disciple sannyasi de Srila Narayana Maharaja venu en Ariège du 22 au 26 janvier 2005
Maharaja, accompagné de deux brahmacaris, était hébergé chez Ananta Prabhu et Rasesvari Didi, qui venaient juste d’avoir une petite fille, Manjari, née le jour anniversaire de l’apparition de Srila Bhaktivedanta Vamana Gosvami Maharaja. Les programmes eurent lieu matins et soirs chez différents dévots, parfois à Limoux, d’autres fois à Mirepoix, où les auditeurs étaient toujours très nombreux malgré le climat peu favorable, neige, froid glacial routes très glissantes. Et le bébé, qui ne voulait pas quitter sadhu-sanga, suivait toujours, semblant dormir… C’est avec une grande expertise que Maharaja a animé ses conférences; il y mêlait beaucoup d’humour, ce qui rendait la philosophie très attrayante. Jayanta-Krishna Prabhu traduisait simultanément chaque phrase, captivant ainsi l’auditoire, avide de revenir au prochain épisode.
Maharaja a raconté plusieurs histoires de l'Antya-lila, la dernière partie du Caitanya-caritamrita, commençant par parler de prema-vivarta (l'amour tortueux apparemment contrariant) et de Jagadananda Pandita. Celui-ci semblait avoir une attitude abusive envers Mahaprabhu: en effet, il ne tolérait pas que la condition de sannyasi du Seigneur Le fasse dormir peu et manger peu; il voulait Lui offrir un matelas confortable, Le masser avec de l'huile, mais tout cela n’était en réalité qu’une manifestation de son amour pur. Le Seigneur, montrant la nature très stricte d’un sannyasi, refusa catégoriquement et avec colère ses présents. Jagadananda Pandita Lui offrit finalement de la poussière cintamani de Seva-kunja, à laquelle ne peut nullement se comparer la richesse des trois mondes. Quel plus beau cadeau peut-on offrir à Dieu? Maharaja dit qu'on devrait suivre l'exemple de Jagadananda Pandita si l’on désire aimer Mahaprabhu.
Puis il parla de Srila Raghunatha Dasa Gosvami, qui voulait atteindre les pieds de lotus du Seigneur sans avoir au préalable reçu la grâce de Nityananda Prabhu. "Tu es un voleur, lui dit-Il, Mahaprabhu M’appartient." Sans la grâce du guru, il est impossible de progresser. Le Caitanya-caritamrita stipule que le guru est une manifestation de Nityananda Prabhu ou de Srimati Radhika... Seule la grâce de Radha permet d'obtenir krsna-prema; la sampradaya de Radhika est la Gaudiya-sampradaya, c’est celle qu’a choisie Mahaprabhu...
Prabhodananda Sarasvati a écrit: "O mon cœur, je t’en prie, détourne-toi des grandes choses de ce monde et cours à Vrindavana, où le plus grand des trésors, le flot de nectar qui délivre les dévots de ce monde, est le nom de Radha." (Radha-rasa-sudha-nidhi 9) Comment obtenir radha-dasyam si l’on ne fréquente pas des rasika-vaisnavas?! Trois attitudes sont nécessaires pour atteindre cet objectif, il s’agit de prendre refuge:
On devrait écouter tous les jours le Caitanya-caritamrita.
Prema est une voie sinueuse comme un serpent, c'est inconcevable. Dans le divertissement de Dan-keli, par exemple, Lalita s’exclame: "Ne T'approche pas de moi, débauché! Ne nous touche pas, ou alors notre ghi sera impur!" Une autre fois, pour tenter d'approcher Radhika qui était dans Son humeur de bouderie transcendantale, mana, Krishna S'habilla en femme. Une gopi pensa: "Elle a la peau noire, mais elle est très belle!" Krishna Se présenta: "Je suis Syama-sakhi, experte en massage." Mais alors qu'Il massait les pieds de lotus de Radhika, Il tremblait. On peut voir que ce n'est pas si facile d’approcher et de servir Radharani, même pour Krishna! Radha, cependant, réalisa: "Il n’y a que Krishna qui puisse changer Mon cœur de la sorte, Je n'éprouve ces sensations que lorsqu’Il Me touche." Sans servir Radha, aucun véritable bonheur n'est possible. Elle est hladini-sakti, l'énergie de félicité de Krishna, la source de toute félicité. On L'adore en se soumettant à notre guru, sa manifestation:
radha-sanmukha-sansaktim sakhi-sanga-nivasinim
tan aham satatam vande guru-rupam param sakhim
«J’offre mon adoration à Gurudeva, qui, dans sa forme de sakhi, savoure joyeusement la compagnie de Srimati Radhika et des autres sakhis.»
