un «ajata rati sadhaka», un dévot n’ayant pas atteint rati ou bhava. L’enthousiasme doit toujours être accompagné de cette humilité. Ils sont complémentaires. Un symptôme de dainya est qu’une personne qui possède d’excellentes qualités se considère néanmoins très déchue. L’humilité authentique se manifeste lorsque le cœur est libre de toute duplicité, c'est-à-dire lorsque les activités extérieures sont en parfait accord avec les réalisations du cœur. Cela se traduit généralement par l’aptitude à offrir ses respects à tous sans rien attendre en retour.
La qualification pour entrer dans la raganuga-bhakti, la pratique du service de dévotion spontané, est l’avidité constante d’atteindre les sentiments des habitants de Vrindavana.
«Kaku bhara» signifie que le cœur fond. «Devi… Gandharvike» exprime la fortune de Sri Radha, Sa beauté, Sa douceur, Sa maîtrise parfaite des diverses formes d’art destinées à enchanter le mental de Krishna.
Le sadhaka aspire au jour où il pourra servir Sri Radha. Un semblant de rati commence alors à apparaître, de même que le souvenir des asta-kala-lilas, les huit divertissements quotidiens de Krishna.
L’après-midi, comme l’explique le Govinda-lilamrita de Srila Krishnadasa Kaviraja Gosvami, Krishna, accompagné des gopas, ramène les vaches à Nandagrama. A Yavat, Radharani, qui S’est baignée et décorée pour le plaisir de Son bien-aimé, prépare diverses sucreries que Danistha Lui portera le soir. Krishna passe par Yavat et jette des regards enchanteurs à Radhika. Ce divertissement correspond au cinquième yam, la cinquième division de la journée des divertissements de Radha et Krishna, celui sur lequel médite le dévot qui a atteint asakti. Le cinquième verset du Siksastakam se manifeste alors spontanément dans son cœur:
ayi nanda-tanuja kinkaram
patitam mam visame bhavambudhau
krpaya tava pada-pankaja
sthita-dhuli-sadrsam vicintaya
«O Krishna, fils de Nanda Maharaja, je suis Ton serviteur éternel, mais à cause de mes attachements matériels, je suis tombé dans l’océan de l’existence conditionnée. Je T’en prie, arrache-moi à ces vagues de morts et de renaissances successives et change-moi en un atome de poussière sous Tes pieds pareils au lotus.» (Siksastakam 5)
Krishna semblera alors soudain apparaître dans le cœur, puis Srimati Radhika accordera Sa grâce au dévot qui s’est profondément attaché non seulement à la sadhana, mais aussi à l’objet de celle-ci, Sri Krishna. Ce n’est que lorsque le dévot reçoit la miséricorde de Srimati Radharani qu’il atteint la perfection et que, par la grâce du maître spirituel, il peut voir sa svarupa, sa forme spirituelle éternelle et connaître son service transcendantal au Couple Divin.
«Défricher la jungle» pour établir le temple de Gaura-vani
Srila Bhaktivedanta Svami Prabhupada se rendit en Occident pour expliquer les enseignements de Srila Rupa Gosvami et répandre le chant des saints noms, mais il passa la plupart de son temps à «défricher la jungle» de l’ignorance et des mauvaises conceptions philosophiques. Cependant, son objectif était de révéler ce qu’est le but de l’existence, qui est réellement Dieu, quel est le message de Sri Caitanya, Gaura-vani, et révéler le trésor du service des pieds pareils au lotus de Sri Radha, unnattojvala-rasa sva-bhakti-sriyam. Srila Prabhupada a d’abord établi une plateforme permettant d’expliquer ultérieurement la contribution de Mahaprabhu au monde moderne. Tel était le désir de son guru, Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Prabhupada, qui combattait lui aussi nirvisesa-sunyavadi-jnana, les philosophies impersonnelles sans fondement qui détournent le monde de l’amour pour Krishna. Le sannyasa-guru de Srila Svami Maharaja, Srila Bhaktiprajnana Kesava Gosvami, lui aussi disciple de Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Prabhupada, était considéré comme un lion par la puissance de son verbe et s’acquittait de la même tâche. Leur motivation n’était autre que d’établir la pure bhakti, la relation d’amour et de service de Srimati Radharani, sri radha-dasya.
Yavat-dhama, la demeure de parakiya-rasa
Un jour, à Yavat, le lieu de résidence de Srimati Radhika et de Sa belle-famille, Krishna était désespéré. Radha était fâchée contre Lui, dans ce sentiment de bouderie transcendantale qui se nomme mana et qui est la cause de nombreux échanges merveilleux et de divertissements amoureux. Krishna désirait à tout prix apaiser Sa bien-aimée, dont Il ne peut supporter la séparation. Il Se déguisa alors en brahmacari et vint mendier à la porte de Jatila, la belle-mère acariâtre de Srimati Radhika, prétextant que l’aumône apporterait à son foyer la bonne fortune et que, par contre, si elle ne la lui accordait pas par esprit d’avarice, le mal risquait fort de s’abattre sur sa famille. Jatila s’empressa alors de demander à Radhika de faire l’aumône à ce jeune garçon. Mais lorsque Radha l’approcha, ce brahamacari déguisé Lui dit: «Je suis venu mendier un joyau, celui de Ton mana…».
Caitanya Mahaprabhu a montré par son propre exemple comment entrer dans ces lilas éternels et atteindre le service d’amour de Srimati Radharani. Partager Ses sentiments et L’aider à rencontrer Krishna est le but ultime du bhajana. De nombreux obstacles L’empêchent de retrouver Krishna: une belle-mère toujours suspicieuse, une belle-sœur envieuse, un époux coléreux, la surveillance dont Elle fait l’objet… C’est ainsi que Yavat est le lieu où est né le parakiya-rasa, le sentiment d’amour extra-conjugal du Couple Divin, qui est la plus haute forme de prema. C’est ce qu’ont révélé les acaryas de notre lignée.
Dans la Bhagavad-gita, Krishna enseigne la juste conduite à adopter pour réaliser le but de l’existence. Mais Mahaprabhu a ajouté que la Bhagavad-gita n’est en réalité que la fondation du service de dévotion, le Srimad-Bhagavatam lui étant supérieur, puisqu’il révèle la nature de l’amour le plus élevé, vraja-bhakti. Krishna n’est pas alors vénéré comme Dvarakadisha-Krishna ou Mathuranatha, mais servi avec intimité en tant que Vrajendranandana-Krishna, dont les divertissements merveilleux enchantent le cœur. Sous l’influence de Sa lila-sakti, Yogamaya, les compagnons du Seigneur et le Seigneur en personne ignorent Sa divinité.
Subjugué par Son amour, ce Parabrahma, Dieu la Personne Suprême, Lui qui peut créer et détruire tous les univers, va maintenant mendier la miséricorde de Sri Radha! Les autres sampradayas ne peuvent comprendre les enseignements confidentiels du Srimad-Bhagavatam et ne peuvent avoir foi en ces contradictions apparentes. Il est essentiel d’écouter tous ces lilas de la bouche des rasika-vaisnavas lors du parikrama des lieux saints de Vraja pour comprendre et atteindre le seva de Sri Sri Radha-Krishna. Il faut ensuite essayer de se souvenir de ces lieux et des enseignements reçus, et résider au moins mentalement à Vrindavana, toujours guidé personnellement par les vaisnavas. Comme le dit Srila Bhaktivinoda Thakura dans son chant Suddha-bhakata: «La poussière des pieds des purs vaisnavas est favorable au service de Krishna; les servir est la perfection, la racine même de la pure dévotion… En compagnie de dévots bien-aimés, je me rendrai avec joie dans les lieux saints que Mahaprabhu a visités.»