Lorsque les rasika-vaisnavas chantent le maha-mantra, entre deux tours, ils disent: "O Radhe!" Mahaprabhu a disposé la guirlande du harinama autour du monde. Les deux noms donnent l'amour pour Radha et Krishna. Radhika est para-devata, la déesse suprême. Quelle est Sa manière d'adorer Krishna? Combler tous Ses désirs. Krishna répond avec Sa flûte: "Ce n'est que pour Toi que Je reste à Vrindavana." Les gopis n'ont pas la moindre trace de désir égoïste, quel qu'il soit, uniquement celui de la bhakti, satisfaire Krishna. Quand Krishna Se mit à jouer de la flûte, elles oublièrent tout, non pour leur plaisir, mais pour le Sien. Obtenir le darsana de Krishna et ainsi jouir de Sa beauté n'est pas de l'amour. Le chant des saints noms sans offense et le service de dévotion conduisent à aimer Krishna, alors, automatiquement, Krishna Se manifestera. Les gopis sont prêtes à aller à Kumbipaka (en enfer) pour Le servir.
Pareillement, pour faire plaisir à notre guru, nous nous réveillons tôt le matin, chantons le mantra-gayatri, malgré notre manque de goût à le faire. Dans la Bhagavad-gita, Krishna a promis qu'Il récompenserait Son dévot en proportion de son abandon. Cependant, dans le Srimad-Bhagavatam, Il a brisé Sa promesse. Il déclara aux gopis, qui se sont pourtant pleinement abandonnées: "Je ne pourrai jamais rembourser la dette que j'ai contractée envers vous, même si Je vivais toute une vie de Brahma; soyez donc satisfaites de votre service merveilleux."
Puis, Maharaja cita le Caitanya-caritamrita (Adi-lila 4), qui décrit la raison confidentielle de l’avènement de Mahaprabhu. Les gopis ne vivent que pour le plaisir de Krishna: "J'ai dédié ce corps à Krishna, il Lui appartient. Krishna est heureux lorsqu'Il voit mon corps". Krishna dit à Arjuna: "Personne n'a un amour pour Moi équivalant à celui des gopis." De même, le disciple doit penser: "Mon corps appartient à Gurudeva." Par leur amour pur et leur attitude plus que parfaite, les gopis font briser Sa promesse à Krishna. Au contraire des gopis, Krishna n'a abandonné personne: père, mère, amis, vaches, etc.; Il Se sentait donc très endetté envers elles. C'est la raison pour laquelle Il est venu en tant que Mahaprabhu et a renoncé à tout en acceptant l'ordre du sannyasa, cela afin d'obtenir l'amour des gopis. Elles expérimentent des millions de fois plus de satisfaction que Krishna, parce que leur bonheur réside dans celui de Krishna. Il S'efforce de les satisfaire et vice versa. C'est une compétition transcendantale. La joie que goûtent les gopis procure de la joie à Krishna. Il dit: "Les gopis sont tout pour Moi, amies, servantes, gurus; que ne sont-elles pas?" (Caitanya-caritamrita, Adi-lila 4) Il confia également à Arjuna: "Seules les gopis Me connaissent". Sans être guidé par les gopis, nul ne peut atteindre Krishna. Mahaprabhu donne le plus élevé aux plus déchus. Il ne tient pas compte de qui est qualifié ou non, dès l’instant où la personne ne commet pas d'offenses. En écrivant le Caitanya-caritamrita, Krishnadasa Kaviraja Gosvami se demandait s'il devait dévoiler ces choses-là, car ces siddhantas ne sont pas faits pour être discutés en public, mais si l’on ne s'en entretient pas, personne ne saura; s'il ne les avait pas révélés, qui pourrait comprendre? Il délibéra en concluant que, de toute façon, les corbeaux ne se délectent que des fruits amers de l’arbre neem et non des jeunes pousses sucrées du manguier. Ils ne pourront donc apprécier ces descriptions et, de ce fait, ne seront pas attirés par ces discours. Seuls les dévots les apprécieront.