Les cinq derniers jours, l’essence de Caturmasya
Les cinq derniers jours de Kartika sont les plus importants, car ils représentent la fin de Caturmasya, cette période annuelle de quatre mois purificatoires que suivent avec attention les vaisnavas, augmentant leur pratique dévotionnelle et restreignant leur alimentation. Les vœux de Caturmasya, et en particulier ceux du mois de Kartika, voient leur apogée dans ces cinq derniers jours. Tout comme Bhima-Ekadasi peut remplacer à lui seul le bénéfice de tous les autres ekadasis s’ils n’ont pas été suivis correctement au cours de l’année, cette période de cinq jours qui clôture Caturmasya est des plus propices pour le sadhaka qui, s’il accomplit sérieusement son service de dévotion en suivant les restrictions préconisées pour l’entière période de Caturmasya, en retirera les mêmes bénéfices que s’il l’avait suivie entièrement. C’est donc l’essence du parikrama, et tout service aussi minime soit-il, prend des proportions inconcevables.
Ce fut pendant ces cinq derniers jours l’occasion de visiter tout près de Varsana, Ucchagaon, le lieu de résidence de Lalita-devi, l’amie intime de Radhika, à qui elle demande d’accorder Sa faveur à tout sadhaka qui parcourt les chemins de Vrindavana avec cet espoir. Un chant glorifie la miséricorde de Lalita-devi:
Palya Dasi kori
palya dasi kori, lalita sundari, amare loiya kabe
sri radhika pade, kale milaibe, ajna seva samarpibe
Quand donc la jolie Lalita m’acceptera-t-elle comme sa nouvelle servante? Elle m’offrira alors aux pieds de lotus de Srimati Radhika et me mettra toute entière à Sa disposition afin que je Lui rende différents services, selon ses propres directives.
sri rupa manjari, sange jabo kabe, rasa seva siksa tare
tad anuga ho’ye, radha kunda tate, rohibo harsitantare
Quand Sri Rupa Manjari m’emmènera-t-elle avec elle sur les berges du Radha-kunda afin de m’enseigner ce qui favorise les sentiments d’amour transcendantal? Elle m’y conduira et m’y entraînera à suivre ses instructions et ses mouvements. Ainsi passerai-je mon temps dans le plus grand ravissement.
sri visakha pade, sangita sikhibo, krsna lila rasamoy
sri rati manjari, sri rasa manjari, hoibe sabe sadoy
Aux pieds de lotus de Sri Vishaka, j’apprendrai la musique et les chants qui regorgent des sentiments merveilleux des divertissements de Krishna. Toutes les autres sakhis dans notre groupe, y compris Sri Rati Manjari et Sri Rasa Manjari, partageront avec moi de doux et affectueux échanges.
parama anande, sakale miliya, radhika carane rabo
ei parakasta, siddhi kabe habe, pabo radha padasaba
Nous nous retrouverons toutes et connaîtrons le plus grand bonheur en restant aux pieds de lotus de Sri Radhika. Quand atteindrai-je cette excellence - le point culminant de la perfection spirituelle - qui me permettra de goûter le miel enivrant qui coule des pieds de lotus de Srimati Radharani?