Rien qu'en voyant un sadhu, les chaînes du karma se brisent. Lorsque le séjour dans la matière touche à son terme, on rencontre des sadhus, puis en les écoutant, on recherche encore leur compagnie. Chanter harinama en offensant parallèlement un pur vaisnava revient à envoyer des braises sur le corps de Krishna. Le seul remède est d’implorer la miséricorde de ce vaisnava pour se faire pardonner. Commettre jiva-aparadha, offenser un être ordinaire, est également très grave, car tout jiva est cher à Krishna et peut devenir un jour un vaisnava; on devra alors payer à un moment ou à un autre cette offense. Jagaï et Madhaï étaient très déchus, mais parce qu’ils se sont abandonnés au Seigneur Caitanya, ils sont devenus le récipient de Sa miséricorde, à tel point qu’ils se mirent à chanter deux lakhas de harinama (deux fois 64 tours de chapelet). De la même manière, le karma peut être interrompu si l’on prend refuge et s'abandonne aux pieds d'un vaisnava.
Il faut bien se garder de critiquer un vaisnava. Srila Raghunatha Bhatta Gosvami ne voulait pas entendre parler des fautes d'un vaisnava, même s'il en commettait. Il faut savoir discerner le blasphème de la critique. Critiquer veut dire tout simplement "voir les fautes", quand blasphémer signifie "voir des fautes même s'il n'y en a pas". Kalidasa était si humble qu’il voulait honorer le maha-prasada de tous les vaisnavas du Bengale, qu’ils soient néophytes ou très avancés. La poussière des pieds des vaisnavas, l’eau qui a lavé leurs pieds et leur maha-prasada, de même que leur hari-katha, est la plus grande des bénédictions pour progresser spirituellement et atteindre krsna-prema. Il leur rendait visite en leur portant des fruits ou d’autres aliments qu’ils offraient, et il en prenait humblement les restes, en cachette si besoin. C’est ainsi qu’il devint le récipient de la miséricorde de Sri Caitanya Mahaprabhu qui, lorsqu’Il Se rendit au temple de Jagannatha, demanda à Son serviteur Govinda de veiller à ce que personne ne prenne l’eau qui avait baigné Ses pieds. Mais Il l’accorda tout de même à Kalidasa, satisfait de sa grande humilité et de son service aux vaisnavas.
Dans le chant Ei-bara karuna kara, Srila Bhaktivinoda Thakura s’adresse au pur vaisnava: «Tomara hrdaya sada govinda visrama - Govinda repose dans ton cœur.» Krishna ne réside que dans le cœur de celui qui n'a aucun désir matériel. Sinon, Il ne peut Se reposer en paix. Ce qui signifie qu’Il ne repose que dans le cœur des purs dévots, qui pensent toujours à Lui.
Sri Guru se trouve dans le mantra reçu lors de l'initiation et, en le chantant, il se révèle. Si l’on arrête de chanter parce qu'on n’en voit pas les effets, on ne pourra jamais les voir. C’est un manque de foi. Il s'agit de suivre l'ordre du guru, sans argumenter ou spéculer. Notre examen quotidien se fait automatiquement lorsqu'on chante harinama le matin. Il est nécessaire de chanter au minimum 16 tours de chapelet et de désirer vraiment en chanter 32 si l'on comprend que ce n'est qu’à ce moment-là qu'on réalisera la fortune d'être un être humain. Si l'on veut avoir des réalisations sur Krishna et recevoir la miséricorde de Sri Guru et Gauranga, il faut même aspirer à en chanter 64. C'est le mano-bhista du guru, le désir le plus cher à son coeur. Et sans le gayatri, il est impossible de chanter suddha-nama, le nom pur du Seigneur.
Compte-rendu: Krishna-bhakti Dasi
Correction: Syamananda Dasa