Aux pieds d’Ucchagaon se trouve un temple de Balarama, Dauji Mandira. Cet endroit est très important, car sans la miséricorde de Balarama, le maître spirituel originel, le parikrama ne saurait être complet. Il prédomine l’énergie sandhini de Sri Krishna qui manifeste chaque grain de poussière de la terre de Vraja Mandala, semblable à une pierre cintamani prête à satisfaire tous les désirs, chaque arbre à souhait (kalpavriksa) et tout objet favorisant le service du Seigneur. N’oublions pas qu’au début du parikrama, le sadhaka a fait un sankalpa, un vœu, et qu’à chaque fois qu’il se prosterne et pose son front dans la poussière du dhama ou contre un arbre à souhaits, il se rappelle son vœu. Balarama, appelé aussi Dauji, manifeste tous ces trésors pour le service de Krishna. Balarama prend également la forme d’Ananga Manjari, la jeune sœur de Sri Radha. Dauji Mandira est, de ce fait, des plus propices à notre progrès spirituel, tout comme l’est Talavan, un autre lieu de divertissement de Balarama visité au début du parikrama, où le Seigneur tua le démon Denukhasura, le roi des ânes, qui personnifie l’ignorance. Balarama est akhanda-guru-tattva. Il détruit l’ignorance dans le cœur du disciple sincère afin qu’il puisse un jour retrouver sa position constitutionnelle d’éternel serviteur de Sri Sri Radha-Krishna.
Dans les derniers jours, les pèlerins se rendirent également à Pili Pokara, «le lac jaune». Mère Yasoda, qui aurait aimé que Radha devienne Sa belle-fille, avait un jour enduit Ses mains de poudre jaune, qui est un signe de mariage, mais Purnamasi, la gopi aînée consultée pour toute décision importante, qui n’est autre que Yogamaya, l’énergie de Krishna créant Ses lilas inconcevables, déclara avoir vu dans Leurs thèmes astraux respectifs que Radhika et Krishna ne pouvaient Se marier, car des problèmes au sein du couple s’en seraient suivis. En réalité, parakiya-rasa n’aurait jamais existé! Aussi Purnamasi souffla-t-elle à Radha, qui revenait de Nandagaon et passait près du lac, de S’y laver les mains avant de retourner chez Elle. Le lac tout entier devint jaune, d’où son nom.
Nouveau temple à Govardhana: Giridhari Gaudiya Matha
Le 28 novembre, des dévots du monde entier et des sadhus de toute l’Inde s’assemblèrent à Govardhana dans le nouveau temple de Sri Giridhari Gaudiya Matha, pour la cérémonie d’installation des murtis de Sri Sri Radha-Vinoda-bihari, Sri Caitanya Mahaprabhu et Srila Bhaktiprajnana Kesava Gosvami Maharaja. Tout d’abord, des prières de glorification furent récitées, puis chaque personne présente eut l’opportunité d’offrir une pluie de pétales de fleur et de riz, ainsi que de répéter les mantras sacrés. Ensuite eut lieu la cérémonie d’arati puis l’abhiseka, le bain des murtis avec les cinq substances appropriées, ou pancamrita (miel, yaourt, sucre, lait et ghi), pendant qu’un feu de sacrifice prenait place dans le jardin. Après l’abhisekha, on baigna les murtis à l’aide de pots possédant mille trous, puis Elles furent habillées et décorées somptueusement. C’est alors que Srila Narayana Maharaja les «installa» selon la tradition védique, puis l’arati de midi et l’offrande de nombreuses préparations eurent lieu, après quoi les centaines de dévots présents honorèrent un festin de prasadam opulent à souhait.
Srila Narayana Maharaja fait parler quelques dévots pour conclure ce parikrama
Sripada Padmanabha Maharaja: Par la miséricorde de Srila Gurudeva, nous sommes venus dans ce saint dhama. Je me souviens, lorsque j’ai eu l’occasion de suivre ce même parikrama en 1994, qu’il n’y avait alors qu’une trentaine d’Occidentaux pour environ 300 bengalis. Gurudeva venait personnellement dans presque tous les endroits de Vraja Mandala que nous visitions. Il n’y avait pas autant de facilités que maintenant, mais en ayant constamment son darsana et en écoutant sa voix transcendantale, nous recevions de nombreuses bénédictions. Gurudeva a pris à cœur la requête de Srila Prabhupada d’aider ses disciples. Y a-t-il d’autres personnes aussi dévouées envers Srila Prabhupada? Comment s’acquitter envers Srila Narayana Maharaja de la dette contractée pour avoir sauvé des milliers de dévots. Il a une foi totale que quiconque touche ce dhama obtiendra krsna-prema. Aux pieds de Giriraja, il a construit ce très beau temple: Giridhari Matha. Il a mis en pouvoir Srimati Syamarani didi qui l’a orné de merveilleuses peintures. Gurudeva a planté dans le cœur de milliers de dévots de très très forts samskaras. Il a établi cette mission de Mahaprabhu pour les futures générations. Nous sommes très fortunés de pouvoir chaque jour écouter son hari-katha. Il nous faut essayer de comprendre le processus de saranagati, rejeter ce qui est défavorable à notre objectif et accepter ce qui lui est favorable.
Ne perdons jamais espoir: Gurudeva l’a fait naître dans le cœur des dévots. Pourquoi a-t-il traité de sujets aussi élevés que bhava-bhakti? Ces impressions qu’il transmet sont très puissantes. Gurudeva dit: «Peut-être que vous ne voyez pas le dhama, la raison de ces austérités, mais nous, nous les voyons.» C’est lui qui accomplit le parikrama et nous, nous le suivons. Il nous instruit sur la manière d’accomplir ce parikrama, dans quelle conscience, et quels fruits rechercher.
Sripada Bhaktisara Maharaja: Srila Gurudeva me donne toujours ce dont j’ai besoin et non pas ce que je désire. Il nous apprend à voir les joyaux cachés partout dans le dhama, dans les lila-sthalis, les lieux de divertissements, dans chaque grain de sable, infimes particules de cintamani, chaque arbre à souhaits; il nous apprend à rechercher suddha-nama, le nom pur de Krishna. Lorsqu’il me châtie, c’est l’occasion de me demander: «Est-ce que je fais vraiment ce que je devrais faire?» Si nous nous imprégnons de ces sentiments qu’il souhaite injecter en nous, nous pourrons ensuite aller partager tout cela dans le monde entier. Merci Gurudeva de nous avoir donné l’Upadesamrita, Manah-sika, Jaiva-dharma, Bhajana-rahasya…
Sripada Sajjana Maharaja: Nous sommes très fortunés d’être dans le lieu où Radha et Krishna ont Leurs lilas éternels et d’avoir cette opportunité d’y entendre un tel hari-katha. Cependant, nous devons être très prudents afin de ne pas commettre d’offenses, pour éviter que notre cœur ne se perfore, nous faisant perdre ainsi ce que nous avons reçu. L’Upadesamrita nous met en garde. Les acaryas sont très chers à Krishna parce qu’ils sont toujours absorbés dans son service. Marcher sur leurs traces est notre plus grande richesse. Nous pouvons recevoir ce message de notre gurudeva lors de ce parikrama, le garder dans notre cœur, bien protégé, bien enfermé, comme au Gambhira, le lieu de bhajana de Mahaprabhu à Puri, et par la miséricorde de Nityananda, nous pourrons le transmettre aux autres, leur donnant ainsi l’opportunité d’entrer en contact avec la pure bhakti à travers sadhu-sanga.
Jayanta-Krishna Dasa: Canakya Pandita a dit que l’éducation comprenait quatre parties. Les trois premières sont: les instructions du guru, la sadhana (la pratique dévotionnelle), l’interaction avec les vaisnavas, et la quatrième est le produit de l’alchimie du temps. Srila Prabhupada disait que le temps est un grand facteur d’enseignement. En suivant le processus que nous transmettent les vaisnavas, nos illusions et nos attachements disparaissent peu à peu. Nous devons digérer ce que nous avons reçu, et Srila Sridhara Maharaja explique que le meilleur moyen pour cela est de le répéter aux autres, ce qui nous aide nous-mêmes. Tout le processus de la bhakti est basé sur le fait de recevoir la connaissance et de la donner. C’est le moyen de progresser.
Il se peut que nous soyons désespérés lorsque nous rentrons en Occident, car nous devons faire face à de nombreux obstacles; maya est si forte! Le processus est lent, mais si nous lui donnons le temps, le résultat viendra. En chantant les bhajanas, qui représentent l’extase des acaryas, des impressions ou samskaras s’impriment dans notre cœur. Peu à peu, avec la persévérance, lorsque nous deviendrons assez purs, nous parviendrons à maintenir ces sentiments.
Sripada Srauti Maharaja: Une question fut posée à Srila Gurudeva un jour à Badger: «Quel est le meilleur sukriti (bénéfice spirituel)? Est-ce sadhu-sanga, la compagnie des sadhus?» Gurudeva répondit: «Si vous vous abandonnez immédiatement, c’est là le plus grand succès de votre vie, car c’est le fruit de sadhu-sanga.» Comme le dit le chant de Srila Bhaktivinoda Thakura: «La vie est comme une goutte sur une feuille de lotus…» Nous ne pensons pas à la mort quand nous sommes jeunes. Pourtant, la vie est très courte et nous ne devrions pas perdre de temps avec toutes sortes de sujets autres que la bhakti. Nous pouvons dès à présent développer une relation avec Caitanya Mahaprabhu, chanter les saints noms avec sambhanda-jnana, la connaissance de notre relation avec Krishna. Nous n’avons pas à avoir peur, notre guru nous protège. Nous devons seulement nous abandonner.
Srila Gurudeva conclut: Vous allez tous rentrer chez vous, mais ne repartez pas les mains vides. Emportez avec vous les prières de Srila Prabhodananda Sarasvati, les enseignements de Srila Rupa Gosvami dans son Bhakti-rasamrita-sindhu, ainsi que Sri Rupa-siksa, les instructions que Mahaprabhu lui a communiquées. Cultivez Sri Bhajana-rahasya. Essayez de chanter le nom pur, suddha-nama, car tel est le véritable service envers Mahaprabhu. Comme Il l’a dit aux habitants de Kulinagrama: «Si vous voulez atteindre les pieds pareils au lotus de Krishna, gardez dans votre cœur vaisnava-seva, nama-sankirtana...» La vie est très courte, nous devons veiller à ne pas obéir à nos désirs matériels. Au contraire de Maharaja Pariksit, qui, lui, savait qu’il lui restait sept jours, nous ignorons combien de temps il nous reste encore à vivre. Nous devons suivre l’Upadesamrita, le Caitanya-caritamrita. Emportez avec vous les enseignements de Srila Raghunatha Dasa Gosvami. Priez Sri Guru et Gauranga, ainsi que Giriraja Govardhana, pour qu’ils vous accordent leurs bénédictions. Etudiez les livres des Gosvamis et récitez bien vos diksa-mantras trois fois par jour, chantez un nombre fixe de tours de chapelet. Souvenez-vous toujours des instructions du guru. Guru-nistha est la colonne vertébrale de la bhakti. Quel est le désir profond de Gurudeva? Agissez en accord avec ce désir. Etre très érudit dans les Ecritures ou le Srimad-Bhagavatam ne suffit pas. Pour entrer dans le royaume de la bhakti, il faut connaître sri guru mano-bhistam, le cœur de Gurudeva, tout comme Srila Rupa Gosvami et Srila Svarupa Damodara connaissaient sri caitanya mano-bhistam, le cœur du Seigneur Caitanya.
D’une manière ou d’une autre, nous devons nous maintenir, mais le plus important est le bhajana, la pratique d’activités dévotionnelles pour le plaisir de Krishna. Ne critiquez personne, n’essayez pas non plus de corriger autrui, mais efforcez-vous plutôt de vous corriger vous-mêmes, sinon tous les défauts que vous voyez chez les autres viendront en vous.
Compte rendu: Krishna-bhakti Dasi
Correction: Jayanta-Krishna Dasa et Syamananda Dasa